George Washington avait prévu Trump
Il est des anniversaires qui tombent à contretemps. Les États-Unis célèbrent le 4 juillet les 250 ans de leur indépendance, au moment même où la démocratie américaine vit l’une des plus graves crises de son histoire récente… que les pères fondateurs avaient redoutée.
Alors que les États-Unis célèbrent leur 250ᵉ anniversaire le 4 juillet, quelques phrases prononcées par les quatre premiers présidents du pays, qui font partie de ses « pères fondateurs », résonnent aujourd’hui douloureusement, notamment car les célébrations ont lieu sous l’autorité de Trump, qui incarne précisément ce que craignaient ces hommes.
Dans une lettre adressée au marquis de Lafayette, George Washington, le premier président des États-Unis, confiait sa crainte que le chaos politique puisse conduire un jour à l’avènement « d’un démagogue qui sera guidé par ses intérêts personnels et non par ceux de son pays ». Cette lettre fut écrite en 1787, au moment de la rédaction de la Constitution des États-Unis, qui devait précisément parer à cette éventualité.
Cette peur d’un démagogue, que Trump incarne jusqu’à la caricature, explique leur volonté de cadrer le pouvoir du président par l’existence de contre-pouvoirs, ces « checks and balances » qui sont au cœur de l’expérience démocratique américaine.
James Madison, 4ᵉ président du pays et grand défenseur de la séparation des pouvoirs, écrivait quant à lui, dans l’esprit de Montesquieu, : « Un despotisme électif n’était pas le régime pour lequel nous nous sommes battus, mais un gouvernement dans lequel les pouvoirs seraient répartis et équilibrés entre les différentes institutions de l’État, de telle sorte qu’aucune ne puisse dépasser les limites fixées par la loi sans être effectivement contrôlée et freinée par les autres », et que « l’accumulation de tous les pouvoirs — législatif, exécutif et judiciaire — entre les mêmes mains peut à juste titre être considérée comme la définition même de la tyrannie. »
Les contre-pouvoirs au cœur du modèle américain
Comme tous les démagogues populistes et autoritaires, élus démocratiquement ou non, Trump estime que les contre-pouvoirs sont des nuisances insupportables qu’il ne cesse d’attaquer, comme la justice, les médias ou le Congrès. Lors de sa première investiture en 2016 comme candidat du Parti républicain, Trump martelait ainsi : « Moi seul peux résoudre les problèmes ».
Au premier rang de ces contre-pouvoirs, la presse est devenue la cible principale de Trump, qu’il qualifie, comme Staline, d’« ennemi du peuple ». Ce rejet va à l’encontre d’une conviction fondamentale des pères fondateurs, comme le montrent les propos de Thomas Jefferson, 3ᵉ président du pays : « S’il fallait choisir entre un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je n’hésiterais pas à préférer le second », ou de George Washington : « Si la liberté d’expression venait à disparaître, nous serions alors réduits au silence et conduits, comme des moutons à l’abattoir. »
La liberté d’expression était ainsi, pour les pères fondateurs, une véritable valeur civique, nécessaire pour préserver la nature démocratique du pays, avec une citoyenneté engagée et instruite, défendue ainsi par John Adams, 2ᵉ président des États-Unis : « La liberté ne peut être préservée sans une instruction largement répandue au sein du peuple. »
Un test historique pour la démocratie américaine
Ce civisme indispensable des citoyens était, pour les pères fondateurs du pays, indissociable de l’exemplarité de ses dirigeants, à commencer par le président, comme le soulignait John Adams : « Le pouvoir étant corrupteur, plus une fonction est élevée, plus la société est en droit d’exiger de ceux qui l’exercent une autorité morale et une intégrité exemplaires », ou encore George Washington : « J’espère avoir la fermeté et la vertu suffisantes pour conserver ce que je tiens pour le plus enviable de tous les titres : le caractère d’un homme intègre. »
Les institutions américaines ont été incapables d’éviter la réalisation leur pire cauchemar, l’avènement d’un démagogue menteur et corrompu, farouchement opposé aux contre-pouvoirs. Seront-elles capables de lui survivre et de donner ainsi raison à Thomas Jefferson, qui nourrissait l’espoir « que le résultat de notre expérience démontre que les hommes sont capables de se gouverner eux-mêmes, sans avoir besoin d’un maître » ? C’est cette prophétie qui se voit aujourd’hui mise à l’épreuve, dans un véritable « test d’effort » pour la démocratie américaine, 250 ans après sa naissance.



