Faure dégommera-t-il Glucksmann ?

par Valérie Lecasble |  publié le 09/09/2026

Le premier secrétaire du Parti socialiste jette toutes ses forces dans la bataille pour faire trébucher son adversaire de Place publique. Le redoutable sens tactique d’Olivier Faure peut-il avoir raison du favori Glucksmann ?

Raphaël Glucksmann, chef du parti de centre-gauche Place publique et candidat à l'élection présidentielle française de 2027, et Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), lors de l'université d'été du PS à Blois, le 28 août 2026. (Photo ALAIN JOCARD / AFP)

Sur le papier, il n’y a pas photo. Au-delà des 10 % dans tous les sondages de l’élection présidentielle jusqu’à friser parfois les 14 %, Raphaël Glucksmann fait la course largement en tête devant Olivier Faure qui, malgré ses multiples interventions dans les médias, reste scotché à 3,5 %. Pas de doute : les militants, sympathisants et citoyens de gauche devraient donc voter à la primaire sociale-démocrate le 7 octobre prochain pour celui qui a le plus de chances de figurer au second tour de la présidentielle : Raphaël Glucksmann. Cette primaire ne serait pour lui qu’une formalité.

Glucksmann favori face à Olivier Faure

C’est oublier que les électeurs de la primaire ne sont pas ceux de l’élection présidentielle. Celui qui le sait mieux que personne, c’est Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste depuis huit ans, qui met toute son expérience, sa ténacité et son redoutable sens tactique dans la bataille pour faire trébucher Raphaël Glucksmann. Qu’importe si le premier secrétaire est devenu minoritaire au Parti socialiste depuis qu’il a été désavoué le 9 juillet dernier par le vote des militants contre la primaire d’union de la gauche qu’il réclamait : il persiste à ne rien entendre.

Olivier Faure sait qu’il a des atouts. Le premier relève de l’évidence : il est socialiste, Glucksmann ne l’est pas. Le premier secrétaire, qui n’a pas renoncé à ses prérogatives malgré son désaveu, sait que ses militants s’inquiètent de l’avenir de leur parti si leur candidat à la présidentielle devait ne pas porter leur étiquette. Et qu’adviendrait-il ensuite aux élections législatives si celui-ci s’interdisait, comme le veut Glucksmann, de négocier localement des accords avec leurs camarades de gauche, y compris LFI, pour conserver leurs circonscriptions ? Ceux-ci plaident que tous les LFIstes ne sont pas des clones de Jean-Luc Mélenchon…

Ségolène Royal entre dans le jeu

Le second atout d’Olivier Faure est la division. Il a introduit dans le jeu l’imprévisible Ségolène Royal qu’il connaît de longue date et avec qui il partage l’envie de dégommer Raphaël Glucksmann. Si l’ex-star de 2007 refuse de s’exprimer publiquement sur les autres candidats de la primaire, elle s’est empressée d’annoncer qu’elle avait déjà recueilli ses parrainages. Un « blitzkrieg », largement facilité par Olivier Faure, pour celle qui ne pesait plus au Parti socialiste depuis qu’elle avait échoué en 2012 à le ravir à Martine Aubry. On n’attendait pas Ségolène, mais elle surgit, en raison de son talent à capter l’opinion : pourra-t-elle réunir assez de voix pour déstabiliser Raphaël Glucksmann ?

La troisième carte d’Olivier Faure est qu’il persiste à plaider en faveur d’une primaire d’union de la gauche, celle-là même qui a été rejetée par les militants socialistes le 9 juillet au profit d’une primaire sociale-démocrate plus restreinte. Ainsi fait-il semblant de laisser la porte ouverte à François Ruffin quand il sait qu’elle a été fermée. Et il continue à défendre les 2 euros pour voter alors que les militants ont tranché pour 15 euros. Sur BFMTV, il dénonce un « choix censitaire » et plaide « qu’on peut toujours revenir en arrière, c’est possible jusqu’au dernier jour », martèle-t-il, alors que cela ne l’est pas.

Olivier Faure face aux règles de la primaire

On croit rêver. Le premier secrétaire du Parti socialiste fait fi des règles qui ont été édictées et persiste à réclamer qu’il ne « reste qu’un seul candidat, de Ruffin à Glucksmann » à l’issue de la primaire. Le lendemain, c’est Johanna Rolland, son bras droit, qui se coltine de dire à la presse que l’éventualité de la candidature de François Ruffin, pas plus que celle de Matthieu Pigasse, à la primaire de la gauche ne recueillerait l’indispensable « consensus » des partis qui l’organisent, à savoir le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. En clair, mis en minorité, Olivier Faure n’a d’autre choix que d’obtempérer. Pourquoi diantre veut-il introduire François Ruffin, Matthieu Pigasse ou quelque autre candidat quand il sait qu’il ne le peut pas ?

Pour ceux qui connaissent la proximité de la relation entre Olivier Faure et Johanna Rolland, entre lesquels n’existe pas la feuille d’un papier à cigarette, il est clair que le duo est bien orchestré. À lui de tenter le tout pour le tout, afin de décrocher les voix favorables à l’union de la gauche. À elle de rappeler les règles, tout en tirant au maximum du côté de Faure. En avant-dernière page du dossier de presse de la primaire, on souligne ainsi que le vote ne coûte en fait que « 5 euros après défiscalisation » (sic).

Patrick Mennucci a du pain sur la planche, lui qui a été nommé président du Comité d’organisation de la primaire et donc chargé d’en faire respecter toutes les règles. Ça commence mal : il était absent lors de la conférence de presse où Johanna Rolland a informé les journalistes de son déroulement. Quelles seront les séquelles d’une primaire à couteaux tirés, où le challenger qui est aussi premier secrétaire s’emploie à faire chuter son meilleur candidat ? Une aubaine pour François Hollande, celui qui n’y participe pas…

Valérie Lecasble

Editorialiste politique