États-Unis – France : 250 ans de mésalliance ?
Les États-Unis ont beaucoup fait pour la France et pour l’Europe. Ils leur ont aussi souvent rappelé qu’en politique internationale, un allié reste d’abord un État qui défend ses propres intérêts.
Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, les États-Unis déclaraient leur indépendance et engageaient leur guerre de libération contre l’Angleterre. Il est impossible de dire si George Washington aurait été en mesure de bouter les Anglais hors des Treize Colonies sans l’aide de la France. Une chose est certaine : le soutien militaire et diplomatique de Louis XVI a été primordial pour permettre la naissance de la République américaine.
En 250 ans, l’amitié franco-américaine a tenu, contre vents et marées : les deux pays n’ont jamais été en guerre. Au contraire, la nation des Quakers est devenue la première puissance économique mondiale en moins de 150 ans, venant à la rescousse de la France et du Royaume-Uni lors des deux conflits mondiaux. La dette des Insurgents envers Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, a été acquittée par les G.I. sur les plages de Normandie.
Une alliance marquée par les intérêts nationaux
Cependant, cette relation cordiale ne doit pas masquer la nature prédatrice de la première puissance mondiale. Il ne s’agit pas pour autant de voir dans les États-Unis le « Grand Satan », selon la formule des ayatollahs iraniens. Mais, comme le Royaume-Uni avant eux, les États-Unis agissent hors de leurs frontières en fonction de ce qu’ils estiment être leur intérêt, lequel va aujourd’hui le plus souvent à l’encontre de celui des Européens.
Les spectateurs du second volet du diptyque De Gaulle se rappelleront la volonté de Franklin Delano Roosevelt d’imposer l’« AMGOT », une administration américaine à la France libérée. Il a fallu le culot de Charles de Gaulle et l’envoi des commissaires de la République pour empêcher l’installation des préfets désignés par les Américains et restaurer la pleine souveraineté de la France à la Libération.
Certes, il y a eu le plan Marshall pour rebâtir l’Europe ruinée, puis la protection de l’OTAN et la fin de l’isolationnisme pour continuer à peser dans les affaires du monde. Mais les Américains n’aiment pas partager le pouvoir : le départ du commandement intégré de l’OTAN décidé par Charles de Gaulle en 1966 résulte du refus de reconnaître à la France un véritable statut de puissance. Et le Général de continuer à dénoncer, dans un grand discours à Phnom Penh, la guerre meurtrière et sans issue menée par l’Oncle Sam au Vietnam. Malgré le rapprochement entre Richard Nixon et Georges Pompidou, les divergences de fond demeurent : la politique pro-arabe de la France va à l’encontre du soutien inconditionnel de Washington à Israël pendant la guerre du Kippour, en 1973.
Les tensions persistantes entre Paris et Washington
Les soubresauts de la relation franco-américaine ont continué pendant plus d’un demi-siècle, notamment dans le domaine de la défense. François Mitterrand refuse le survol du territoire français par les avions américains allant frapper la Libye en 1986, tout en maintenant la France dans l’Alliance atlantique. Le président socialiste ne s’y trompait pas, lui qui a confié à Georges-Marc Benamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort, apparemment. Oui, ils sont très durs, les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort, apparemment, et pourtant une guerre à mort. »
L’après-Guerre froide a constitué l’acmé des divergences de vue entre Paris et Washington, avec le refus de participer à la guerre contre l’Irak en 2003, jugée illégale par la France. De cet esprit d’indépendance, que reste-t-il ? Les enjeux de souveraineté seront au cœur de la campagne présidentielle, et les ingérences comme les compromissions avec un étranger qui n’est pas toujours notre ami seront dans tous les esprits. En 1959, Charles de Gaulle a dit à André Malraux : « Nous ne pouvons admettre une colonisation de l’esprit par les États-Unis et l’URSS. » Aux responsables politiques d’en faire leur maxime.



