Ils en ont parlé…
À la fin du premier débat de la primaire socialiste, la discussion s’est enflammée autour de Jean-Luc Mélenchon, révélant l’axe anti-LFI formé par Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj ; en face, Olivier Faure s’est accordé avec Ségolène Royal et Emmanuel Maurel pour prôner l’union de la gauche, une controverse acerbe qui a occulté le contenu d’une discussion jusque-là de très bonne tenue.
Il faut se souvenir que Raphaël Glucksmann s’était rendu aux côtés de son père lors de la présidentielle de 2007 au grand meeting de Nicolas Sarkozy, pour comprendre pourquoi Ségolène Royal le déteste à ce point. Voilà pourquoi elle lui reproche de ne pas être membre du Parti socialiste et l’accuse de refuser toute alliance avec La France insoumise pour mieux s’allier avec la droite.
À savoir la macronie qu’elle exècre, officiellement en raison de son bilan calamiteux, officieusement parce que, malgré ses appels du pied, elle ne lui a jamais rien proposé d’autre qu’un poste honorifique d’ambassadrice des pôles… Déçue, elle a glissé vers Mélenchon et déployé des convictions populistes de gauche qu’elle explicite lorsqu’elle dit préférer la paix à la victoire de l’Ukraine et nomme génocide le massacre des civils à Gaza.
Sur la même ligne ou pas loin, on trouve Olivier Faure qui partage avec elle la conviction que s’interdire tout accord avec La France insoumise lors des élections législatives conduirait inévitablement la gauche sociale-démocrate à s’allier avec la droite. Ce dont, bien sûr, il ne veut pas. Emmanuel Maurel, qui a été élu député grâce au soutien du Nouveau Front populaire, en dit autant mais plus calmement.
En face, le combattant Jérôme Guedj s’arc-boute au contraire sur ses valeurs humanistes, universalistes, républicaines et antiracistes pour asséner que lui, jamais et sous aucun prétexte, ne passerait d’accord avec LFI. Même si l’extrême droite risquait de l’emporter. La preuve, lors du Nouveau Front populaire des législatives de 2024, il a été le seul à refuser leur soutien, ce qui ne l’a pas empêché d’être élu député de l’Essonne.
Quand vient le tour de Raphaël Glucksmann, il démontre que c’est au contraire la rupture avec LFI qui permettra aux socialistes de l’emporter, y compris aux élections législatives. Sa stratégie est limpide : puisque les électeurs français ont peur de Jean-Luc Mélenchon qui, de toute façon, n’a pas la moindre chance de battre Marine Le Pen ; et puisque l’échec du macronisme colle à la peau des deux anciens Premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal, seule une gauche sociale-démocrate forte qui campe sur ses valeurs et rejette LFI peut empêcher le Rassemblement national d’accéder au pouvoir. La tension de cet échange balaie en quelques minutes la simili-concorde qui a semblé pendant plusieurs heures rapprocher les cinq candidats à la primaire de la gauche.
Voici donc les deux gauches : celle d’Olivier Faure et Ségolène Royal, prête aux zigzags et à tous les compromis pour sauver l’union des gauches qu’ils considèrent comme conciliables (avec les Verts, le Parti communiste mais aussi LFI), et celle des gauches irréconciliables que défend l’axe mené par Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj qui tendent la main aux Verts mais pas à LFI.
Ukraine et Gaza divisent aussi les candidats
Ce n’est pas la seule pomme de discorde. L’autre division concerne la politique internationale sur deux points clés : la position à adopter vis-à-vis de l’Ukraine, où Ségolène Royal démontre avec des accents émus pourquoi elle préfère la paix à la guerre et donc le compromis avec la Russie à la victoire de l’Ukraine. Elle assume aussi, tout comme Olivier Faure, le mot de « génocide » à Gaza quand Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann le récusent. Sur les questions internationales, elle n’a rien à envier aux populistes de tout poil, de Donald Trump à Jean-Luc Mélenchon.
On mesure alors combien l’ex-candidate, qui revendique ses 17 millions de voix à la présidentielle de 2007, en veut à la terre entière et à Raphaël Glucksmann, le symbole à ses yeux de tous ceux qui l’ont lâchée il y a vingt ans. Avec elle, la France se serait bien mieux portée, argue-t-elle.
Des convergences sur les questions sociales
Tout au long de ces trois heures de débat, les cinq candidats avaient échangé avec efficacité sur les points forts de leur politique. La lutte contre l’antisémitisme pour Jérôme Guedj, le meilleur débatteur, mais aussi comment bâtir « la République du soin » pour sauver notre modèle social grâce à une « Grande Sécu » qui remplacerait les mutuelles, en étant moins chère et plus efficace. Raphaël Glucksmann, qui a bien tenu son rang de favori, a défendu une « République des travailleurs » contre la France des rentiers où les salaires seraient plus élevés et l’héritage davantage taxé.
En face, Olivier Faure, sur le qui-vive en tant que premier secrétaire, et Ségolène Royal partagent le mot « juste » auquel elle ajoute celui de l’« ordre » pour scander à maintes reprises son slogan d’« ordre juste », son mantra de 2007. D’emblée, elle réclame de stabiliser pendant trois mois jusqu’à Noël le prix de l’essence à 1,70 euro tandis qu’Olivier Faure, voulant « changer nos vies », s’indigne du « prix insupportable du logement » et s’interroge sur « le reste à vivre » des Français qu’il veut augmenter pour davantage de justice sociale. Emmanuel Maurel, enfin, la découverte car jusque-là méconnu, veut relocaliser la production afin de produire « mieux ».
Au total, les téléspectateurs de LCI ont profité d’un débat de bonne tenue où chacun a tenu son rang et développé des arguments de qualité et pas si éloignés les uns des autres. Il aura eu la vertu de combattre les idées reçues selon lesquelles les sociaux-démocrates n’ont pas de programme. En cela, il fut utile car ce soir-là sur LCI, d’une certaine façon, la gauche socialiste est revenue. Et ça fait du bien.



