Guéant enfonce Sarkozy
« Nicolas Sarkozy se trompe. » Claude Guéant refuse le chapeau, trop grand pour lui, qu’a voulu lui faire porter Nicolas Sarkozy lors du procès en appel du financement libyen de sa campagne. Le règlement de comptes entre les deux hommes tourne à la foire d’empoigne, au détriment de l’ancien président.
On avait remarqué en son temps le sacrifice d’un Michel Roussin, qui avait accepté de dormir quatre mois en prison, jusqu’en avril 1995, pour couvrir les écarts de son chef Jacques Chirac, dont il avait été le directeur de cabinet à la mairie de Paris. Celui qui allait être élu président de la République était alors poursuivi pour des emplois fictifs : plusieurs de ses proches, employés par la mairie, travaillaient en réalité pour son parti politique. Fidèle, Michel Roussin, ex-officier du SDECE, avait accepté de porter le chapeau. Si bien qu’élu président, Jacques Chirac avait bénéficié de l’immunité jusqu’en 2011. Finalement reconnu coupable de détournement de fonds publics, il avait écopé de deux ans de prison avec sursis. Grâce à l’incroyable service que lui a rendu Michel Roussin, Jacques Chirac a évité le pire.
Le face-à-face Sarkozy-Guéant
Rien de cela avec Claude Guéant. Trente années plus tard, le sacrifice n’est plus de mise. On aurait pu croire qu’âgé, malade, absent du procès et déjà condamné par ailleurs, l’ex-directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, avant d’être nommé secrétaire général de l’Élysée, adopterait une attitude semblable à celle de Michel Roussin. Aurait-il vécu de longues années sous les ors de la République et se serait-il enrichi personnellement de plusieurs millions d’euros s’il n’avait été au service de Nicolas Sarkozy ?
Au lieu de cela, Claude Guéant, absent du tribunal, prend la plume pour écrire à deux reprises une attestation à la cour d’appel de Paris qui mine la défense de son ancien patron. Dimanche 26 avril, dans la seconde, il tient à préciser que « Nicolas Sarkozy se trompe » et réitère sa version du dîner du 25 juillet 2007, quelques mois après l’élection présidentielle. Le tout nouveau chef de l’État, répète-t-il, l’avait bien appelé à la table pour lui demander de s’occuper du cas du beau-frère de Kadhafi, Abdallah Senoussi.
L’affaire est d’importance. Senoussi n’était autre que le numéro deux du régime libyen, condamné en France à la réclusion à perpétuité pour avoir commandité l’attentat contre le DC10 d’UTA, qui avait provoqué 170 morts en 1989. Claude Guéant affirme que Nicolas Sarkozy l’a incité, ce soir-là, à vérifier si une quelconque procédure pouvait permettre de lever le mandat d’arrêt visant Senoussi, ainsi que le souhaitait Kadhafi. En échange de quelle contrepartie ? Le financement de la campagne présidentielle de 2007, soupçonne l’accusation.
Une défense fragilisée
De l’aveu même de Claude Guéant, personne d’autre que lui et Nicolas Sarkozy n’a entendu l’ordre qui lui a été donné. Dans ce « parole contre parole », l’histoire est trop précise pour ne pas interroger. D’autant que Guéant ajoute avoir fait par la suite des comptes rendus à son chef sur le sujet à plusieurs reprises.
Bref, le changement de stratégie de la défense de Nicolas Sarkozy, qui cherche à se disculper à tout prix du chef d’accusation d’association de malfaiteurs pour lequel il a été condamné à cinq années de prison, tourne au règlement de comptes avec celui qui fut, tout au long de son quinquennat, son plus proche collaborateur.
L’image donnée au tribunal est si désastreuse que, même parmi ses amis et soutiens les plus proches, qui le défendaient jusque-là mordicus, personne ne veut plus prendre publiquement parti en sa faveur. Surtout, on s’inquiète des conséquences auprès des juges de la tournure que prend ce lâchage en règle. Et l’on se souvient des mots prononcés par la fille de Claude Guéant, demandant, sur le téléphone de son père sur écoutes, quand il allait se décider à « balancer » son ex-patron.
Mercredi 29 avril, c’est au tour de Nicolas Sarkozy de répondre. On voit de plus en plus mal comment il va remonter la pente. Qu’elles risquent d’être longues, les audiences pendant le mois que durera encore son procès…



