Héros et héroïnes de l’universel

par Laurent Joffrin |  publié le 24/04/2026

Dans une série de portraits brillants et concis, Bernard Attali rappelle l’action des femmes et des hommes, célèbres ou méconnus, qui se sont élevés contre la tyrannie et la guerre au nom de cet universalisme qu’on critique tant aujourd’hui.

Bernard Attali (Photo D.R.) - Couverture du livre « Un violent désir de paix : Les 110 sentinelles de notre temps » éditions du Rocher. 21,90€

En ces temps de rejet de l’universalisme, on tend à discréditer les défenseurs des grandes valeurs humanistes. Au mieux, on les présente comme des naïfs, des rêveurs, des boy-scouts qui prétendent opposer de vagues généralités bien-pensantes au fracas des armes, aux exactions des tyrans, aux colères identitaires. Au pire, on voit en eux une myriade de Tartuffes qui veulent camoufler les oppressions occidentales derrière un discours trompeur sur l’impératif des droits humains et la valeur de la démocratie, pour servir de paravents à la réalité des dominations capitalistes ou coloniales.

Un plaidoyer pour l’universalisme

Ceux qui adhèrent à cette nouvelle doxa hostile à la Raison et au Progrès seraient bien inspirés de se plonger dans le dernier livre de notre ami Bernard Attali, chroniqueur du Libre Journal au regard aigu et à la plume acérée. Ils découvriront que ces valeurs qu’on dit abstraites, lointaines, coupées des réalités contemporaines, ont suscité maints exemples d’engagements concrets, dangereux et souvent héroïques de la part de femmes et d’hommes qu’on peut difficilement suspecter d’irénisme ou d’hypocrisie.

Au fil de portraits vivants et concis, Attali passe en revue 110 « sentinelles de notre temps », célèbres ou mal connues, qui ont levé le drapeau de la résistance à l’oppression, souvent dans des circonstances tragiques, au péril de leur vie ou de leur liberté. Dans un pamphlet resté célèbre, La Trahison des clercs, Julien Benda fustigeait ces intellectuels ou ces responsables des années trente qui avaient abandonné la défense des principes humains universels pour se mettre au service d’idéologies tyranniques, le fascisme et le communisme en l’occurrence. Face aux sectaires et aux dogmatiques d’aujourd’hui, comme autant d’exemples à suivre, Attali établit a contrario la liste étincelante des clercs qui n’ont pas trahi.

110 figures de résistance à la tyrannie

Celle-ci commence, dans l’ordre alphabétique, avec le jeune José Aboulker, étudiant à Alger en 1942, qui mobilise les jeunes résistants locaux pour assurer le succès du débarquement des troupes alliées en Afrique du Nord ; elle finit avec le président américain Woodrow Wilson, qui a voulu, au lendemain du premier conflit mondial, organiser les relations internationales sur la base du droit et de la coopération. Au fil des portraits, on croise des figures aussi différentes que Giovanni Falcone, juge italien, Vassili Grossman, écrivain russe, Stéphane Hessel, résistant français, Oskar Schindler, entrepreneur qui sauva nombre de Juifs condamnés par le nazisme, Eleanor Roosevelt, la très progressiste Première Dame américaine, Viktor Kravchenko, l’un des premiers dissidents du monde soviétique, ou Anouar el-Sadate, qui conclut la paix de l’Égypte avec Israël.

On y trouve aussi des artistes dont l’engagement a marqué les esprits : Joan Baez, protest singer américaine, Joséphine Baker, danseuse et chanteuse, espionne pour la France libre, Marlène Dietrich, actrice culte et militante antinazie, Charlie Chaplin, qui le premier ridiculisa Hitler aux yeux du monde, l’écrivain Georges Bernanos, qui eut le courage de penser contre lui-même, ou encore les sportifs Jesse Owens, Gino Bartali, Tommy Smith ou Pelé, qui sortirent de leur rôle pour s’élever contre l’injustice.

Des parcours singuliers face aux dogmes

Leur histoire, racontée d’un ton alerte, démontre que ces valeurs de liberté et de concorde ne sont pas un songe éthéré ou un idéal fumeux masquant les réalités du monde. Elles ont donné lieu à des engagements profonds où le courage le dispute à l’intelligence et au sens de l’action. « À l’heure où certains proclament fatal le retour de l’histoire tragique, où d’autres annoncent le choc inévitable des civilisations, conclut Attali, ces parcours singuliers nous invitent à une autre lecture du monde. » Une lecture où le souci de l’Humain, toujours et partout, doit l’emporter sur les dogmes agressifs et les violences identitaires.


Bernard Attali – Un violent désir de paix, éditions du Rocher, 370 pages, 21,90 euros.

Laurent Joffrin