Face à Trump, l’Amérique latine se redessine
L’onde de choc trumpienne traverse l’Amérique latine. Ralliements opportunistes, régimes fragilisés, résistances politiques : l’équilibre du continent évolue rapidement. Cette recomposition encore partielle révèle déjà de nouvelles lignes de force régionales.
Le secrétaire américain à l’Intérieur, Doug Burgum, se pavane à Caracas pour récolter les dividendes du hold-up éclair et musclé ayant conduit à la capture de Maduro. L’opération n’était ni désintéressée ni inspirée par la volonté de débarrasser les Vénézuéliens de la dictature.
Présentée comme une dure du régime, Delcy Rodriguez, présidente par intérim, affiche désormais sa docilité à l’égard des intérêts de l’industrie pétrolière et gazière américaine. Elle s’apprête à réformer le code minier pour dérouler le tapis rouge aux compagnies de l’Oncle Sam. Après la visite du ministre de l’Énergie, Chris Wright, alléché par une tournée prometteuse des sites pétroliers au lendemain de la réforme de la loi sur les hydrocarbures, le vernis idéologique n’aura pas résisté. La soumission du régime « bolivarien » cher à Mélenchon aux intérêts de MAGA premier se confirme. Il n’était qu’un tigre de papier et son zélateur un « idiot utile ».
Le mirage révolutionnaire se dissipe
À la grande satisfaction du Néron des Amériques, félicitant son obligée, la présidente, pour son « excellent travail », le renvoi d’ascenseur a été aussi prompt qu’un post sur X : Washington a autorisé une filiale d’American Airlines à rétablir les liaisons aériennes avec Caracas, interrompues depuis sept ans. Au même moment, Air France suspendait ses liaisons avec La Havane en raison des difficultés de ravitaillement. Mauvaises nouvelles pour la plus grande île des Antilles. Le gouvernement cubain se débat pour survivre face à une économie de pénuries chaque jour plus sévères et voit l’un de ses seuls alliés rentrer dans les rangs du nouvel ordre trumpien.
La dictature moribonde de Miguel Diaz-Canel sera-t-elle la prochaine sur la liste de « deals » de Trump, ou est-elle suffisamment affaiblie pour choir comme un fruit trop mûr ? La panne électrique généralisée qui plonge l’île de José Marti dans l’obscurité est plus qu’une métaphore sinistre. Le nœud se resserre inexorablement autour du dernier carré. Les acquis en matière d’éducation et de santé d’une Révolution désormais lointaine ne peuvent plus faire oublier les privations de liberté. Ils sont relégués au rayon des souvenirs d’une génération essorée qui quitte la scène.
Claudia Sheinbaum, figure de la fronde
La gauche latino ne possède plus que deux figures de proue pour résister : Mexico et Brasilia. Si la figure de Lula n’est pas exempte d’ambiguïtés stratégiques et de liaisons infamantes et dangereuses à l’échelle internationale, Claudia Sheinbaum Pardo tient bon à Mexico, forte d’un soutien populaire qui ne se dément pas — 73 % de soutien, selon un sondage récent.
Première femme — scientifique du GIEC — à la tête de son pays, après avoir été la vice-présidente d’Amlo — Andres Manuel Lopez Obrador — elle fait mieux que résister, endossant le rôle de leader anti-Trump pour tout le continent. Pas même fragilisée, après avoir décidé de s’attaquer aux cartels de la drogue, dont celui dominé par « El Mencho », là où son prédécesseur avait préféré temporiser.
Lors de ses conférences de presse quotidiennes au Palais national, elle déplore inlassablement l’affaiblissement de l’ONU, celui du droit international au profit du règne de la force brutale. Elle affiche une solidarité renouvelée avec Madrid et, plus généralement, avec les Européens et avec le Canada. Elle porte justement avec le premier Ministre Carney la perspective de nouvelles routes maritimes pour les échanges commerciaux contournant l’Amérique de Trump.
Tout n’est donc pas perdu, au moment même où un juge de la Cour suprême pour le commerce (CIT) ordonne le remboursement des droits de douane illégaux, soit, au bas mot, plus de 130 milliards de dollars. L’Histoire nous l’a enseigné : on ne perd à coup sûr que les combats que l’on ne mène pas.



