Haro sur Glucksmann
La désignation du chef de Place publique donne lieu sur sa gauche à une myriade de critiques plus ou moins obliques et pernicieuses. Signe que la gauche française, d’anathèmes en procès d’intention, n’a pas encore accepté l’idée qu’il puisse y avoir en France un véritable courant social-démocrate.
La droite et l’extrême droite n’ont guère réagi à la victoire de Raphaël Glucksmann dans la primaire socialiste. Rien d’étonnant, à vrai dire ; nul besoin pour elles de critiquer le candidat nouvellement choisi : c’est la gauche qui s’en charge…
Ségolène Royal continue à le traiter de « stagiaire », ce qui n’est pas exactement l’esprit de la charte qu’elle a signée pour participer au scrutin. Les partisans d’Olivier Faure commencent à se répandre dans les médias pour dézinguer celui qu’ils ont fait désigner. Une pétition circule au sein du PS pour refuser le résultat et se rallier à Mélenchon. Ceux-là, au moins, ne seront plus déçus par les scrutins internes : il n’y en a aucun à LFI et Mélenchon décide de tout.
Les critiques fusent à gauche
François Ruffin y va de son sarcasme : « Quelle surprise ! Raphaël Glucksmann remporte la primaire de Raphaël à Glucksmann », alors même que les concurrents du leader de Place publique ont pu dérouler à leur aise leurs arguments et leurs critiques et que le scrutin était largement ouvert. Clémentine Autain raille une primaire « rabougrie et taillée sur mesure », alors que le vote a été organisé par la direction du PS avec le secret espoir de se débarrasser de Glucksmann.
Marine Tondelier l’accuse de souscrire à la théorie des « gauches irréconciliables ». Sans doute pour montrer son sens de la conciliation, elle commence par en exclure de fait Glucksmann en l’accusant de toutes les dérives. Enfin, la meute LFI se déchaîne sur les réseaux sur le thème « Glucksmann est de droite », sans s’apercevoir qu’en excommuniant le désormais candidat socialiste, on retranche de la gauche un courant qui représente a priori dix à douze points du total des votants. Sans doute les soutiens de LFI estiment-ils qu’avec à peine plus de 20 % des voix, ils sont sûrs de remporter la présidentielle…
Le programme de Glucksmann contesté
Le Monde dénonce le programme « flou » de Glucksmann alors que Place publique a publié un projet complet qu’on peut approuver ou rejeter, mais dont on ne peut nier l’existence. Sans doute préfère-t-il au programme « flou » du réformisme le programme fou de Mélenchon, qui conduit à la crise financière et au retrait de l’Union européenne. Thomas Legrand dans Libé se demande à propos de ce choix « s’il ne s’agit pas d’une soumission douce à un air du temps fait de techno-ultralibéralisme ». Soupçon gratuit démenti par les déclarations de tous les réformistes, qui dénote encore et toujours la fascination d’une partie des commentateurs pour une radicalité qui a toujours échoué dans l’Histoire du XXe siècle.
Le débat sur la social-démocratie
À vrai dire, ces rejets pavloviens vont bien au-delà de la personne de Glucksmann, qui est maintenant au pied du mur et dont chacun pourra juger des capacités. Il s’agit surtout de discréditer à l’avance toute tentative de refonder en France une social-démocratie digne de ce nom, qui s’attache à la réforme au lieu de rêver du grand soir, qui prenne en compte les réalités de la crise écologique, économique et financière, qui veuille enrayer le déclin français, qui croie à l’universalisme, à la liberté et à l’Europe, en un mot qui cesse de se placer sous l’emprise sectaire de LFI, qui cesse de s’excuser sans cesse de son réformisme et qui se décide enfin à être elle-même, au lieu de se soumettre au qu’en-dira-t-on de la « vraie gauche ».



