Incendies : les responsables sont connus

par Boris Enet |  publié le 14/08/2026

Les incendies qui ont ravagé le sud-ouest de la France sont une catastrophe humaine, écologique et économique. Ils sont aussi un révélateur : celui des responsabilités politiques accumulées depuis des décennies face au dérèglement climatique.

Le 6 août 2026, des pompiers s'activent pour éteindre un feu de forêt dans le massif des Corbières, près de Narbonne, non loin de la zone où 11 000 hectares avaient brûlé un an plus tôt. (Photo Idriss Bigou-Gilles / AFP)

Tandis que nous affrontons la cinquième canicule de l’été, la tragédie récente en Gironde, dans les Landes et aux portes de Madrid dépasse, par son ampleur, les épisodes précédents. Conjuguée aux vagues de chaleur qui se succèdent — la dernière a provoqué près de 6 000 décès supplémentaires en France —, elle met en lumière l’écrasante responsabilité des climato-sceptiques depuis plus d’un quart de siècle. L’annulation du dernier rapport sur l’Arctique par l’administration Trump en est l’illustration la plus récente.

Trump et Le Pen dans le box des accusés

Ils ne se cachent même plus, affichant haut et fort leur déni mortifère, approuvé par une majorité d’Américains pour l’un et peut-être, demain, par une majorité de Français pour l’autre. De Donald Trump à Marine Le Pen, en passant par tous les apôtres du déni climatique  que compte l’extrême droite en Europe et ailleurs, ils n’ont cessé de relativiser, voire de nier, la réalité du réchauffement climatique et la menace existentielle qu’il fait peser sur l’humanité.

Ce faisant, ils n’ont pas seulement révélé une ignorance crasse ; ils ont défié la science et les travaux de milliers de chercheurs, auxquels ils ont préféré toutes les formes de superstition, religieuses ou païennes.

Ils ont encouragé les activités les plus polluantes au nom des intérêts de ceux qu’ils servent, par conviction ou par intérêt. « Drill, baby, drill », clamait le forcené de Washington, tandis que sa complice, candidate soutenue par Elon Musk, s’opposait avec constance aux régulations proposées à Bruxelles comme à Paris pour tenter de conjurer la catastrophe.

Le jour où leur procès politique s’ouvrira, il faudra relire leurs déclarations sur l’Accord de Paris, parmi tant d’autres contre-vérités, manipulations et mensonges concernant les gaz à effet de serre, la santé humaine ou la biodiversité. Ils portent une responsabilité majeure dans ce qui nous arrive aujourd’hui, même si des pans entiers du patronat — notamment dans les secteurs du bâtiment et de l’automobile — les ont accompagnés pour retarder l’électrification, affaiblir les normes environnementales, voire organiser des fraudes destinées à tromper les autorités et l’opinion publique.

Les conséquences économiques et sociales

Les climato-sceptiques ont contribué à désarmer nos sociétés face au péril, retardant l’indispensable prise de conscience collective. La sinistre Coordination rurale a ainsi appelé à ne pas respecter les restrictions d’usage de l’eau avant de faire mine, aujourd’hui, d’apporter son aide. Qui peut encore être dupe ?

Derrière les images dantesques des incendies, les conséquences sont déjà prévisibles : une nouvelle flambée des primes d’assurance, alimentant l’inflation, une croissance durablement affaiblie, des territoires dévastés et confrontés à l’urgence sociale — relogement, solidarité envers les plus fragiles, reconstruction.

Là encore, une forme d’amnistie générale serait profondément préjudiciable. Elle exonérerait notamment ces élus — en particulier au Sénat — qui ont contribué à torpiller la mise en œuvre des zones à faibles émissions. Les mêmes marchands de sornettes viendront ensuite dénoncer l’inaction des pouvoirs publics, la larme à l’œil et sans le moindre scrupule. Leurs votes au Parlement français comme au Parlement européen suffiraient pourtant à discréditer leurs larmes de circonstance. Mais les mouvements de l’opinion sont rarement aussi simples.

Une réponse européenne face aux incendies

Les souverainistes les plus obstinés, de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Dupont-Aignan, profitent déjà des circonstances pour réclamer une réponse strictement nationale, au détriment d’une solidarité européenne pourtant indispensable et d’une mutualisation des moyens déjà engagée.

L’Europe est, une fois encore, au rendez-vous des secours. Mais il faut aller plus loin en créant une véritable force européenne de sécurité civile, dotée de moyens terrestres, aériens et maritimes qu’aucun État membre ne peut mobiliser seul. C’est la seule réponse crédible pour anticiper des crises qui seront probablement, sinon inévitables, du moins de plus en plus fréquentes.

Si l’ampleur du choc qui frappe aujourd’hui le sud de l’Europe — mais aussi l’autre rive de la Méditerranée — pouvait au moins permettre de démasquer, à grande échelle, tous les usurpateurs du débat climatique, ces drames n’auraient pas été entièrement vains. Ils pourraient nous conduire à prévenir les catastrophes à venir en accélérant résolument la transition écologique, afin qu’elle devienne une source d’inspiration bien au-delà de notre continent.

Boris Enet