Israël : Netanyahou rejoue le chaos parlementaire

par Sébastien Lévi |  publié le 08/05/2026

Toujours impopulaire et distancé dans les sondages, Benyamin Netanyahou mise sur les hésitations de ses opposants et sur les spécificités du système électoral israélien pour se maintenir au pouvoir après les prochaines élections.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou assiste à la cérémonie annuelle organisée pour la Journée du souvenir des soldats tombés au combat en Israël, au mémorial de Yad LaBanim à Jérusalem, le 20 avril 2026. (Photo Marc Israel SELLEM / POOL / AFP)

Entre 2019 et 2021, Israël a organisé quatre élections législatives, alors qu’une mandature dure théoriquement quatre ans. Cette succession de scrutins s’explique par l’incapacité de chaque camp — celui de Netanyahou d’un côté, réunissant droite, extrême droite et partis orthodoxes, et l’opposition de l’autre — à former une coalition disposant d’au moins 61 sièges sur les 120 de la Knesset.

Entre chaque scrutin, le gouvernement sortant était chargé de gérer les affaires courantes, permettant à Netanyahou de rester au pouvoir pendant près d’un an et demi sans majorité parlementaire. Ce n’est qu’après la décision de l’opposition sioniste de s’allier avec le parti arabe islamiste modéré Raam, dirigé par Mansour Abbas, davantage préoccupé par l’intégration économique que par le nationalisme palestinien, que Naftali Bennett puis Yaïr Lapid ont pu former des gouvernements allant de la droite modérée à la gauche, avec le soutien du Raam et l’abstention des autres partis arabes. Notons que ces arrangements, dignes de la IVe République française, fragilisent sérieusement les accusations d’apartheid régulièrement portées contre Israël.

Des sondages défavorables à la coalition

Ce précédent éclaire largement la situation actuelle. Très impopulaires depuis le 7 octobre, Netanyahou et ses alliés sont systématiquement donnés perdants face à l’opposition dans les intentions de vote. Les sondages attribuent ainsi, de manière relativement constante, entre 50 et 52 sièges à la coalition sortante, contre 58 à 60 pour les partis sionistes d’opposition.

L’objectif de Netanyahou est donc moins de remporter les élections que d’empêcher ses adversaires d’obtenir les 61 sièges nécessaires à la formation d’un gouvernement. Son autre stratégie, martelée sans relâche, consiste à rendre politiquement inacceptable toute alliance avec les partis arabes, afin d’empêcher l’émergence d’une majorité alternative et de reproduire le blocage institutionnel observé entre 2019 et 2021.

L’instrumentalisation politique du 7 octobre

L’exploitation politique du 7 octobre est au cœur de cette stratégie. Elle joue sur les peurs de la société israélienne après les attaques terroristes, de manière d’autant plus cynique que les Arabes israéliens ont eux aussi été victimes de cette tragédie, certains ayant été assassinés ou pris en otage. Depuis lors, leurs représentants politiques ont souvent affiché leur solidarité avec les familles d’otages, parfois de manière plus visible que certains membres du gouvernement lui-même.

Pour l’instant, aucun des principaux partis sionistes d’opposition — à l’exception du parti de gauche Les Démocrates de Yaïr Golan — ne se dit prêt à gouverner avec les partis arabes, moins par hostilité idéologique que par calcul électoral. Dans un contexte de droitisation partielle de l’électorat israélien depuis le 7 octobre, renforcée encore par la victoire de Péter Magyar en Hongrie, une partie de l’opposition estime qu’une alternance crédible ne peut venir que de la droite. Il est possible qu’une formule semblable à celle de 2021 — soutien extérieur, sans participation gouvernementale des partis arabes — émerge après les élections pour atteindre la majorité de 61 sièges. Mais cet ostracisme politique risque de laisser des traces durables parmi les citoyens arabes israéliens.

Netanyahou a toujours su exploiter les peurs pour conquérir le pouvoir puis s’y maintenir. Il entend manifestement réutiliser cette méthode lors d’élections qui auraient pourtant dû consacrer sa répudiation politique après l’échec du 7 octobre. Ne pouvant réellement gagner, il cherche avant tout à empêcher ses adversaires d’y parvenir. À eux, désormais, d’éviter les pièges tendus par un stratège politique redoutable, malgré ses erreurs géopolitiques répétées.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis