G7 à Évian : le regain de l’Europe

par Pierre Benoit |  publié le 15/06/2026

Fort de son accord – très incertain – avec l’Iran, Donald Trump veut dominer la conférence pour faire oublier une guerre décevante. Mais l’Europe s’est entre-temps ressaisie.

L'entrée de l'Hôtel Royal avant le début du sommet du G7 à Évian. Le sommet du G7 s'y tiendra du 15 au 17 juin et réunira les chefs d'État et de gouvernement des 7 pays. (PHOTO LUDOVIC MARIN / AFP)

Les Sommets du G7 se suivent mais ne se ressemblent pas. L’année dernière, à pareille époque, Donald Trump avait prétexté une urgence liée aux bombardements sur l’Iran pour s’éclipser de la réunion qui se tenait au Canada. Cette fois, il arrive la tête haute à Évian avec l’assurance d’un accord finalisé avec Téhéran. Fidèle à ses manières de communicant, il va prendre toute la lumière et bouleverser la première journée de la rencontre.

Trump veut imposer son agenda

Trump a traversé son jour anniversaire, dimanche, comme sous une douche écossaise. Il s’est d’abord mis en colère contre Netanyahou à la suite de nouvelles frappes israéliennes sur Beyrouth. En pleine campagne électorale, le Premier ministre israélien n’apprécie guère l’accord avec Téhéran et veut garder les mains libres face au Hezbollah, suscitant le courroux de son allié.

Le milliardaire républicain a ensuite rejoint les pelouses de la Maison Blanche pour le combat de MMA prévu pour son anniversaire. Peu avant, le Premier ministre pakistanais, médiateur entre les États-Unis et l’Iran, avait confirmé l’accord, mettant fin aux opérations militaires, y compris au Liban.

Personne n’est obligé de croire à l’authenticité de cette chronologie faussement maîtrisée. Sauf sur un point : avant de confirmer l’accord, Trump l’avait déjà annoncé comme imminent trente-neuf fois au cours des deux mois écoulés, reculant à chaque fois dans les sondages.

Ainsi les dirigeants d’un monde fracassé par les guerres vont se réunir avec le président américain sur les rives du lac Léman. Les Européens, comme les Canadiens et les Japonais, ont refusé d’appuyer Trump dans son offensive contre Téhéran. Par leur silence, ils ont condamné une opération militaire aux objectifs flous qui a débouché sur une crise pétrolière affaiblissant leurs économies. La réouverture du détroit d’Ormuz était une priorité pour l’Europe qui pourrait, en accord avec les pays de la région, contribuer à la sécurité du golfe Persique.

L’Europe face aux défis géopolitiques

Né au temps de la guerre froide, déjà âgé d’une cinquantaine d’années, le G7 appartient à un monde révolu, comme la relique d’une époque où le multilatéralisme voulait dire quelque chose. Depuis l’arrivée de Trump 2 aux affaires, le fossé s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique avec le conflit sur les tarifs douaniers, les menaces sur la souveraineté du Groenland, la crise ukrainienne ou la régulation du numérique. Au passage, quelques figures connues de la tech, comme Sam Altman ou le fondateur de Mistral, Arthur Mensch, sont attendues à Évian.

Seule consolation : dans cette chronique d’un chaos annoncé, l’UE a tenu bon. Elle n’a pas tout réussi, sur la guerre des tarifs par exemple, mais elle a déjoué l’embuscade de Trump sur le Groenland. Dans la crise ukrainienne, elle a fait un bond en avant en supplantant l’aide financière américaine, opération confirmée après la défaite de Viktor Orbán. Avec persévérance, elle s’est introduite dans le jeu diplomatique dont Poutine et Trump voulaient l’exclure. Mieux, elle s’est réunie pour proposer une force de maintien de la paix lorsque les armes se seront tues.

La tentation d’une troisième voie

Volodymyr Zelensky tiendra la vedette au second jour de la rencontre. Les Européens vont jouer une carte en tentant de convaincre Trump de soutenir son offre de dialogue direct avec Poutine. Le moment n’est pas mal choisi car le patron de la Maison Blanche a perdu de sa superbe après s’être enlisé une centaine de jours dans le bourbier iranien, même si Trump veut en profiter pour faire oublier au plus vite cette mauvaise séquence.

Sur les rives du Léman, des dirigeants du Kenya, de l’Inde, du Brésil, de la Corée du Sud croiseront aussi ceux de la vieille Europe. Alors, bien sûr, le discours prononcé à Davos l’hiver dernier par le Premier ministre canadien Mark Carney reviendra à l’esprit de beaucoup. Le Canadien, lui aussi bousculé par les visées expansionnistes de son voisin du sud, avait ouvert une piste. Il proposait d’unir les pays qui rejetaient la vassalisation des Empires.

L’idée d’une troisième voie peut rappeler l’époque de la guerre froide lorsque certains pays voulaient échapper à la logique des blocs entre Moscou et Washington. Aujourd’hui, cette image prend une tout autre couleur : il s’agit de résister à ces prédateurs qui n’ont pas de limites dans la guerre économique comme dans leur course à la toute-puissance.

Fondée par principe sur le multilatéralisme, l’Union européenne doit naturellement tisser des liens avec les puissances moyennes désireuses de rejeter le diktat des empires, des liens qui aillent au-delà de simples accords de libre-échange. Pour lancer cette dynamique, une condition s’impose : que l’UE ne freine pas sa marche en avant à l’issue de prochaines échéances électorales qui verraient l’arrivée au pouvoir de forces politiques eurosceptiques. On pense en premier lieu à la présidentielle française du printemps prochain…

Pierre Benoit