Hello Dolly
Dolly Parton est morte mardi 25 août à l’âge de 80 ans. Cette artiste a su concilier la culture populaire la plus traditionnelle et l’ouverture d’esprit. Chapeau ? Stetson !
Avec des cheveux sortis tout droit d’une rivière à chercheurs d’or, un professionnalisme à toute épreuve et une volonté farouche, Dolly Parton était unique. Depuis l’annonce de sa mort, les hommages pleuvent aux États-Unis. Donald Trump a fait mettre les drapeaux en berne, le maire de New York a salué l’artiste avec ferveur, et les étoiles du show-business planétaire ont dit toute leur peine.
Une icône de la country music
Dolly Parton a joué de son excentricité, mais elle a surtout refusé les assignations sociales, et revendiqué la liberté pour tous. La country music, un mélange de chanson rurale et de rock, était son domaine. Elle a su plaire aux cowboys autant qu’aux citadins, porter la puissance et la fragilité du rêve américain en écrivant les paroles et la musique de succès plus subtils que l’on pourrait le penser. Jolene donne des fourmis dans les pattes, invite à parcourir en confiance une route lointaine, à croire en l’avenir. I Will Always Love You, parue en single en 1974 (reprise dix-huit ans plus tard par Whitney Houston pour le film Bodyguard), tient de la ballade sentimentale, intimiste, à bien des égards émouvante.
Les « Dollyisms », entre humour et liberté
À cela nous devons ajouter les maximes formulées dans les interviews, des prises de parole multiples ayant valeur d’aphorismes ou de leçons de sagesse, qu’il est convenu d’appeler des « Dollyisms ». La Toile en regorge : « Il faut dépenser beaucoup d’argent pour avoir l’air aussi bon marché. », « C’est une bonne chose que je sois née fille, sinon j’aurais été une drag-queen ! » ou bien encore « Je décris mon look comme un mélange de la Mère L’Oie, Cendrillon et de la prostituée locale. » Un humour étonnant, qui démontre que Dolly Parton avait plus d’un tour dans son sac.
Issue de la classe ouvrière, cette femme a sans cesse revendiqué ses origines populaires tout en défendant des causes généreuses, notamment vis-à-vis des minorités sexuelles. Loin du trumpisme et du wokisme, elle a su rassembler sans perdre son âme. En France, depuis sa disparition, l’artiste suscite les éloges alors qu’elle n’a pendant longtemps attiré qu’un public d’amateurs. On peut parier que l’exotisme et le pittoresque de sa mise expliquent cet élan.
Un modèle difficile à transposer en France
Mais une question se pose : une telle alchimie de culture populaire et d’exigence artistique existe-t-elle chez nous ? Dans le domaine de la musique, on n’en trouve guère. Il nous faudrait imaginer le cocktail détonnant d’une Yvette Horner et d’un Johnny Hallyday, l’alliage de Francis Cabrel et de Dalida… Plus sérieusement, nous pourrions considérer Patricia Kaas comme l’artiste la plus proche de ce modèle, mais elle n’est pas autrice ni compositrice. Chez les jeunes chanteuses et chanteurs, nul doute qu’il existe des artistes de grand talent, capables de se hisser à la première place de la popularité. Encore devront-ils, eux aussi, rassembler tous les publics. Au pays de La Distinction chère à Pierre Bourdieu, voilà qui tient de la gageure. Voire du rodéo.



