Iran : les premiers frondeurs de Trump
En votant un texte exigeant l’arrêt de la guerre en Iran, la Chambre des représentants adresse un signal politique à Donald Trump. D’une portée encore limitée, ce geste pourrait néanmoins révéler des signes d’émancipation du Congrès face au président américain.
Après deux tentatives infructueuses, la Chambre des représentants a adopté le 3 juin, avec le soutien de tous les élus démocrates et de quatre républicains, un texte imposant à Donald Trump l’arrêt de la guerre en Iran. Rien ne garantit toutefois que ce texte soit adopté par le Sénat et, en tout état de cause, un veto présidentiel en annulerait immédiatement les effets.
Ce vote est donc essentiellement symbolique, mais il n’est pas dénué d’importance. Il traduit une évolution politique perceptible à Washington. Il est d’ailleurs significatif que, la même semaine, le Sénat ait refusé d’examiner aussi bien le fonds d’indemnisation des émeutiers du 6 janvier voulu par Trump, qui avait suscité de fortes réticences chez les républicains, que le milliard de dollars qu’il demandait pour financer sa salle de bal.
Même parmi les élus historiquement terrorisés par Trump, certaines nominations ou décisions deviennent parfois trop difficiles à défendre. Ainsi, Bill Pulte, choisi pour succéder à Tulsi Gabbard à la tête du renseignement, est un banquier spécialisé dans les prêts immobiliers, sans la moindre expérience dans ce domaine. Face au refus annoncé des sénateurs, y compris républicains pourtant majoritaires, de confirmer cette nomination, Trump a eu recours à une méthode éprouvée : le nommer directeur par intérim.
Les ressorts d’une fronde encore fragile
Il est toutefois prématuré de voir dans ces signaux les prémices d’une fronde organisée et durable. Grâce à sa popularité auprès de sa base et à sa brutalité politique, Trump conserve un contrôle quasi absolu sur le Parti républicain, comme en témoigne sa capacité à imposer ses candidats lors des primaires. Ce contrôle constitue d’ailleurs autant un atout qu’une vulnérabilité paradoxale pour le président.
La présidence Trump a révélé que les contre-pouvoirs prévus par la Constitution ne fonctionnaient qu’imparfaitement. Les limites qui s’imposeront à Trump ne viendront donc probablement ni des mécanismes imaginés par les pères fondateurs ni d’un soudain sursaut de courage des élus républicains. Elles pourraient plutôt naître de deux ressorts immémoriaux de la nature humaine : l’instinct de survie et la vengeance.
Instinct de survie et calculs électoraux
L’instinct de survie est celui d’élus républicains qui redoutent d’être emportés par une vague démocrate lors des élections de mi-mandat, nourrie par l’impopularité croissante de Trump, notamment en raison de la guerre en Iran et de ses conséquences inflationnistes. Parmi les quatre élus républicains de la Chambre ayant voté l’arrêt de la guerre, deux représentent des circonscriptions centristes susceptibles de basculer facilement dans le camp démocrate.
La vengeance, elle, pourrait venir des élus républicains jugés insuffisamment loyaux par Trump. Certains ont été battus lors des primaires sous l’effet de son intervention directe, comme le sénateur texan John Cornyn, pourtant apprécié de ses collègues. D’autres, épuisés par les attaques répétées du président, ont préféré renoncer à se représenter, à l’image du sénateur Thom Tillis. Tous deux demeurent néanmoins en fonction jusqu’à la fin de leur mandat.
Il existe enfin une dernière catégorie d’élus républicains susceptibles de poser des difficultés à Trump : ceux qui ont déjà annoncé qu’ils ne brigueront pas un nouveau mandat, anticipant la vague bleue qui pourrait se dessiner.
L’un des aspects les plus frappants — et les plus inquiétants — du régime trumpien est sa capacité à vivre dans une bulle et à défier les lois de la gravité politique. Son emprise presque magnétique sur sa base alimente encore son sentiment de toute-puissance, lequel pourrait lui coûter cher.
Nul réveil des consciences n’est à attendre. Mais le cynisme absolu des républicains, qui a rendu possible puis légitimé le trumpisme, pourrait bien finir par se retourner contre lui, à mesure que Trump s’affaiblit et qu’il se trouve, en principe, empêché de briguer un nouveau mandat.



