Gauche : la guerre des programmes
Et si le foisonnement d’initiatives était porteur d’espoir pour la gauche ? Certes, il révèle des dissensions profondes. Mais à un an de la présidentielle, il prend aussi l’allure d’une saine émulation. À condition de dégager une candidature crédible capable de battre le RN…
Combien de critiques a-t-on entendues sur cette gauche paresseuse qui ne travaille pas, n’a pas de programme et s’en est depuis longtemps remise à La France insoumise pour y piocher des propositions ? La preuve, lors de la constitution du Nouveau Front populaire, celle-ci seule avait un programme auquel s’accrocher. D’où la soumission de la gauche, en particulier celle du Parti socialiste, à Jean-Luc Mélenchon. Les uns et les autres ont juré qu’on ne les y reprendrait plus. Entre Olivier Faure, ses opposants, Marine Tondelier, Bernard Cazeneuve et les autres, c’est désormais la guerre des programmes. Pas un jour ne passe sans que chacun y aille de son projet.
Une multiplication de projets à gauche
Car dans le combat des chefs auquel se livre la gauche, le programme est devenu la meilleure façon d’exister. Afin de se sauver de ses assaillants, Olivier Faure a sorti les couteaux le premier et a tenté d’imposer, dès le 14 avril, le projet qu’il a concocté depuis un an avec Chloé Ridel, fondé sur l’idée de liberté.
Ses opposants ont exigé une explication de texte et demandé à ajouter leur grain de sel avant que le programme ne soit présenté à la presse. Las, ce délai n’a pas permis d’avancer vers un consensus : c’est finalement Olivier Faure qui le portera seul aux côtés de Chloé Ridel et sans l’aval d’un vote de Boris Vallaud ou des opposants, une semaine plus tard, le 22 avril, devant les journalistes.
Rivalités internes au PS et chez les écologistes
Cette initiative a poussé Marine Tondelier à se mettre au diapason. La voilà qui envoie un courrier à la hâte à ses partenaires de la petite primaire, avec 21 propositions bouclées à la va-vite, au moment où elle aussi doit affronter les règlements de comptes au sein de son parti.
Sa grossesse, annoncée à 39 ans comme quasi miraculeuse alors qu’elle a déjà eu un enfant, n’a pas suffi à effacer l’échec cinglant pour les Verts, de la perte de plusieurs grandes villes aux élections municipales. Elle se fait donc bousculer à son tour sur sa gauche par Sandrine Rousseau et par ceux qui, parmi les Verts, n’ont qu’une hâte, celle de s’allier à… La France insoumise.
Marine Tondelier a d’autant plus de mal à imposer son leadership qu’elle est aussi débordée sur sa droite par Yannick Jadot, qui apparaît comme l’un des principaux signataires de Construire 2027, une plate-forme programmatique dont le projet a pris naissance à Lyon sous la houlette d’Hélène Geoffroy et à laquelle s’est ensuite associé Raphaël Glucksmann, à condition d’en changer le nom.
Vers une candidature social-démocrate ?
L’occasion faisant le larron, Boris Vallaud s’est mis en piste afin d’étoffer les rangs de ceux qui ne font pas confiance à Olivier Faure pour élaborer un programme pour le futur candidat à la présidentielle. Ce projet doit marquer leur désaccord avec le Premier secrétaire du PS, en soudant ses opposants autour d’une plate-forme programmatique réunissant ceux qui luttent contre toutes les formes de populisme, en France et à l’international. David Assouline, Lamia El Aaraje, Jérôme Guedj, Philippe Brun, Carole Delga, Patrick Kanner, Nicolas Mayer-Rossignol, Boris Vallaud, Patrick Mennucci, Karim Bouamrane figurent parmi ces signataires qui penchent pour une candidature de Raphaël Glucksmann ou de François Hollande.
Pour ne pas être en reste, Bernard Cazeneuve est lui aussi sorti du bois, peu après son ami devenu concurrent François Hollande, pour annoncer qu’il se préparait lui aussi. Il est prêt à publier une vingtaine de propositions, à la condition toutefois… qu’on vienne le chercher.
Le programme qu’envoie aujourd’hui Olivier Faure aux fédérations du Parti socialiste n’est donc soutenu que par lui-même. En échange, ses opposants ont obtenu qu’il accepte, sur la demande de Boris Vallaud, la tenue d’un prochain Conseil national qui fixe le calendrier de la marche vers la présidentielle.
Que retenir de tout cela ? Qu’entre Olivier Faure et ses opposants, la bataille est loin d’être terminée et qu’elle donne le spectacle d’une gauche profondément divisée. Mais cette bataille pousse aussi les uns et les autres à une saine concurrence où foisonnent les idées. Plutôt que le vide des projets, voici le temps de la confrontation des propositions. Une base utile sur laquelle pourra s’appuyer le futur candidat social-démocrate à l’élection présidentielle.



