Et si les Français retrouvaient leur fierté ?
Les exploits de Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé donnent envie de croire de nouveau dans les atouts de la France. Ceci au moment où les États-Unis, parmi vingt pays, achètent les deux films d’Antonin Baudry sur De Gaulle. Un message pour la classe politique…
La magie est en train d’opérer. En ce samedi 4 juillet, les Français sont heureux de se retrouver devant leurs postes de télévision pour soutenir leur équipe de football qui affronte en huitième de finale le Paraguay. Une fois encore, depuis qu’elle a remporté la Coupe du monde en 1998, la France se met à rêver : et si elle décrochait de nouveau le titre de championne du monde ? Cette fois, elle n’est pas la seule à y croire. Dans les rues de New York, nombreux sont ceux qui ont revêtu le maillot des Bleus, même s’ils sont d’une autre nationalité. Dans les médias du monde entier, on vante les louanges de l’équipe de France, la plus offensive et sans doute la plus efficace de son histoire …
Les Bleus incarnent une France rassemblée
Pourquoi cet engouement, alors que les matches qui se déroulent de l’autre côté de l’Atlantique sont diffusés à 23 h en Europe, une heure trop tardive pour que tout le monde puisse les regarder ? Parce qu’un trio magique d’attaquants dégage une incroyable alchimie sous la houlette de son entraîneur Didier Deschamps. Ils s’appellent Kylian Mbappé, Michael Olise et Ousmane Dembélé. S’ils sont tous les trois français, leurs familles proviennent du continent africain. Le père de Mbappé est d’origine camerounaise, sa mère kabyle algérienne. Dembélé allie une origine malienne, mauritanienne et sénégalaise. Olise, né en Angleterre, descend d’un père nigérian et d’une mère franco-algérienne.
Formé dans les clubs et centres de formation de l’Hexagone, le trio a choisi de défendre les couleurs de la France. Ensemble, ils assurent un formidable ballet de contrôles, de dribbles et de passes décisives qui leur permettent de marquer des buts de légende : 3 à 0 contre la Suède après de nombreuses occasions manquées.
Certains d’entre eux partagent leur histoire depuis quelque temps. Il y a huit ans, le 15 juillet 2018, lorsqu’ils ont décroché leur deuxième étoile en battant la Croatie en finale, les Bleus étaient déjà sélectionnés par Didier Deschamps et le tout jeune Mbappé figurait, à 19 ans, parmi les attaquants.
Mais jamais, ni en 1998 ni en 2018, ils n’avaient déployé une telle stratégie offensive.
L’équipe de 2026 est belle parce qu’elle est soudée, audacieuse et diverse. Lors de son premier but marqué contre la Suède, Kylian Mbappé a ému ses camarades, qui l’ont rejoint lorsqu’il s’est jeté dans les bras de Didier Deschamps pour lui signifier son soutien alors que l’entraîneur, endeuillé, venait de perdre sa mère.
De Gaulle, le football et le destin français
Devant ce ballet de talents, on se prend à rêver que la France retrouve des raisons d’être fière. Dans ce pays trop souvent morose, où l’on se plaît à se flageller parce que l’on croule sous le poids de la dette, des charges sociales, des impôts, de la difficulté à joindre les deux bouts et à assurer les fins de mois pour ses enfants et sa famille, on se demande si, parfois, il est possible de souffler. L’État y est déclaré coupable de tout, comme en témoignent les motions de censure à répétition pour déjuger le gouvernement, accusé d’être incapable de gérer la canicule.
Et si l’on pouvait se réjouir un instant ? Le monde regarde avec admiration et envie notre équipe de football, qui résulte d’un mélange d’histoires de nos anciennes colonies, celles qui nous ont donné, pour cette fois, davantage de joie que d’agressivité.
Au même moment, les deux films de la saga De Gaulle, réalisés par Antonin Baudry, ont fini par trouver leur public. Parents et enfants revisitent ensemble l’histoire de la France libre et Pathé affirme que vingt pays souhaitent les acheter, dont les États-Unis, le plus grand marché cinématographique du monde.
De Gaulle-Mbappé, le parallèle est osé. Mais il envoie un message à nos hommes politiques. À guère plus de dix mois de l’élection présidentielle, ceux-ci peinent, tous autant qu’ils sont, à donner l’envie à la France de redevenir une grande nation. Tout occupés à soigner leur ego et à vider leurs querelles picrocholines, ils en oublient de donner au pays le grand dessein qu’il espère.
De Gaulle était seul quand il partit à Londres. Nos attaquants ne sont que trois à porter le flambeau des 8 millions de personnes nées en France qui ont au moins un parent immigré.
Certes, il n’est pas donné à tout le monde de provoquer l’admiration des Français. Mais il serait temps que les hommes politiques retrouvent le sens de la grandeur de la France pour que les Français aient envie de les entendre.
Nul besoin d’être extrémiste ou radical comme Jean-Luc Mélenchon ou le Rassemblement national pour porter haut les couleurs. Tout candidat à l’élection présidentielle doit être fier et croire dans le destin de son pays. C’est le cas de François Hollande, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe ou même, à leur façon, de Gabriel Attal et Bruno Retailleau.
À eux d’embarquer les Français pour leur redonner un avenir.
La vasque olympique des Jeux de Paris 2024, qui flotte de nouveau dans le ciel de Paris, nous rappelle, elle aussi, que le monde entier a adoré regarder la compétition de nos champions. La France sait être grande quand elle a un défi à relever. Aux hommes politiques de montrer qu’ils sont à la hauteur d’une nation, la France, qui ne demande qu’à briller de nouveau.



