Infantino-Trump : la fidélité à sens unique

par Sébastien Lévi |  publié le 13/08/2026

De plus en plus isolé au sein de la FIFA, Gianni Infantino pensait trouver en Donald Trump un soutien susceptible de le sauver. La porte close qu’il a trouvée illustre l’idée très particulière que le président américain se fait de la fidélité.

Donald Trump et le président de la FIFA Gianni Infantino tiennent le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA avant de le remettre au capitaine de l'Espagne, le 19 juillet 2026. (Photo Carl Recine / Getty Images via AFP)

La conception du pouvoir de Donald Trump évoque à bien des égards celle d’un chef mafieux. Déçu par ses ministres et collaborateurs lors de son premier mandat, qui pensaient d’abord à respecter la Constitution plutôt qu’à obéir à un homme, il se fit fort, après sa réélection, de ne s’entourer que de personnes loyales à sa personne.

La loyauté telle que la conçoit Donald Trump n’est pas une rue à double sens, mais plutôt une voie à sens unique, voire une impasse pour ceux qui lui vouent fidélité. Avant même son élection, son homme à tout faire, Michael Cohen, devait en faire l’amère expérience. Chargé des basses œuvres de son patron, notamment de payer une actrice pornographique avec laquelle Donald Trump avait eu une liaison afin d’acheter son silence, il a été lâché par celui-ci, qui affirma ne lui avoir jamais demandé de faire ce chèque, ce qui contribua à conduire Michael Cohen en prison. Le dernier scandale concernant Gianni Infantino, au sujet d’une de ses maîtresses grassement rémunérée comme collaboratrice à l’UEFA lorsqu’il en était secrétaire général, offre d’ailleurs un écho assez cocasse à cette affaire…

Les fidèles de Trump laissés de côté

Le même sort attendait le plus ardent défenseur de Donald Trump dans sa contestation de sa défaite face à Joe Biden, prétendument due à des fraudes électorales. Rudy Giuliani, ancien maire de New York et avocat de Donald Trump, a payé son jusqu’au-boutisme et ses mensonges par une radiation du barreau de New York et une faillite personnelle, sans que Donald Trump lève le petit doigt pour lui venir en aide.

Les affaires judiciaires constituent plus généralement le terrain privilégié de cette exigence de loyauté absolue et unilatérale. Depuis sa première élection, Donald Trump considère le ministère de la Justice comme son propre cabinet d’avocats, chargé de le mettre à l’abri des poursuites judiciaires.

La loyauté cruciale au ministère de la Justice

C’est pourquoi Donald Trump ne pardonna pas à son premier ministre de la Justice, Jeff Sessions, pourtant le premier sénateur républicain à s’être engagé à ses côtés dès février 2016, de s’être récusé de l’enquête sur l’ingérence russe, qui le concernait en raison de son rôle dans la campagne présidentielle. Pour avoir refusé de déclarer que l’élection de 2020 avait été entachée d’irrégularités, son deuxième ministre de la Justice, Bill Barr, tomba lui aussi en disgrâce, malgré sa loyauté constante envers Donald Trump à son poste — quitte à franchir certaines limites éthiques. Décidé à s’assurer d’une loyauté encore plus grande, Donald Trump a nommé à ce poste, en 2025, Pam Bondi, l’une de ses avocates lors de son procès en destitution de 2020, avant de la renvoyer sèchement pour sa gestion de l’affaire Epstein, malgré la défense acharnée de son patron qu’elle avait assurée lors de son audition au Congrès. La nomination de Todd Blanche, son ancien avocat personnel, ne constitue que l’aboutissement d’un cheminement implacable vers l’exigence d’une loyauté absolue à sa personne.

Cette exigence de loyauté concerne aussi bien les affaires majeures de corruption ou de pédophilie que des sujets dérisoires. Donald Trump ne cache ainsi plus sa déception envers une loyaliste absolue, Jeanine Pirro, ancienne animatrice de Fox News nommée procureure fédérale à Washington, incapable de « trouver » les éléments incriminant les « saboteurs » qui expliqueraient, selon Donald Trump, le fiasco de la rénovation du bassin réfléchissant, pourtant dû à son incompétence…

Gianni Infantino face au rejet de Trump

Gianni Infantino pensait que son obséquiosité envers Donald Trump lui permettrait de compter sur lui en cas de coup dur. La simple lecture de ce qui était arrivé à Michael Cohen, Rudy Giuliani ou Jeff Sessions — et à tant d’autres — lui aurait évité ce faux espoir et cette humiliation, qui viennent compléter la disgrâce d’un homme dont la corruption et l’ivresse du pouvoir, si proches des travers trumpiens, ne lui auront garanti aucun traitement de faveur. Pour paraphraser Winston Churchill, Gianni Infantino n’est que le dernier d’une longue liste à avoir eu le choix entre le déshonneur et le rejet par Donald Trump, pour finalement subir les deux.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis