Guerre d’Iran : le désastreux bilan de Donald Trump
Le président américain ne sait plus que faire pour stopper le chaos planétaire qu’il a déclenché. Masquant son échec contre l’Iran, il demande au monde entier d’en payer les conséquences.
Il y a tout juste 7 mois, la foudre s’abattait sur le ciel de Téhéran. Les missiles américains et israéliens décapitaient le régime des mollahs, tuant le guide suprême Ali Khamenei. Aujourd’hui, le régime est toujours en place. La vieille théocratie iranienne s’est même renforcée avec le verrouillage implacable des gardiens de la révolution qui avaient noyé dans un bain de sang la révolte de janvier dernier.
Et les prix du baril n’en finissent pas de s’envoler. En fin de semaine, le litre d’essence s’établissait à 2,23 € en moyenne dans l’Union européenne. La colère des usagers gronde. On l’a vu avec les pêcheurs français, les routiers portugais. Les manifestations – des émeutes parfois – ont fait le tour du monde comme aux Philippines, au Guatemala, en Syrie ou en Indonésie.
À la Maison-Blanche, Trump a un œil sur les sondages qui se multiplient avec les élections de mi-mandat, l’autre sur les cours du pétrole. En septembre, Steve Witkoff et Jared Kushner, de passage à Moscou et à Kiev, avaient reçu du président milliardaire une feuille de route précise : convaincre Zelensky d’arrêter les frappes sur les installations pétrolières russes. Rencontrant le président ukrainien cette semaine encore, le patron de la Maison-Blanche est revenu à la charge. Jeudi enfin, il déclarait qu’il envisageait de bloquer l’exportation du gasoil américain.
Le pétrole est devenu l’obsession de Trump. En réalité, il ne sait plus que faire pour stopper le chaos planétaire qu’il a déclenché.
Masquant son échec contre l’Iran, il demande au monde entier d’en payer les conséquences. Joli tour de passe-passe !
Ormuz, premier revers stratégique
Dès les premières frappes, Téhéran a développé une guerre asymétrique en perturbant le trafic maritime autour du détroit d’Ormuz. Avec très peu de moyens – embarcations rapides, drones, missiles de courte portée –, les gardiens de la révolution sont parvenus à transformer une technique de guérilla en un levier stratégique. Le blocus américain, l’asphyxie économique, les trêves précaires, la reprise partielle des bombardements, rien n’y a fait pour rétablir la circulation maritime. Les États-Unis sont tombés dans une impasse stratégique. Premier échec pour la Maison-Blanche.
Les Iraniens n’ont jamais combattu seuls. Très vite, la bataille s’est élargie à toute la région par le truchement des proxys de Téhéran. Le Hezbollah frappait le nord d’Israël, les Houthis du Yémen tiraient des missiles sur l’Arabie saoudite, les milices chiites d’Irak intervenaient sur la Jordanie.
Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman, tous les alliés de Washington ont été touchés par des missiles iraniens. Les accords de défense conclus avec les États-Unis n’ont pas permis de sécuriser suffisamment le ciel des pays ciblés par les gardiens de la révolution. La déception, puis la méfiance vis-à-vis de l’administration Trump, a commencé à se répandre dans les pays du Golfe. Second échec pour Donald Trump.
Le 17 juin, à Versailles, il signait un protocole d’accord avec Téhéran. Ce document prévoyait une négociation sur la question délicate du nucléaire iranien. L’accord est resté lettre morte, noyé à jamais dans les eaux du détroit d’Ormuz. Trump, cependant, n’a jamais osé reprendre une campagne massive de bombardements sur Téhéran.
La flotte américaine croise depuis sept mois au large de l’Iran, on imagine le désarroi de l’état-major. Le chef de la Maison-Blanche s’est montré incapable de fixer des buts de guerre, de se servir de la première force militaire mondiale pour faire reculer une puissance moyenne comme l’Iran. Il faut dire que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait eu l’idée lumineuse de virer, dès son arrivée, tous les officiers généraux ayant eu des expériences de combat en Afghanistan ou en Irak.
Bab el-Mandeb fragilise l’Arabie saoudite
Au cours des dernières semaines, le conflit s’est encore étendu, passant du golfe Persique à la mer Rouge, bloquant un second détroit, celui de Bab el-Mandeb. Des missiles houthis ont frappé l’Arabie saoudite en ciblant le seul pipeline traversant la péninsule. Jusqu’ici, ce tuyau de 1 200 km permettait à Riyad d’écouler cinq millions de barils par jour en évitant le passage par le détroit d’Ormuz. Le terminal de Yanbu sur la mer Rouge est régulièrement endommagé par les drones des Houthis fournis par les Iraniens.
Macron vient d’annoncer l’envoi de militaires, de radars, de capacités de détection pour sécuriser cette zone portuaire où débouche le pipeline du géant pétrolier Aramco. Le président français a insisté sur le caractère défensif du dispositif envisagé en application des accords de coopération existant avec Riyad. Il affirme vouloir avant tout provoquer « une détente » sur les marchés pétroliers.
D’une certaine manière, le chef de l’État manifeste ici la même préoccupation que Trump : créer une accalmie dans le yo-yo incessant des cours du baril. Sauf que lui n’est pas un fauteur de guerre. Macron a fait son offre sécuritaire au moment où les monarchies du Golfe se sentent lâchées par le partenaire américain. Une situation qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe pour l’Europe à propos du conflit en Ukraine.
Les alliances du Golfe se recomposent
La conquête du détroit de Bab el-Mandeb est en effet un cataclysme pour l’Arabie saoudite qui a bien compris qu’il ne fallait plus compter sur Washington. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a fait appel à Trump. En vain. Le chef de la Maison-Blanche l’a éconduit à deux reprises, sans plus d’explications diplomatiques. Riyad a déjà commencé à revoir ses alliances stratégiques le 7 août dernier lorsque « l’accord de La Mecque » unissant l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan a vu le jour.
Ainsi, l’alliance fragile élaborée par Washington depuis des années pour contrer l’Iran des mollahs s’effondre sous nos yeux. Dès 1945, l’Amérique a offert au royaume saoudien une protection absolue en échange de facilités pétrolières sur les réserves de pétrole. « Le pacte du Quincy » avait été signé sur le pont du croiseur de l’US Navy qui portait ce nom. Un « bon deal » assurément : Trump en a-t-il seulement connaissance ?
À ce stade, seul un accord avec l’Iran pourrait permettre la réouverture des détroits. Accord que Trump vient une nouvelle fois de refuser. La tourmente sur les marchés pétroliers va donc continuer. C’est le troisième échec de l’administration républicaine.



