Ils veulent manipuler Léon XIV

par Valérie Lecasble |  publié le 25/09/2026

Les chausse-trapes sont nombreuses pour le pape qui séjourne à Paris. Lui est venu pour délivrer son message spirituel aux Français, quand d’autres cherchent à le récupérer au profit de causes politiques ou identitaires.

Le pape Leon XIV, lors de sa visite apostolique en France, rencontre les autorités, la société civile et le corps diplomatique en présence d'Emmanuel Macron au palais de l'Élysée, le 25 septembre 2026. (Photo Vatican Media / CPP / Hans Lucas via AFP)

Hormis lors de son accueil sur le tarmac à l’aéroport d’Orly puis lors de sa halte à l’Élysée, Emmanuel Macron ne verra pas le pape lors de son passage à Paris. Lors de son interview par Gilles Bouleau et Caroline Roux, diffusée sur toutes les chaînes de télévision à propos des dangers qui menacent la France, il n’a évoqué sa venue qu’en une seule phrase, lâchée tout à la fin. Il a fait savoir que sa femme Brigitte le représenterait à la messe qui réunira 600 000 personnes sur les Champs-Élysées. Il ne sera pas davantage présent à celles de Lourdes ni de Metz. Tout juste s’attend-on à ce qu’il dise un mot lors de la visite de Léon XIV au centre des Congrès Robert Schuman.

Emmanuel Macron reste en retrait

Pourquoi une telle sobriété de la part d’un président de la République qu’on a connu plus prompt à figurer sur la photo et qui rêvait de faire venir Léon XIV en visite officielle à Paris après avoir échoué à y attirer son prédécesseur, le pape François ? Par souci de respecter la laïcité du peuple français ? Peut-être, mais rien ne lui interdit d’être présent à l’une des trois messes ainsi qu’il l’a été il y a trois ans à Marseille.

En réalité, il semble bien qu’Emmanuel Macron ait été vexé de voir le pape refuser de participer au grand show qu’il avait prévu d’organiser à Notre-Dame. Une visite guidée de la cathédrale suivie d’une rencontre avec les artisans qui l’ont rebâtie lui auraient permis de parader devant les caméras du monde entier comme lors de son inauguration et d’apparaître une fois encore comme celui qui a réussi l’exploit de faire reconstruire en un temps record l’un des plus beaux monuments de la chrétienté. Il avait réuni à l’époque, en sus de Donald Trump, tout juste élu, quelque quarante chefs d’État. Il comptait sans doute ajouter à ce palmarès le chef de l’Église.

Las, le pape a décliné sa proposition, préférant se concentrer sur sa prière avec les évêques et les prêtres réunis au grand complet ce jour-là. « Le pape est en mission pastorale. Il va à Notre-Dame pour célébrer les vêpres », commente l’un de ceux qui le connaît assez pour savoir qu’il ne se laissera pas manipuler. Sa visite a une vocation religieuse, pas politique. La France l’intéresse comme laboratoire d’un pays où la religion catholique connaît un regain ainsi qu’en témoigne l’augmentation sensible du nombre des baptisés le jour de Pâques.

Influenceurs et mécènes autour du pape

C’est aussi sans la présence du pape que le diocèse de Paris a cru bon d’autoriser, la veille de sa venue, la réunion à Saint-Sulpice des influenceurs catholiques. Ceux-là envahissent les réseaux sociaux pour s’adresser aux jeunes avec des messages souvent controversés, pour ne pas dire contraires à celui du Christ. Comme celui que délivre Matthieu Raffray, un traditionnaliste de l’extrême droite identitaire hostile à l’immigration, qui exige que les messes soient célébrées en latin. Un contresens pour Léon XIV dont la doctrine sociale énoncée dans son encyclique « Magnifica Humanitas » insiste au contraire sur l’importance de la protection de l’homme, de son travail et de la dignité de tous.

À la suite de la visite de Bernard Arnault dans sa résidence romaine, il ne peut ignorer qu’au Stade de France sera exposée la fameuse tunique présumée portée par le Christ lors de sa Passion. Restaurée par le patron de LVMH et par Vincent Bolloré, elle sortira pour la seule fois de son histoire de la basilique de Saint-Denys d’Argenteuil où elle est précieusement entreposée à l’abri des regards. Souci d’équilibre ? Le pape rencontrera le maire de Saint-Denis, le LFIste Bally Bagayoko, tout comme le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, qui l’accueillera sur le parvis de Notre-Dame où seront postés de nombreux journalistes étrangement accrédités par… le diocèse de Paris.

La sortie exceptionnelle de cette tunique est-elle destinée à émouvoir les 80 000 jeunes présents ce soir-là ? Ou plutôt à flatter l’ego des deux milliardaires qui l’ont restaurée ? Pour financer la venue du pape, l’Église de France a déboursé 27 millions d’euros dont seulement 6 millions de dons récoltés. L’événement vaut l’effort, dit Laurent Ulrich, archevêque de Paris. Il compte sur le mécénat des grandes entreprises pour rembourser cette dépense somptuaire.

Le diocèse de Paris se met-il à la merci de la puissance de l’argent ? Fort bien décrite dans l’enquête de deux journalistes du Nouvel Obs, « La droite de Dieu », la croisade identitaire de Vincent Bolloré pour embrigader la France et la sauver de l’immigration et de l’islam est connue de tous. Ces deux-là ne sont pas des perdreaux de l’année : ils ne font rien sans contrepartie et s’attachent à valoriser leurs investissements, la preuve avec la tunique du Christ.

Une visite d’abord pastorale

Que sait le pape de tout cela ? Sans doute pas grand-chose. Ce sont les pays d’accueil, pas le Vatican, qui organisent la visite et trouvent l’argent. Lui s’adressera aux foules et descendra les Champs-Élysées en majesté pour prêcher la bonne parole, celle de l’Évangile.

Selon un sondage Odoxa, le pape bénéficie d’une popularité exceptionnelle auprès de 82 % des Français. Il est perçu comme simple et sympathique par 79 %, proche des gens par 76 % et rassembleur par 74 %, un record dans un pays laïque où il demeure mal connu. Avec le concert de Céline Dion, la venue du pape est désormais l’événement de la rentrée avec l’avantage d’être gratuit.

Alors, laissons Emmanuel Macron bouder dans son coin.

Valérie Lecasble

Editorialiste politique