Hollande : normalement, il revient

par Bernard Poignant |  publié le 11/09/2026

Le livre de François Hollande pose les bases de ce qui pourrait devenir un contrat de gouvernement pour éviter que l’un des deux extrêmes ne prenne en main le destin de la France. Rien ici n’est « à prendre ou à laisser » : tout est à discuter et à débattre.

Dans une ambiance de début de campagne pour l'élection présidentielle de 2027, François Hollande a dédicacé son dernier ouvrage, *Unir*, à Pau, le 9 septembre 2026. (Photo Jean-Christophe Chartre / Hans Lucas via AFP)

Une voie commence à se dessiner. Le dernier livre de François Hollande, Unir, nouveau monde, nouvelle gauche (et non Nouveau peuple, nouvelle France, selon Jean-Luc Mélenchon), paru chez Flammarion le 3 septembre, est l’un des meilleurs qu’il ait écrits. Il dit se préparer pour l’élection présidentielle. On connaîtra sa décision fin décembre. Il aurait même pu attendre la mi-janvier. Son livre est le fruit de cette préparation, qui ressemble à une lente maturation de dix ans. Il ne ressemble guère à son discours d’entrée en campagne du 22 janvier 2012, tant le monde a changé. Si les circonstances et les électeurs le conduisaient à retrouver le palais de l’Élysée, il ne ferait pas un second mandat, mais un « deuxième premier mandat » !

C’est d’abord un livre qui permet d’envisager comment gouverner la France, donc comment la présider. La démagogie est absente du propos. Rien de ce qui est proposé ne paraît hors d’atteinte. La lucidité sur l’état de nos finances publiques parcourt l’ouvrage. Le nouvel ordre mondial et ses trois empires – américain, russe et chinois – y est dessiné. Le réchauffement climatique est pleinement pris en compte. L’intelligence artificielle est présentée comme la nouvelle révolution du siècle.

Une gauche à la recherche d’une coalition

C’est surtout un livre qui ouvre la porte à une future coalition gouvernementale, qui n’intégrerait ni La France insoumise, qui ne le souhaite pas, ni le Rassemblement national, que François Hollande ne souhaite pas y associer. Toutes les mesures peuvent faire l’objet de discussions avec d’autres partenaires pour bâtir non seulement une coalition de personnalités, mais un accord entre groupes parlementaires afin d’en finir avec le désordre et la confusion qui règnent à l’Assemblée nationale depuis la dissolution de juin 2024.

Dans le même temps, les propositions restent fidèles aux valeurs et aux principes de la gauche et de la République. Elles s’inscrivent dans la tradition du socialisme démocratique et républicain, autrement dit de la social-démocratie. Quelques exemples suffisent à l’illustrer.

Ainsi du salaire minimum. François Hollande refuse la surenchère. L’augmenter en une seule fois dès l’arrivée au pouvoir est sympathique et généreux. Si c’est pour solde de tout compte, c’est hypocrite. Une hausse du SMIC ne doit pas porter atteinte à la compétitivité des entreprises, surtout des petites et moyennes, où il est le plus répandu. C’est d’y rester durablement qui est décourageant. Dans la fonction publique, il existe une progression par échelons. Les branches professionnelles pourraient s’en inspirer pour bâtir de véritables parcours de carrière et offrir une perspective aux salariés rémunérés au SMIC. Un bon sujet pour les partenaires sociaux.

Ainsi de la réforme des retraites, puisque François Hollande ouvre la possibilité d’une part de capitalisation, comme il en existe dans la fonction publique. Fixer l’âge légal de départ à 63 ans, le faire évoluer en fonction de l’espérance de vie et donc de la durée de cotisation, tenir compte de la pénibilité, autoriser un départ anticipé en acceptant une pension moindre : autour d’une table de gens raisonnables et sérieux, tout cela paraît acceptable et constitue une bonne base de départ pour une coalition.

Fiscalité, retraites, immigration : matière à compromis

Ainsi de la fiscalité, avec l’acceptation du levier de la fiscalité indirecte, pourtant tabou à gauche. La TVA augmenterait progressivement jusqu’à 24 %, mais serait supprimée sur les produits de première nécessité, tandis que les cotisations salariales disparaîtraient, augmentant mécaniquement le salaire net. Il y a là matière à discussion. Dans le même temps, la fiscalité sur le capital serait mise au même niveau que celle sur le travail. François Hollande propose également de combiner hausse des prélèvements et baisse de la dépense publique pour tendre progressivement vers l’équilibre budgétaire. Là encore, le débat est ouvert.

Ainsi de la politique migratoire, car chacun a compris que l’immigration zéro est une chimère et que la France aura besoin d’apports extérieurs pour pourvoir de nombreux emplois. François Hollande refuse toute discrimination fondée sur la nationalité, estimant qu’il faut garantir à tous les mêmes droits sociaux. Il se montre ferme sur le retour dans leur pays des personnes faisant l’objet d’une OQTF lorsque celle-ci doit être exécutée. Il accepte de resserrer les conditions du regroupement familial et d’examiner d’éventuels abus concernant l’aide médicale de l’État, mais sans laisser un être humain sans soins.

Un contrat de gouvernement plutôt qu’un programme imposé

Ainsi des institutions. François Hollande renonce à la suppression du poste de Premier ministre, que son expérience présidentielle l’avait amené à proposer. Ce serait un chamboulement de la Constitution et la France a d’autres chats à fouetter. Il préfère en reprendre les bases. Il propose de retravailler la question du cumul des mandats et des fonctions exécutives, en l’autorisant totalement pour les sénateurs. Vient aussi l’éternelle question de la proportionnelle, intégrale ou mixte… Mais le mode de scrutin est un vieux serpent de mer qui peut sommeiller encore longtemps !

Il y a bien d’autres exemples. Le livre constitue donc une bonne base pour construire un contrat de gouvernement. François Hollande sait qu’il en faudra un. La France insoumise dit en substance : c’est mon programme ou rien, refusant tout esprit de dialogue. Le Rassemblement national est dans le même état d’esprit : le Premier ministre est déjà désigné avant même l’élection. Deux impasses qui imposent aux forces républicaines de trouver un terrain d’entente.

Un tel contrat de gouvernement s’inspire des pratiques de nos voisins. Pour réussir, deux conditions doivent être remplies : le président ne doit pas se mêler de tout et les Français ne doivent pas s’adresser à lui à tout bout de champ. Ce sont eux qui finissent par faire de lui un hyperprésident avant de le conspuer à la première difficulté.

Bernard Poignant