Hollande dans l’arène

par Valérie Lecasble |  publié le 27/08/2026

Ce n’est pas une déclaration officielle mais presque… Dans Le Point, l’ex-président de la République décrit son chemin pour rassembler les Français sur « l’essentiel » avec un programme de 80 propositions, de gauche mais pas seulement. Ainsi, défend-il la retraite à 63 ans et préconise-t-il de mettre de « l’ordre » dans l’immigration.

Couverture du livre « UNIR - Nouveau monde, nouvelle gauche » / François Hollande aux Rencontres Economiques d'Aix en Provence, le 3 juillet 2026. (Photo Laurent Le Crabe / Hans Lucas via AFP)

« Si la situation l’exige ». Dans l’interview qu’il accorde au Point autour de son livre Unir, à paraître le 3 septembre, François Hollande ne cache plus qu’il sera candidat à la présidentielle en 2027, si…

Hollande se tient prêt pour 2027

Serein, assure-t-il, loin du pouvoir, il reste obsédé par le risque de l’arrivée de l’extrême droite à l’Élysée, ce qui ferait basculer l’Europe et le monde dans l’inconnu. Il n’entravera pas les chances d’un candidat de sa sensibilité, mais il ne laissera ni le RN, ni LFI, ni la droite libérale qu’incarne pour lui le bloc central issu de la politique d’Emmanuel Macron, s’en emparer sans réagir.

Aussi, l’« embusqué », comme le titre Le Point, ne participera pas à la primaire de la gauche en laquelle il ne croit pas. Il prendra sa propre décision, individuelle, au mois de décembre, au vu de la gravité de la situation : si elle l’exige, il ira…

D’ici là, il se dit « prêt ». Il donne les grandes orientations dans son livre-programme pour « unir » les Français. Le chemin qu’il propose n’est plus d’opposer la gauche à la droite mais de rassembler les Français sur l’essentiel. La gauche demeure son ancrage mais, plafonnant à 30 % dans les sondages, il lui faut, pour gagner, élargir son champ et combattre les idées reçues qui lui collent à la peau et qui sont trop éloignées de la réalité ou des souhaits des Français.

Retraites, immigration et justice sociale

Pas question ainsi de revenir à la retraite à 62 ans, ce sera 63 ans, avec un allongement progressif du nombre des années cotisées. Pas davantage de taxe Zucman ou d’augmentation vertigineuse du SMIC mais plutôt un revenu décent pour tous les salariés grâce à une baisse de leurs cotisations sociales afin de leur dégager un revenu net plus élevé qu’aujourd’hui. En contrepartie, il imposera les plus grosses successions et complétera par une hausse à 24 % de la TVA tout en annulant à 0 % celle des produits de première nécessité. Son ennemi n’est plus la finance, mais les géants de la tech qui imposent leur volonté au monde entier.

L’ordre est son maître-mot concernant l’immigration qui ne doit plus être subie mais voulue en fonction des besoins du pays et contrôlée grâce notamment à une limitation du regroupement familial. La police « ne tue pas », mais a au contraire vocation à assurer la sécurité dans les quartiers populaires les plus fragilisés. La politique de l’offre a quelques vertus qu’il ne faut pas négliger… La justice sociale, qui demeure le socle de ses propositions, doit intégrer la réalité d’une France surendettée et à la population vieillissante.

On le voit, François Hollande ne s’adresse plus au seul Parti socialiste qui a été phagocyté par la radicalité de La France insoumise mais il cherche à toucher l’ensemble du peuple français. Il vise sans le dire l’électorat des classes populaires, autrefois de gauche, qui sont allées grossir les rangs du Rassemblement national où Marine Le Pen a su les attirer grâce à son programme fondé sur le pouvoir d’achat.

Le RN en ligne de mire

Un RN dont la stratégie fonctionne. Même condamnée en justice, Marine Le Pen l’emporte au second tour de la présidentielle quel que soit son adversaire, selon le dernier sondage de l’IFOP, avec un score qui oscillerait entre 52… et 67 %. Désespérant ? Pas certain puisqu’ils sont quatre, dans un mouchoir de poche, qui limiteraient dès à présent sa victoire à 52 et 55 %, la marge d’erreur selon les sondeurs. En tête, Édouard Philippe qui décroche un score de 48 %. Mais il y a aussi François Hollande et Gabriel Attal à 46 % chacun, et Raphaël Glucksmann à 45 %. Seul Jean-Luc Mélenchon est relégué à 33 %, ce qui prouve s’il le fallait que l’effet repoussoir de LFI dépasse largement le rejet du RN.

Pour éviter un duel RN-LFI, tout reste donc possible. Une campagne électorale, c’est long, nous dit François Hollande qui veut redonner l’espoir aux Français dont la colère les pousse dans les bras du RN. Pour provoquer la dynamique électorale salutaire qui fera chuter l’extrême droite, aux autres de jeter leurs forces dans la bataille. Ainsi, sa déclaration officielle a replacé Raphaël Glucksmann dans la course à la présidentielle comme un candidat crédible.

Avec son bilan controversé, François Hollande a choisi une voie de traverse qui se veut celle d’un ex-président de la République qui se situe au-dessus de la mêlée. Candidat sans encore vraiment l’être, il attend de voir comment les cartes sont distribuées dans le jeu des autres avant d’abattre les siennes. L’expérience, pense-t-il, lui permet de donner du temps au temps.

Tout dépendra de l’issue de la primaire de la gauche et du score de son ami et en réalité adversaire Raphaël Glucksmann. Que celui-ci s’impose et il devra renoncer. Qu’il trébuche et il se présentera. Réponse au mois de décembre.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique