Guerre en Iran : le soufre en souffrance

par Régis Poulain |  publié le 11/03/2026

Tandis que la flambée du pétrole cristallise les inquiétudes, la véritable menace pourrait venir d’un autre élément, bien plus discret : le soufre. Indispensable à l’industrie, à l’électronique et à l’agriculture, sa raréfaction pourrait enrayer l’économie mondiale.

Cette image satellite, prise le 2 mars 2026, montre les dégâts subis par la gigantesque raffinerie de Ras Tanura de Saudi Aramco. Elle a été mise partiellement à l'arrêt après une frappe de drones, trois jours après le début du conflit au Moyen-Orient. (Photo Satellite image ©2026 Vantor / AFP)

Le monde entier a les yeux rivés sur le prix du baril de Brent, qui a dépassé les 100 $ après le déclenchement de la guerre illégale des États-Unis et d’Israël en Iran. La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à des échanges de tirs de missiles et de drones, ainsi que l’augmentation significative des primes d’assurance sur le trafic maritime, font peser un sérieux risque de récession sur l’économie mondiale.

Le soufre, dérivé stratégique du pétrole

Qu’on se le dise, la pénurie d’or noir est moins à craindre que celle de ses dérivés. Le plus important d’entre eux est le soufre, obtenu lors du raffinage du pétrole et du gaz : c’est un élément indispensable de l’économie mondiale. Sans lui, il est impossible de procéder à la lixiviation des métaux, c’est-à-dire à l’extraction du nickel, du cuivre et du cobalt. Produit chimique le plus fabriqué au monde, il est la clé de voute de la transition écologique et de la fabrication des composants électroniques. Sa raréfaction mènerait immanquablement à un ralentissement puis à l’arrêt de la production de tout ce que le monde compte d’éléments numériques : les batteries électriques, les data centers, les transformateurs, mais aussi les ordinateurs et les téléphones portables.

Au total, 92 % du soufre à l’échelle planétaire proviennent du raffinage du pétrole et du gaz. L’Indonésie, qui produit 50 % du nickel mondial, importe 75 % de son soufre du Moyen-Orient et ne pourra tenir sur ces réserves que quelques semaines. Il en est de même en Afrique australe, où les 900 000 tonnes de ce produit sont amenées à fondre rapidement. Car ce produit stratégique transitant par un goulot d’étranglement ne peut être fabriqué qu’à l’aide d’une seule matière première, il suffira d’un grain de sable dans la machine pour observer des conséquences catastrophiques.

L’impact sur l’électronique et l’agriculture mondiales

Ce n’est pas tout : les conséquences sur les chaînes de production en Asie promettent d’être lourdes, y compris pour les alliés des États-Unis. L’une des entreprises les plus importantes du monde, le taïwanais TSMC, est grandement dépendante du gaz qatarien : 30 % de la consommation de l’île viennent de ce pays. TSMC consomme 9% de la production nationale d’électricité et fabrique 90 % des microprocesseurs du monde. Le ministre taïwanais des Affaires économiques assure que son pays peut tenir jusqu’en avril, tout en admettant qu’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz aurait des conséquences importantes « pour le monde entier, et pas seulement pour Taïwan ».

Pire, la raréfaction des engrais pourrait faire courir des risques de famine. L’Inde, avec son milliard et demi d’habitants, dépend à 63 % de fertilisants en provenance du Golfe persique. Autre chiffre clé : 45 % de la production mondiale d’urée transitent par le détroit d’Ormuz. L’augmentation des prix de l’alimentaire menacera surtout les pays à faible revenu, où les coûts de transformation et de marketing sont beaucoup plus bas que dans les pays développés. Au 10 mars, le prix de l’urée a d’ores et déjà augmenté de 30 %. La guerre menée par Trump et Netanyahou, qui contrevient au droit international et a été déclenchée sans stratégie ni objectifs clairs, pourrait maintenant faire basculer le monde dans un nouveau cycle de crises, s’ajoutant à celles déjà engendrée par le Covid et la guerre en Ukraine

Régis Poulain