Flávio Bolsonaro : le candidat de l’axe Trump-Milei
À trois mois de l’élection présidentielle brésilienne, la candidature de Flávio Bolsonaro, pour le Parti libéral (PL), formation d’extrême droite, entend incarner, avec le parrainage de l’Argentin Javier Milei, le modèle trumpien sur l’ensemble du sous-continent.
Bénéficiant du soutien de Javier Milei, l’homme à la tronçonneuse appliquée aux dépenses sociales, il reçoit naturellement la bénédiction du Néron des Amériques lui-même, après une nouvelle salve de droits de douane visant le gouvernement brésilien. Le fils Bolsonaro à la place du père : le pari est fragile, mais avec de tels parrains, le pire reste possible. Face à un Lula candidat à un quatrième mandat, gardien octogénaire du temple de la gauche latino-américaine, le combat s’annonce âpre et lourd de conséquences.
Flávio Bolsonaro traîne derrière lui bien des boulets, sans que cela ne semble gêner ses partisans. Sa dépendance politique à son père Jair, assigné à résidence après sa condamnation à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, n’est pas la moindre. Les petites formations de droite et du centre, qui avaient accompagné son père, ne paraissent d’ailleurs pas disposées, cette fois, à remonter à bord d’une embarcation dont elles jugent l’équipage bien frêle.
Une élection à portée continentale
Pour autant, l’enjeu continental est tel que l’on peut s’attendre à une polarisation extrême, accompagnée d’un déferlement de coups bas et de manipulations venues de tout le continent afin d’influencer le destin du géant sud-américain. Les premiers mots d’ordre résonnent déjà au diapason des gouvernements passés à l’extrême droite : ordre et liberté. À la fois libertarienne, sécuritaire et évangéliste, la constitution d’un axe Washington-Brasilia-Buenos Aires — alors que Santiago s’est alignée et que l’Amérique centrale rentre dans le rang — constituerait sans doute la seule victoire géopolitique d’envergure de l’influence trumpienne après ses revers répétés en Europe, en Asie et au Moyen-Orient.
Trump aime invoquer la doctrine Monroe pour justifier son expédition contre Caracas et ses agressions répétées envers La Havane. La perspective de faire basculer dans son camp les quelque 213 millions de Brésiliens lui permettrait de sauver la face à quelques jours des élections de mi-mandat du 3 novembre. C’est dire combien cette élection revêtira une dimension autant continentale que nationale.
Derrière une éventuelle défaite de la gauche se profilerait un marché régional unifié sous influence américaine, affaiblissant l’État de droit et rejetant les politiques de cohésion et de solidarité qui caractérisent le modèle européen. L’extrême droite continentale disposerait alors d’une véritable alternative politique à cette échelle, fondée sur la dérégulation économique et institutionnelle qu’elle appelle de ses vœux.
Raison de plus pour que l’Union européenne, mais aussi le Mexique et le Canada, renforcent dès maintenant leurs liens commerciaux et politiques avec Brasilia, notamment dans le domaine agricole, afin d’éviter un face-à-face déséquilibré avec l’administration américaine. Lula lui-même devrait enfin s’y résoudre plutôt que de courir après un « Sud global » fantasmé, dont certains acteurs sont pour le moins infréquentables. Sans compter que l’extrême droite latino-américaine demeure toujours prompte à préparer un énième golpe, fidèle à une vieille tradition.
Bien sûr, nous n’en sommes pas encore là. Dans trois mois, une victoire de Lula, suivie d’un revers trumpiste aux élections américaines, ouvrirait d’autres perspectives avant le marathon électoral européen du printemps prochain, lui aussi déterminant.
Les répercussions pour l’Europe
Il est toutefois difficile de ne pas constater les nombreuses similitudes qui se dessinent à l’échelle mondiale, indépendamment des difficultés économiques et d’une croissance entravée par la folie d’un seul homme dans le détroit d’Ormuz. Là-bas comme ici, le leadership du camp conservateur passe désormais sous la coupe de l’extrême droite. Là-bas comme ici, les thèmes de l’ordre et de la dérégulation dominent les débats. Le récent retour de deux néonicotinoïdes, sous l’impulsion d’une ministre bollorisée et avec le soutien de l’extrême droite, en offre une illustration.
La différence tient encore au facteur religieux. Les sociétés européennes, plus largement sécularisées, demeurent relativement préservées de cette vision manichéenne opposant le « bien » au « mal ». Mais rien n’est jamais acquis, comme en témoigne la poussée masculiniste venue d’outre-Atlantique sur les décombres des combats féministes des dernières décennies.
En somme, face aux désordres du monde et contrairement aux impasses souverainistes qui gagnent une partie des gauches européennes, la gauche de demain n’a d’autre choix que d’assumer la complexité du monde et de chercher à le réguler à l’échelle planétaire. Les périls qui menacent aujourd’hui le Brésil, comme l’ensemble du continent américain, constituent un avertissement. Le modèle européen d’intégration politique et de protection des droits humains, aussi perfectible soit-il, demeure contradictoire, terme à terme, avec celui des courants libertariens qui gagnent l’Amérique du Nord comme l’Amérique du Sud. Il faut donc accepter d’engager pleinement le rapport de force politique, développer les partenariats commerciaux qui s’imposent et renoncer enfin à l’impasse souverainiste.



