Israël : grandes manœuvres des petits partis

par Sébastien Lévi |  publié le 06/09/2026

En Israël, les petits partis peuvent faire perdre les grands sans même décrocher un député. Netanyahou en sait quelque chose : en 2022, les voix perdues par ses adversaires lui ont largement profité. Un scénario que tous les partis veulent éviter cette année.

Yair Golan, chef du parti des Démocrates et ancien chef d'état-major adjoint de Tsahal, s'exprime lors d'un meeting de campagne électorale à Netanya, en Israël, le 27 août 2026. (Photo Gili Yaari / NurPhoto via AFP)

Le système électoral israélien repose sur la proportionnelle intégrale. Pour limiter l’éparpillement des voix et donc le risque d’ingouvernabilité, un seuil d’éligibilité a été institué dès 1951, puis relevé à plusieurs reprises pour s’établir aujourd’hui à 3,25 % des suffrages exprimés, soit l’équivalent de quatre députés. L’élection met ainsi en concurrence des listes dont l’objectif premier, pour les plus petites, est de s’assurer qu’elles dépasseront ce fameux seuil et de convaincre les électeurs que les voix qui se portent sur elles ne seront pas « perdues », faute de représentation.

Le « vote utile » est particulièrement important cette année, après une mandature marquée par l’attaque terroriste du 7 octobre et par une réforme judiciaire très contestée dans le pays. La coalition sortante a pu survivre à ces deux événements grâce à une assise parlementaire relativement confortable – 64 députés sur 120, puis 68 avec le ralliement d’un petit parti de droite -, malgré une quasi-égalité en nombre de voix entre les partis formant la coalition actuelle (droite, extrême droite et partis ultra-orthodoxes) et l’opposition lors des élections de 2022. Si cette égalité en nombre de voix a pu aboutir à un tel écart en sièges, c’est parce que deux partis opposés à cette coalition, l’un de gauche et l’autre arabe, n’avaient pas atteint le fameux seuil d’éligibilité.

Les partis de droite comme de gauche, mais aussi les électeurs israéliens, comprennent donc parfaitement l’enjeu : maximiser les voix en évitant autant que possible leur dispersion. Cette préoccupation explique les manœuvres en cours dans les deux camps avant le dépôt des listes, le 8 septembre.

À droite, l’union fait la force… et les sièges

À droite, Netanyahou s’active pour éviter que les partis situés à sa droite ne concourent en ordre dispersé. Il tente notamment de reconstituer l’alliance électorale entre Ben Gvir et Smotrich et met en garde contre le nouveau parti d’un ancien militaire, très critique de la gestion du 7 octobre mais qui reste un soutien de Netanyahou.

D’autres partis envisagent de concourir à droite sur une ligne plus modérée. Ils inquiètent autant Netanyahou, qui craint de voir certains de ses électeurs les rejoindre, que l’opposition. Cette dernière forme en effet un alliage composite de gauche, de centre et de droite modérée, avec notamment l’ancien Premier ministre Naftali Bennett ou l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman. Dans un pays qui s’est droitisé, ces derniers estiment que l’alternance ne peut venir que de la droite, sur le modèle hongrois, où Magyar remplace Orbán sur une ligne de droite, mais respectueuse de l’État de droit. Bennett ou Liberman craignent donc que ces nouveaux petits partis servent de refuge à des électeurs rebutés par Netanyahou, mais qui hésiteraient à voter pour l’opposition, même de droite.

À gauche, encore traumatisée par le précédent de 2022, l’union s’est réalisée sous la bannière de Yair Golan, ancien chef d’état-major adjoint, qui a réuni les deux partis historiques de la gauche, Avoda et Meretz. Un autre parti inquiète cependant : l’émanation de l’organisation Standing Together, qui prône la coopération entre Juifs et Arabes israéliens et s’est engagée à se retirer si elle estime ne pas pouvoir franchir le seuil d’éligibilité, afin de ne pas gaspiller de voix.

Et si la surprise venait des partis arabes ?

Enfin, dans un pays dont certains qualifient le régime d’« apartheid », c’est peut-être au sein des partis arabes que les grandes manœuvres sont les plus significatives. Trois des quatre partis arabes viennent de s’unir, ce qui a immédiatement fait progresser leur score dans les sondages. Le quatrième, Raam, officiellement islamo-conservateur, avait déjà brisé un tabou en soutenant de l’extérieur le gouvernement qui avait brièvement exercé le pouvoir en 2021-2022. A priori assuré d’obtenir une représentation au terme de ce scrutin , ce parti est allé encore plus loin avec la décision de son chef, Mansour Abbas, d’accueillir un candidat juif et sioniste – des Juifs avaient déjà figuré sur des listes arabes, mais ils n’étaient pas sionistes. Une décision qui prend à revers le discours de la droite nationaliste israélienne, laquelle entend rendre impossible toute alliance avec les partis arabes afin de pouvoir conserver le pouvoir même sans être majoritaire dans le pays.

Dans le pays du « balagan » – le désordre – électoral, l’obsession du seuil pousse paradoxalement à une relative clarification afin d’éviter le gaspillage des voix. Mais c’est peut-être une manœuvre autant symbolique que politique qui pourrait avoir les conséquences les plus importantes : « cachériser » un parti arabe et rendre possible une alternance au pire gouvernement de l’histoire du pays, grâce à une nouvelle coalition reposant sur une alliance entre Juifs et Arabes. Inch’Allah.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis