Hollande-Glucksmann : duel au grand jour

par Valérie Lecasble |  publié le 01/05/2026

Ils n’ont pas la même stratégie mais partagent le même objectif, celui d’être le candidat de la gauche non-LFI à l’élection présidentielle. L’un a l’expérience et la hauteur d’un ex-chef d’État. L’autre a l’enthousiasme et l’impatience du nouvel impétrant…

Le député du parti Socialistes, François Hollande, et le coprésident du parti Place Publique, Raphaël Glucksmann, participent à un rassemblement de la gauche sociale-démocrate à Pontoise, le 16 novembre 2025. (Photo GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

« Pour être candidat, il faut recueillir 500 signatures ». D’emblée, François Hollande balaie d’un revers de main la pléthore de candidatures qui ont surgi à un an de la présidentielle de 2027. Sans les nommer, pense-t-il aux Clémentine Autain, François Ruffin, Marine Tondelier, Jérôme Guedj, Fabien Roussel ou même à Bernard Cazeneuve qui, à gauche, souhaitent se lancer ? Sans oublier Olivier Faure et Boris Vallaud qui, sans oser le dire, ont envie d’y aller.
Il en est convaincu : le printemps est à la floraison, l’automne à la chute des feuilles mortes.

Une rivalité assumée à gauche

Dans sa ligne de mire, celui qu’il appelle désormais « Raphaël » et qui fait, parmi eux, la course en tête. François Hollande et Raphaël Glucksmann se sont longtemps jaugés. Ils ne sont pas de la même génération. Pour l’ancien président, Glucksmann, 46 ans, avec ses envolées lyriques dirigées contre Trump et Poutine et focalisées sur la guerre en Ukraine, n’a pas encore l’envergure ni la connaissance de la France nécessaires à une campagne présidentielle.

Raphaël Glucksmann n’était pas plus enthousiaste envers François Hollande. Il le tenait, à 71 ans, pour un homme du passé qui avait laissé à la gauche un mauvais bilan. Surtout, pensait-il, ne pas se compromettre pour garder la fraîcheur de la nouveauté.

Et puis, avec le temps, ils ont accepté de se rencontrer. De réunion en réunion (à La Convention ou chez Debout les Socialistes), jusqu’à leur présence commune à Liffré, en Bretagne, le 25 avril, d’où ils sont revenus dans le même train, ils ont appris à se connaître. Aurélien Rousseau, à la fois conseiller politique de Glucksmann et proche de Hollande, a fait le reste. Désormais, ces deux-là se respectent.

Stratégies divergentes pour 2027

Pas besoin entre eux d’un pacte, comme celui passé à droite entre Édouard Philippe et Gabriel Attal – mais déjà lézardé – pour savoir qu’au moment opportun, le mieux placé prendra l’ascendant, tandis que l’autre se rangera derrière lui. Ils ont trop l’obsession du danger de l’extrême droite pour faire prendre au pays le risque de leur improbable affrontement.

D’accord sur l’objectif, ils diffèrent sur la stratégie. Le plus jeune, Glucksmann, est aussi le plus pressé. En avance de deux à trois points sur Hollande dans les sondages (où il dépasse les 10 %), il a hâte d’accélérer sa campagne présidentielle. Dès le 28 mai, il publie un livre de quelque 200 pages qu’il vient de finir d’écrire, dans lequel il dit d’où il vient, qui il est et quelle est sa vision de la France pour, dit-il, « s’ancrer dans une histoire ». Le 13 juin, dans la foulée, il tiendra un grand meeting aux Docks de Paris, à Aubervilliers.

Dans sa tête, il est déjà prêt. Lundi 27 avril, lors de sa rencontre avec Olivier Faure, il lui a dit qu’il avait besoin du Parti socialiste qui aurait lui-même besoin de lui. Si Faure fait semblant de croire encore à une primaire de la gauche, Raphaël Glucksmann entend lui imposer son rapport de force. Avec son parti, Place publique, il a théorisé une ligne politique, clairement anti-LFI et qu’il considère gagnante, où l’écologie sera l’instrument de la transformation radicale qui permettra à la France de redevenir une grande puissance industrielle. Comme lors des élections européennes, il s’adressera aux électeurs sociaux-démocrates mais aussi aux écologistes.

Le Parti socialiste en arbitre

François Hollande veut prendre son temps. Il compte mener sa campagne « à bas bruit », comme il l’a expérimenté il y a quinze ans, pour la présidentielle de 2012. Sa méthode est rodée : chaque jour, depuis de longs mois, son agenda est rempli de déplacements dans toute la France, de rendez-vous dans son bureau rue de Rivoli, de déjeuners et de dîners avec des « amis » qui lui organisent des rencontres politiques de soutien.

Parmi eux, la questeure socialiste du Sénat, Marie-Arlette Carlotti, qui a repris le flambeau de Jean-Marc Todeschini, qui avait orchestré en son temps, depuis le Palais du Luxembourg, sa campagne de 2011. Une tournée est aussi prévue dans plusieurs villes de France d’ici l’été.
François Hollande trace sa route. Il est, à ce titre, le seul des présidentiables de gauche qu’Olivier Faure n’a pas reçus lundi 27 avril pour lui vendre sa primaire. C’eût été peine perdue…

Là sont les atouts de Hollande : son expérience des sujets internationaux et sa connaissance du Parti socialiste. Ayant remporté la primaire de la gauche le 16 octobre 2011, il sait combien sont longs à tenir les six derniers mois qui mènent à la présidentielle quand on est désigné candidat officiel de son parti. Son livre, qui décrira son projet pour la France, ne paraîtra qu’à la rentrée et il tente de repousser le choix du candidat à la fin de l’année, en espérant d’ici là progresser dans les sondages.

Deux hommes, deux chemins, deux ambitions… mais un seul Parti socialiste, dont le soutien est incontournable pour tout candidat à la présidentielle. Que décidera Olivier Faure ? S’il y a un point sur lequel il s’accorde avec Hollande, c’est celui du timing, tant il est décidé, lui aussi, à jouer sa propre carte jusqu’au bout.

Raphaël Glucksmann, lui, est pressé de descendre dans l’arène. « J’aime les campagnes électorales », dit-il. Si son offensive lui permet de relancer sa dynamique dans les sondages, il pourra bouleverser le jeu. Sinon, il risque de devoir attendre le bon vouloir des vieux briscards.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique