Finances publiques : vite, une carte des inégalités

par Régis Poulain |  publié le 01/05/2026

La question n’est plus seulement de savoir combien l’État dépense, mais comment et où. Derrière les discours sur l’égalité territoriale, une réalité souvent difficile à objectiver se dessine. Cartographier ces écarts changerait profondément la manière de penser l’action publique.

Image générée par ChatGPT

Les inégalités territoriales et les problèmes sociaux qui gangrènent les quartiers populaires devraient figurer parmi les priorités de la gauche. Or, pour agir, encore faut-il en avoir les moyens : c’est pourquoi la géolocalisation des dépenses de l’État constituerait un nouvel outil démocratique au service d’un projet de transformation sociale.

Un outil stratégique longtemps centralisé

Pendant des années, la DATAR assurait ce travail pour les services du Premier ministre. Quelques responsables au sommet de l’État pouvaient, bien avant l’ère des logiciels de gestion et de comptabilité modernes, identifier les régions bénéficiant le plus des moyens publics. Il revenait ensuite au chef du gouvernement d’opérer les arbitrages nécessaires pour aménager le territoire de manière équilibrée.

Aujourd’hui, la question technique ne se pose plus : l’État est en mesure de savoir précisément où va son argent. En revanche, géolocaliser ces données et les annexer à un projet de loi de finances (PLF) constituerait un choix politiquement sensible. Une telle transparence mettrait en lumière les écarts importants de moyens entre les territoires les plus favorisés et ceux que l’on peut qualifier de « déshérités ».

La politique de la ville en question

On objectera que la France consacre déjà des moyens significatifs à la « politique de la ville », expression fourre-tout désignant les ressources supplémentaires allouées aux quartiers prioritaires (QPV). À chaque émeute urbaine, une partie de la droite rappelle les « milliards pour les banlieues » que l’État consacrerait à des populations présentées comme ingrates.

Quel lien avec la géolocalisation des dépenses ? La politique de la ville ne constitue pas une politique publique à part entière : le budget du ministère concerné reste marginal, inférieur à 1 % des dépenses de l’État, pour une population estimée à près de 5,6 millions de personnes confrontées à des services publics dégradés. La Cour des comptes, comme plusieurs rapports parlementaires, souligne la complexité et l’opacité du dispositif, chaque ministère y ajoutant des moyens limités pour honorer ses engagements. Une question demeure alors : ces (faibles) moyens supplémentaires compensent-ils réellement les inégalités initiales en matière d’éducation, de sécurité ou de santé ? La réponse est très probablement négative.

Vers une transparence budgétaire accrue

Géolocaliser les dépenses publiques et partager ces données avec le Parlement permettrait de confirmer ce constat : celui d’une République à deux vitesses. D’un côté, des territoires bénéficiant de moyens à la hauteur des ambitions d’égalité ; de l’autre, des zones reléguées, maintenues dans une forme de marginalité que des politiques symboliques peinent à corriger. Mettre en cause les intérêts de ceux qui concentrent aujourd’hui l’essentiel des ressources publiques serait un prix modeste à payer pour engager une véritable réallocation des moyens, fidèle à la devise républicaine.

Régis Poulain