Italie : l’école dit non à Meloni

par Marcelle Padovani |  publié le 02/10/2026

Tout est parti d’une banderole accrochée à l’entrée d’une école de Gênes. Depuis, le décret de Giorgia Meloni sur les quotas d’enfants d’immigrés fait réagir bien au-delà des salles de classe. La fronde a gagné élus, syndicats, institutions et même l’Église.

Des étudiants manifestent contre le décret scolaire qui plafonne le nombre d'élèves étrangers par classe et interdit le port du niqab et de la burqa pendant les cours, promulgué par le gouvernement de Giorgia Meloni à Rome, le 25 septembre 2026. (Photo Andrea Ronchini / NurPhoto via AFP)

« Ici, personne n’est un étranger » : ce pourrait être le slogan d’un groupuscule d’extrême gauche ; c’est, depuis le 24 septembre, le mot d’ordre de bon nombre de lycéens et d’écoliers italiens, qui l’affichent en guise d’avertissement à l’entrée de leur lycée ou de leur école. 

Tout a commencé à l’Institut Daneo, à Gênes, en lettres rouges sur fond blanc. La banderole a d’abord été arrachée par la police, puis restituée aux manifestants à la demande du proviseur. La protestation s’est ensuite répandue en réponse au dernier décret-loi du gouvernement Meloni.

Pas plus de 30 % par classe

Car, non contente d’avoir gaiement fêté ses quatre années à la tête du gouvernement, Giorgia Meloni a annoncé ce jour-là un décret-loi qui concerne à la fois les immigrés et l’enseignement. En clair, les enfants d’étrangers nés en Italie, tout comme ceux qui ont suivi leurs parents dans l’exil, ne pourront plus en aucun cas dépasser le plafond de 30 % dans une classe. Les élèves en surnombre devront être accueillis ailleurs. 

Mais le décret va plus loin : la burqa et le niqab sont interdits à l’école pour les élèves comme en France, mais aussi pour leurs parents. Et s’ils ne suivent pas un cours d’initiation à la langue italienne, ces derniers seront frappés d’une amende de 200 à 1 000 euros et privés de l’autorité parentale.

« L’école est à tous »

Les mots d’ordre contre le décret-loi se répandront aussitôt, non seulement parmi la jeunesse, mais dans la société tout entière, avec une sorte de prise de conscience, jusque dans les institutions, du rôle des immigrés. D’abord le président de la République, Sergio Mattarella, qui prendra son temps avant de contresigner, le 30 septembre, le décret-loi et ne le fera qu’après modifications. Et après avoir proclamé que « l’école est à tous ».

Même réaction chez bon nombre d’élus locaux, dont le très puissant maire de Milan, Beppe Sala, qui fait remarquer que « dans pas mal de quartiers, ce sont les immigrés qui sont majoritaires et les Italiens une petite minorité. Qui faudrait-il chasser ? ». Puis des syndicalistes, qui rappellent que les enfants d’immigrés nés en Italie, déjà au nombre de 600 000, ont, de par la loi, droit à la citoyenneté italienne et ne peuvent donc être écartés de l’école.

Le décret à l’épreuve du réel 

Enfin, les associations comme les CPIA (centres provinciaux pour l’éducation des adultes) prennent la parole : « Ce décret est inapplicable, disent-elles, parce qu’il manque à la fois des écoles et des enseignants », et car « nous sommes déjà débordés avec les 31 000 candidats actuels à l’apprentissage de la langue que nous ne sommes pas encore parvenus à accueillir ».

Mais la protestation des « anti-décret » ne connaîtra son véritable aboutissement qu’avec l’intervention de l’Église. En la personne du président de la Conférence épiscopale, Mgr Matteo Zuppi, qui, au nom du clergé italien et du pape, tranchera la question en proclamant que « les écoles sont un lieu où personne ne doit se sentir exclu ».

Une déclaration dans ambiguïté, dans la droite ligne des propos remarqués, la semaine dernière, du pape Léon XIV lors de sa tournée en France.

Marcelle Padovani

Correspondante à Rome