Hongrie : bienvenue en Europe !

par Pierre Benoit |  publié le 13/04/2026

La défaite de Viktor Orban ouvre une nouvelle ère dans l’histoire de l’Union européenne : les multiples blocages qu’il avait opposés à l’action de l’Europe sont levés. Les Européens en feront-ils bon usage ?

Peter Magyar leader du parti Tisza, s'exprime à Budapest après avoir remporté les élections parlementaires hongroises - Budapest, Hongrie - 12 avril 2026. (Photo de Benjamin Furst/Hans Lucas via AFP)

Le vote des Hongrois aux législatives de dimanche amorce le retour de Budapest au sein de l’Union européenne. Après seize ans de règne sans partage, Viktor Orban, l’ami de Trump et de Poutine qui se targuait d’avoir bâti une « démocratie illibérale », a été battu haut la main par son challenger Péter Magyar. Ce dernier obtient une majorité écrasante avec 138 sièges – sur 199 – au Parlement de Budapest. Un succès sans appel, appuyé par une participation record frôlant les 78 %.

Viktor Orban concourait pour un quatrième mandat consécutif comme Premier ministre avec son parti, le Fidesz, face à l’outsider Péter Magyar. Il se battait pour un changement de cap à la tête de la Hongrie avec une jeune formation née voici deux ans à peine, Tisza, le parti « Respect et liberté ». Au soir de la victoire, les partisans de Magyar faisaient la fête en chantant « Dehors, les Russes ». Le même slogan entendu en 1956 lorsque les chars soviétiques sont venus écraser l’insurrection démocratique hongroise.

Péter Magyar, l’ascension éclair

Mesurant l’enjeu historique de sa victoire, Magyar a remercié ses partisans : « Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orban. Nous avons libéré la Hongrie, nous avons repris notre patrie. » Dans la dernière ligne droite de la campagne, il avait défini ses urgences : un programme de lutte contre la corruption, un audit complet sur l’état de l’économie. Il avait aussi ajouté une troisième priorité en proposant une réforme de la Constitution interdisant au Premier ministre de briguer plus de deux mandats consécutifs. Cette ambition paraissait hors de portée car il faut réunir une majorité des deux tiers à la Chambre pour retoucher la Constitution. Avec 138 sièges de majorité pour le parti Tisza, le vainqueur a désormais les mains libres pour rétablir l’État de droit en Hongrie dans le domaine de la justice, des médias et des services de l’État.

Regard aux yeux bleus, cheveux coupés en brosse, Péter Magyar, 45 ans, incarne le renouveau, même s’il reste un conservateur bon teint sur les questions de société ou d’immigration. Issu du même parti qu’Orban, Magyar était devenu « le traître », un cauchemar pour l’ultranationaliste Orban.

Péter Magyar a commencé sa carrière en gérant des sociétés publiques. En fréquentant les arcanes du pouvoir, il a pu mesurer l’étendue de la corruption dans l’appareil d’État dominé par le Fidesz. Son virage remonte à 2024. Une grâce présidentielle accordée à un pédophile travaillant dans un foyer pour enfants géré par l’État provoque un énorme scandale. C’est alors que Magyar se décide à rompre avec le parti dominant. Il fonde sa propre formation, Tisza, et se présente comme « Monsieur Propre », avec pour objectif de siphonner les voix d’Orban. Dans un premier temps, il est élu eurodéputé et rejoint à Bruxelles le groupe conservateur du PPE. Aujourd’hui, il clôt la première partie d’une ascension fulgurante.

Au fil de sa campagne, Péter Magyar a envoyé des signaux en direction de Bruxelles : « Si Viktor Orban reste au pouvoir, avait-il souligné, l’éloignement de l’Union européenne et le chaos dans lequel règne la volonté d’un seul homme avide de pouvoir, tout cela perdurera. » Il a déjà annoncé que ses trois premiers voyages se feront en Pologne, à Vienne et à Bruxelles.

Une nouvelle donne pour l’Union européenne

À Kiev comme à Bruxelles, le soulagement domine. On peut être certain, en effet, que le prochain Premier ministre hongrois va lever le veto imposé par Orban aux 90 milliards d’aide à l’Ukraine. Pour autant, ce tournant ne sera pas sans limite, note le politiste Jacques Rupnik : « Si le blocage exercé par Orban disparaît, Péter Magyar ne sera pas disposé non plus à offrir une aide militaire directe à l’Ukraine. L’idée avancée par Macron d’un déploiement de soldats après le cessez-le-feu, il n’y aura rien de tout cela. »

Pendant des années, l’UE a tenté de contourner le problème Orban. Mais il y avait d’autres blocages que celui de l’aide financière à Kiev. Orban avait aussi interdit toute perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Europe. L’UE, enfin, a assez peu réagi lorsque le rôle joué par Orban comme « petit télégraphiste » de Moscou a été révélé dans les médias. À Bruxelles, on s’était contenté de ne plus inviter les diplomates hongrois à certaines réunions.

À l’annonce du résultat, Giorgia Meloni a été l’une des premières à réagir, félicitant Péter Magyar pour « sa nette victoire électorale », remerciant dans la foulée Orban pour sa « collaboration ». Adaptation rapide, donc, pour celle qui recevait avec chaleur le Premier ministre sortant en octobre dernier encore.

C’est un bastion, un point de ralliement pour toutes les droites populistes identitaires d’Europe, qui vient de tomber. Un recul, par conséquent, pour les idées de Marine Le Pen avec sa stratégie « d’alliance européenne des Nations », comme le relève Bernard Attali dans nos colonnes. Mardi dernier encore, le vice-président américain JD Vance était à Budapest pour voler au secours d’Orban. Peine perdue. Lors de son discours de Munich en février 2025, le numéro deux américain avait fait la leçon aux démocraties du Vieux Continent en appelant l’Europe à tourner le dos à la décadence et « au suicide civilisationnel ». Les Hongrois, ce dimanche, viennent de répondre de belle manière à cet appel de l’idéologue JD Vance en démontrant que les visions alternatives à la démocratie n’existent que dans les projets totalitaires. Merci aux Hongrois de nous avoir rappelé que les électeurs ont le pouvoir de dire « non ».

Pierre Benoit