Iran-Ukraine : Zelensky pointe l’incohérence de Trump

par Pierre Benoit |  publié le 14/03/2026

En levant partiellement les sanctions pétrolières contre la Russie, les États-Unis rendent un fier service à Poutine. Au risque de prolonger encore la guerre d’Ukraine et de renforcer indirectement l’Iran…

Après sa rencontre avec Emmanuel Macron à Paris, le 13 mars 2026, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, en studio à France Inter pour répondre aux questions de Benjamin Duhamel. ( ©Radio France https://x.com/franceinter/status/2032511887854751909 )

L’offensive israélo-américaine en Iran entre dans sa troisième semaine et rien ne permet de penser qu’elle s’approche de la fin. C’est le moment qu’a choisi Volodymyr Zelensky pour rappeler que cette guerre impacte directement le conflit ukrainien. Pas simplement parce que l’attention des médias absorbe toute l’attention du monde. Surtout parce que la crise du pétrole, consécutive au blocage du détroit d’Ormuz, vient de « mondialiser » en quelques jours la guerre d’Iran et de favoriser la Russie dans son affrontement avec l’Ukraine.

Zelensky alerte sur les liens entre Moscou et Téhéran

C’est à Paris, sur France Inter, que le président ukrainien a choisi de replacer son combat en ciblant la Russie dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient. Dans cet entretien, Zelensky rappelle la solidité des liens existants entre Moscou et le régime des mollahs qui ne datent pas d’hier.

L’aide de l’Iran s’est manifestée dès le début de l’offensive décidée par Poutine en fournissant des drones Shahed, avant que la Russie ne commence à les fabriquer elle-même dans ses usines autour de Moscou. « L’Iran a transmis des milliers de drones aux Russes avec lesquels ils tuaient » les civils ukrainiens, « maintenant, c’est le fait inverse : la Russie transmet des armes », insiste Zelensky. Il souligne au passage que ses services de renseignement ont analysé les impacts de ces drones sur les cibles ayant touché les pays voisins de l’Iran et qu’ils sont formels pour identifier le matériel russe.

La levée partielle des sanctions dénoncée

Le président ukrainien s’attarde ensuite à démonter le cercle vicieux qui vient de s’enclencher à la suite de la décision de Trump de lever partiellement les sanctions contre le pétrole russe. « Vous levez les sanctions de contrôle, Vladimir Poutine gagne de l’argent, il investit cet argent exclusivement dans l’armement, il met cet argent dans les Shahed pour les transmettre à l’Iran et le régime iranien les utilise pour frapper les bases américaines. Alors, où est la logique ? ».

À partir de cette démonstration, le président ukrainien inverse les rôles pour faire une offre de service aux Américains, soulignant que l’Ukraine dispose d’une réelle expertise sur les drones dans le conflit en cours au Moyen-Orient. Avec une pointe d’humour, il ajoute : « je ne m’attends pas à une reconnaissance » de la part des États-Unis.

Les relations entre Zelensky et Trump sont en dents de scie, au fil des annonces du patron de la Maison Blanche. Le président ukrainien nous a déjà démontré qu’il savait rebondir, comme il l’a fait après la séance d’insultes qu’il avait essuyée dans le bureau Ovale de la Maison Blanche.

À Paris, il sait où se trouvent ses amis européens. Il a été reçu à l’Élysée par Macron qui, dès l’annonce par Trump de l’embargo pétrolier, relevait, au nom des dirigeants du G7, que le blocage du détroit d’Ormuz « ne justifie en aucun cas de lever les sanctions » exercées contre la Russie.

Un ballon d’oxygène pour l’économie russe

En janvier dernier, les revenus pétroliers de la Russie étaient au plus bas depuis cinq ans. L’économie de guerre instaurée par Vladimir Poutine manifestait de réels signes d’essoufflement. En annonçant jeudi l’autorisation temporaire de la vente du pétrole russe stocké sur des navires, le ministre américain des Finances Scott Bessent offre un ballon d’oxygène inespéré au maître du Kremlin. Même si cette autorisation de vente ne court que jusqu’au 11 avril, elle va permettre de liquider les cargaisons de pétrole sur les navires chargés avant le 12 mars. Autant dire que la flotte fantôme de Poutine va lui rapporter quelques millions de dollars.

La semaine dernière déjà, l’administration Trump avait écorné l’embargo contre Moscou en autorisant des livraisons au bénéfice de l’Inde, très dépendante de la Russie pour ses approvisionnements en hydrocarbures. Le même ministre américain avait reconnu que l’administration républicaine avait même envisagé une levée quasi complète de l’embargo pétrolier. Apparemment, Trump n’a pas osé aller aussi loin.

Il est certain que cet épisode ne va pas encourager Poutine à se ruer vers la table des négociations. C’est dire si la décision irrationnelle de Trump ne fait que prolonger la guerre en Ukraine. Le choc énergétique en cours depuis le blocage du détroit d’Ormuz et le lien entre l’Ukraine et l’Iran qui vient d’être mis en lumière dans cet entretien par Zelensky configurent aussi une nouvelle façon de voir les lignes de front. En deux semaines, la guerre commencée contre l’Iran impacte déjà seize pays et l’onde de choc se renforce chaque jour davantage. Jusqu’où ira cette dynamique d’instabilité ? Faudra-t-il, demain, parler d’une « mini-guerre mondiale » ?

Pierre Benoit