Fini de lire 

par Laurent Joffrin |  publié le 19/06/2026

Déclin de la presse, crise de la librairie, baisse du niveau scolaire : l’écrit continue de régresser en France. Menace sur la culture et la démocratie.

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Trois informations isolées, perdues dans le flot médiatique et pourtant reliées, devraient susciter un effroi national et une réaction énergique. On en est loin…

Librairies, presse : les signaux d’alerte

Comme le remarque pour s’en alarmer l’excellent Michel Guerrin dans Le Monde, le nombre des fermetures de librairies, pour la première fois en 2025, l’a emporté sur les ouvertures. Plusieurs enseignes prestigieuses, à Lille, Paris ou Montpellier, menacent de mettre la clé sous la porte, sur fond de baisse dramatique de la lecture en France.

Jeudi dernier, quelques centaines de manifestants ont tenté d’alerter l’opinion sur la situation de la presse. Le groupe Bolloré vient d’annoncer des coupes massives dans les effectifs de sa filiale Prisma Presse, naguère fleuron prospère de la presse magazine. Il est loin d’être le seul : plusieurs entreprises de presse, nationales ou régionales, ont déjà mis en œuvre la réduction drastique de leurs équipes. Partout, la presse écrite régresse à grande vitesse sans que son développement en ligne puisse pallier ses pertes en recettes et en lecteurs.

L’école face au recul de l’écrit

La semaine dernière, le ministre de l’Éducation a demandé aux correcteurs du baccalauréat de ne pas accorder la moyenne aux candidats incapables de rédiger leur copie dans un français à peu près correct. Aussitôt, de bonnes âmes, pas seulement syndicales, se sont émues de cette injonction insupportable. Ainsi, on conteste très ouvertement le fait qu’en France un diplôme puisse être refusé à ceux qui ne maîtrisent pas la langue française.

L’emprise du numérique

Cette régression a de multiples causes, souvent disséquées. Mais elle découle surtout d’un facteur commun : l’irrésistible emprise du monde numérique sur les cerveaux contemporains. Sans que rien ne puisse le contenir, le temps passé sur les écrans empiète de plus en plus sur celui consacré à la lecture de livres, de manuels scolaires ou de journaux (même s’ils sont en ligne). On remplace les textes composés et réfléchis par un flot monstrueux de messages courts et d’images incongrues, qui noie le raisonnement, dévalue la mémoire et paralyse l’intelligence. Avant d’y trouver un remède, il faut en prendre conscience. Faute de quoi la « galaxie Gutenberg » sera bientôt remplacée par la « galaxie Elon Musk » et la démocratie par la démagogie.

Laurent Joffrin