Glucksmann défie Mélenchon
Le novice qui se lance à l’assaut de l’Élysée peut-il détrôner le vieux briscard qui se présente pour la quatrième fois ? À quelque 10 % dans les sondages, Raphaël Glucksmann espère rattraper Jean-Luc Mélenchon, en tête à 14 %. La primaire de la gauche peut-elle créer la dynamique ?
En 2017 puis en 2022, les deux dernières primaires de la gauche se sont soldées par une bérézina. Avec un score calamiteux de 6,36 % pour Benoît Hamon puis de 1,74 % pour Anne Hidalgo au premier tour de la présidentielle, le Parti socialiste était menacé de disparition. Échaudés par ces deux tristes expériences, les socialistes ne devaient pas la réitérer en 2027. Mais c’était sans compter avec l’obstination d’Olivier Faure à défendre l’union de la gauche via une primaire qui devait initialement aller de « Ruffin à Glucksmann ». Après des mois de tergiversations, elle débouche in fine sur une primaire… entre socialistes.
Glucksmann se lance dans la primaire
Sauf que le principal d’entre eux… ne l’est pas. Il est étiqueté Place publique mais il est le mieux placé dans les sondages à gauche, hormis Mélenchon, et il a tenu avec succès la tête de liste socialiste aux élections européennes de 2024. Voilà pourquoi Raphaël Glucksmann se jette dans le grand bain de l’élection présidentielle.
Il a longuement mûri sa décision, qui implique aussi sa compagne, Léa Salamé, qui ne reprendra pas la présentation du 20 h tant qu’il sera en lice. Il piaffait d’envie d’y aller mais il fallait que les conditions soient réunies. À savoir, obtenir avant tout l’indispensable investiture du Parti socialiste, porter ensuite le flambeau du candidat de la gauche anti-LFI. Il s’est accordé sur ce point il y a peu avec Olivier Faure qui a cependant refusé d’acter dans la charte que le candidat élu de la primaire socialiste ne passerait pas d’alliance avec LFI aux élections législatives. Même si l’incertitude demeure sur ce point, Raphaël Glucksmann balaie les états d’âme : « Je n’ai pas peur de Jean-Luc Mélenchon », affirme celui qui, avec ses deux députés Place publique, n’a pas de circonscription électorale à défendre, contrairement à ceux de ses amis qu’il soupçonne de défaitisme.
Le voilà donc qui accepte de concourir à la primaire de la gauche, face au chef du Parti socialiste Olivier Faure mais aussi à son ami Jérôme Guedj, au plus à gauche Philippe Brun et à l’incontrôlable Ségolène Royal. Il veut croire qu’il va « gagner la présidentielle » parce qu’il veut battre le Rassemblement national et appliquer sa vision du redressement d’une France libre, qui ne serait soumise ni à la Chine ni aux États-Unis.
Tout comme son adversaire Mélenchon, il fait de la transformation écologique de la France sa priorité à la suite d’un été caniculaire et d’une sécheresse record. Comme lui, il invite les écologistes à le rejoindre dans sa conquête de l’Élysée. Sa deuxième priorité ? Les travailleurs pour qui il veut baisser les charges sociales afin d’augmenter leurs rémunérations nettes. Ceci, grâce à l’augmentation de 15 milliards d’euros de la taxation des plus gros héritages.
Raphaël Glucksmann appelle enfin les Français à voter largement pour lui à la primaire tant il espère qu’elle crée la dynamique électorale qui lui a fait défaut pendant l’été.
Mélenchon place l’écologie au premier plan
Le même matin dans la Drôme, son adversaire à gauche, Jean-Luc Mélenchon, sortait ses ficelles habituelles de vieux briscard de la politique. En clôture de ses Amfis, il a conforté sa quatrième candidature à l’élection présidentielle après avoir adapté son discours aux forts accents écologistes à l’actualité de la canicule et des incendies. Fini le Mélenchon identitaire, concentré sur une diatribe pro-Gaza aux relents d’antisémitisme. Voici le Mélenchon nouveau qui se rapproche des préoccupations des Français en décrétant une « conscription écologique », où des gardes régionales assureraient la sécurité civile. L’eau, la santé, le climat, les pesticides, la « loi Duplomb poison », répète-t-il à maintes reprises : autant de propositions pour canaliser la colère des Français. Sa transformation écologique passe par la création d’« écorégions » qui seront chargées de « faire cesser le saccage des biens communs ». Elles accompagneraient l’action de l’État qui mettrait les moyens nécessaires afin de réduire le nombre de maladies et de cancers qui touchent les Français.
Deux stratégies pour la présidentielle
Les deux interventions, de Glucksmann et de Mélenchon, donnent le coup d’envoi à gauche de la bataille pour la présidentielle. Si les deux adversaires déroulent des thèmes électoraux proches autour de l’écologie et de la juste rémunération des travailleurs, ils se déchirent sur la méthode pour y parvenir. Le leader social-démocrate de Place publique cherche à intégrer le plus grand nombre de sensibilités politiques hormis LFI quand celui de La France insoumise exclut à peu près tout le monde, et compte sur les seuls électeurs pour remporter la mise.
Leurs deux équations sont risquées : Raphaël Glucksmann doit gagner une primaire où son positionnement anti-LFI ne fait pas l’unanimité des votants. Jean-Luc Mélenchon veut élargir sa base avec sa méthode dite du « carré » où il est seul à décider de tout.
Les débats provoqueront-ils l’intérêt des Français pour les sujets qui engagent leur avenir ? Et seront-ils dupes du revirement factice qu’adopte Jean-Luc Mélenchon en arrondissant son discours à chaque présidentielle ?



