Israël : l’avertissement européen
Décision hautement symbolique : douze démocraties ont annoncé que les produits en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie seront désormais boycottés. « Enfin… », commente Élie Barnavi.
Israël vient d’être sanctionné par onze pays européens – plus le Canada – en raison de l’accélération de la colonisation en Cisjordanie occupée. Dans une annonce conjointe, ces douze États précisent que les produits agricoles issus des implantations israéliennes seront boycottés. La Grande-Bretagne est à la manœuvre dans cette décision qui accroît l’isolement du gouvernement Netanyahou à sept semaines des élections législatives.
Voici un an presque jour pour jour, 142 pays adoptaient à l’ONU une déclaration en faveur de la solution à deux États pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. Au fil des mois cependant, la situation s’est beaucoup détériorée en Cisjordanie.
Douze pays sanctionnent la colonisation israélienne
Les plus grandes villes comme Naplouse ou Jénine sont encerclées par Tsahal. Dans les campagnes, les attaques de colons israéliens sont quotidiennes contre les villages palestiniens. Ils ont le soutien du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir pour s’emparer des terres palestiniennes. Entre 2023 et 2025, l’ONG israélienne « Peace Now » a déjà recensé le déplacement forcé de 118 communautés palestiniennes. Proche de Trump, l’ambassadeur américain à Jérusalem, Mike Huckabee, a été jusqu’à qualifier de « terroriste » l’action de ces colons.
Ces dérapages n’ont échappé à personne. Le grignotage de la Cisjordanie barre de facto la route à toute solution à deux États. Une riposte diplomatique était urgente, mais l’Europe ne parvenait pas à caler sa position. Plusieurs réunions n’ont pas permis d’aboutir à une suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël. Tout le monde pouvait constater que les droits humains n’étaient pas respectés (article n° 2 de l’accord d’association), mais il fallait un vote unanime. Impossible. Les pesanteurs du passé paralysaient les Allemands, Viktor Orbán était prêt à dégainer son veto.
Londres et Paris amorcent un virage
Cette impuissance de l’Europe des 27 devenait inacceptable au regard de la situation sur le terrain. Pour sortir de l’impasse, Paris et Londres ont amorcé un virage : une déclaration solennelle de boycott des productions en provenance des territoires occupés, à charge pour chaque pays d’en choisir les modalités. Au passage, il faut souligner que Londres et Ottawa, comme on l’a déjà vu sur la crise ukrainienne, n’ont jamais été aussi proches du Vieux Continent.
Les conséquences économiques de cette prise de position seront faibles, mais sa dimension symbolique n’est pas négligeable, souligne l’ancien ambassadeur israélien en France Élie Barnavi : « Je milite pour ce type de décision depuis des années. Enfin, c’est arrivé à l’initiative des Britanniques. Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement Netanyahou a réagi d’une manière hystérique ».
Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar annonce, en effet, la fermeture du consulat britannique de Jérusalem. Le consulat d’Espagne avait fait l’objet d’une réaction similaire en 2024 après la reconnaissance de l’État de Palestine par Madrid. L’équipe Netanyahou a aussi décrété persona non grata onze députés britanniques, dont l’ancien patron du Labour Jeremy Corbyn, plusieurs fois qualifié d’antisémite par le passé. Des officiers anglais travaillant au centre international qui doit surveiller le cessez-le-feu à Gaza dans le cadre du plan Trump seront eux aussi expulsés.
Il faut dire que le ministre britannique des Affaires étrangères Ed Miliband n’a pas mâché ses mots mardi devant la Chambre des communes. Il a commencé par un rappel de la position historique de la Grande-Bretagne sur Gaza et la Cisjordanie, qui sont considérées comme des territoires occupés illégalement au regard du droit international. De la même façon, la plupart des pays d’Europe ont voté par le passé les nombreuses résolutions de l’ONU qualifiant d’illégitime l’accaparement de ces entités palestiniennes depuis la guerre des Six Jours de 1967. À Westminster, Miliband a osé dire que Jérusalem fermait les yeux devant le « nettoyage ethnique » en cours.
L’isolement international d’Israël s’accentue
La séquence à laquelle nous assistons accroît encore l’isolement croissant d’Israël sur la scène internationale. À la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre, l’écrasement total de Gaza sous les bombes a suscité des interrogations dans les chancelleries, puis le trouble s’est étendu jusqu’au sein des communautés juives de par le monde.
La communauté juive américaine n’est d’ailleurs pas en reste devant cette situation, comme l’attestent de nombreuses enquêtes d’opinion. Ainsi, « l’exception américaine » n’est plus aussi solide qu’il n’y paraît. « On peut toujours fermer le consulat britannique, reprend Élie Barnavi, mais cela ne fera qu’aggraver le problème. J’estime que quelque chose d’intéressant vient de démarrer. D’après le site américain Axios, les Britanniques auraient annoncé par avance aux Américains ce qu’ils comptaient faire… et Trump ne leur aurait pas demandé de s’abstenir. Même à Washington, ils commencent à se dire : cela commence à bien faire ».



