Glucksmann, le Don Quichotte de la gauche
Les moulins qu’il combat n’ont rien d’imaginaire. Le presque candidat à l’élection présidentielle désigne ses ennemis : les énergies fossiles, les produits chinois, les technologies américaines. Décryptage d’un meeting réussi.
Sur le papier, tous les ingrédients du flop étaient réunis. Avec l’imminence d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, la Coupe du monde de football, l’arrivée des beaux jours, la démonstration de force de Jean-Luc Mélenchon quelques jours auparavant, qui pariait sur la réussite du meeting que tenait samedi 13 juin Raphaël Glucksmann aux Docks de Paris à Aubervilliers ? BFMTV elle-même, qui devait retransmettre l’événement, a cru bon, au dernier moment, de le diffuser plutôt sur sa chaîne BFM2.
Et pourtant, Raphaël Glucksmann a relevé le défi. Il s’est montré tel qu’il est : authentique, entier, réfléchi, enthousiaste, ambitieux, heureux d’être là. Devant les 4 000 participants qui s’étaient déplacés, il a déroulé, mesure après mesure, ce qui commence à ressembler à un programme.
Souveraineté et indépendance européenne
D’emblée, il a dénoncé la faillite collective de notre système judiciaire, révélée par le meurtre de Lyhanna. Mais surtout, il a commencé à tracer le chemin de la souveraineté française. L’année 2027, assure-t-il, sera le point de bascule. Dans cette élection, Vladimir Poutine usera de tous les stratagèmes pour faire basculer la France et, avec elle, l’Europe, vers les forces prorusses, c’est-à-dire d’extrême droite. Face à cette menace mortelle, Raphaël Glucksmann plaide pour que la France devienne la locomotive d’une Europe indépendante et souveraine.
Le patron de Place publique a identifié les trois addictions qui empêchent aujourd’hui la France de tenir son rang. La première, ce sont les énergies fossiles – le pétrole et le gaz – qu’il qualifie d’héroïne, et pour lesquelles l’argent que les Français dépensent lorsqu’ils font leur plein aux stations-service va directement dans les poches de Donald Trump et de Vladimir Poutine.
La seconde, ce sont les produits chinois qui, comme le crack, ont envahi la consommation des Français depuis que la désindustrialisation de la France les a privés de leurs productions nationales stratégiques. Un cercle vicieux qui résulte de la défaillance des responsables politiques de gauche et de droite dans les années 1980-1990, tandis que le Parti communiste chinois prenait la décision politique de mettre hors jeu les produits européens. L’Allemagne a résisté, mais la France a cédé, gonflant sa dette au fur et à mesure que les Français consommaient de plus en plus ce qu’ils fabriquaient de moins en moins.
Les trois dépendances ciblées
La troisième drogue, la plus dure, le fentanyl économique, ce sont les technologies américaines qui volent nos données, truquent nos élections et manipulent les cerveaux de nos enfants. Ceux-là sont devenus les ennemis numéro un, qu’ils s’appellent Elon Musk ou Sam Altman.
Contre ces trois fléaux, Glucksmann appelle à la résistance. Il s’agit d’abord de « réussir la révolution énergétique », grâce à la sobriété et à l’efficacité. Nous avons perdu dix ans, lance-t-il à Emmanuel Macron, en qui il n’a jamais cru, pour obtenir que nos voitures Renault électriques ne paient pas les guerres de Poutine.
Il décrète ensuite « l’état d’urgence industriel » pour tous les secteurs de notre industrie menacés par la Chine. Il veut pour cela obliger à acheter européen et s’approprier la souveraineté et la protection de la production française afin de ne pas laisser le thème au seul Rassemblement national.
Il fait enfin de la « reconquête de la souveraineté de nos nouvelles technologies » un combat existentiel, afin de s’émanciper de cette oligarchie mondiale qui nous domine, avec au cœur la révolution de l’intelligence artificielle que la France ne doit pas rater. Il cite au passage Thierry Breton, le seul qui, selon lui, a voulu tenir tête à Elon Musk et qu’Emmanuel Macron a sacrifié.
La bataille pour 2027
Et la présidentielle ? Glucksmann annonce qu’aucun des deux anciens Premiers ministres de Macron ne peut gagner. Les Français veulent du neuf : ce sera donc à « notre gauche » de remporter l’élection présidentielle. Notre gauche ? Celle de la social-démocratie, qui doit éteindre les prétentions de Jean-Luc Mélenchon. Et face au Rassemblement national, Glucksmann oppose à celle de Maurras la France de Gavroche, celle « du vrai patriotisme qui libère et qui grandit ».
Dans le sondage OpinionWay que publie le JDD dimanche 14 juin, Raphaël Glucksmann est, selon les hypothèses, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon ou devant lui sans Marine Tondelier ni Fabien Roussel, entre 13 % et 16 % des intentions de vote. Ainsi commence le combat des dix prochains mois.



