Joyeux requiem

par Frédérick Casadesus |  publié le 22/05/2026

En ce week-end de Pentecôte, l’esprit des musiciennes et musiciens qui nous ont quittés cette année souffle à nos oreilles. Hommage à ces artistes qui nous lèguent la vibration précieuse de leurs disques ou de leurs concerts.  

La soprano britannique Dame Felicity Lott. (Photo Hermann Wüstmann / DPA via AFP) - Le chanteur et compositeur Gino Paoli. (Photo de D.Venturelli / Getty Images via AFP) - Le chanteur d’opéra José van Dam. (Photo Felix Hörhager / DPA via AFP)

Autant que sa voix et son sourire, son allure a fait le charme de Dame Felicity Lott (1947-2026) – celle d’une grande bringue élégante et capable cependant de toutes les folies. Et ce prénom ! Dans un monde déchiré, n’était-il pas l’une de ses plus belles armes lyriques ? En chantant Poulenc, Felicity Lott hisse la frivolité au niveau d’une philosophie et illustre le mot de Valéry, « Ce qu’il y a de plus profond dans l’Homme, c’est la peau. »

Par la grâce d’Olivier Messiaen, quatre heures durant, José Van Dam (1940-2026) a su hisser François d’Assise au pinacle de l’Opéra Garnier, le 28 novembre 1983, sous la conduite hallucinée de Seiji Ozawa. Nous retenons aussi de lui cette interprétation bercée d’un léger swing, un Don Quichotte écrit par Maurice Ravel pour un film de Georg Wilhelm Pabst – même si ce fut en vain, pour cause de délai trop court.

De la chanson italienne au piano français

Les romances italiennes ont la vie longue. Sous une apparente facilité se glissent leurs profondes douleurs, dissimulées derrière des persiennes fauves. Gino Paoli (1934-2026), communiste ayant eu maille à partir avec le fisc – un raccourci de toutes les contradictions humaines, – sut concevoir des ritournelles à fendre l’âme. En écoutant « Senza Fine », qu’Ornella Vanoni (1934-2025) savait si bien chanter, son amoureuse d’autrefois, morte il n’y a pas si longtemps, comment ne pas sortir son mouchoir ?

Avec une Arabesque de Schumann, il faut aussi rappeler la mémoire de Jean-Bernard Pommier, l’un de nos pianistes choyés durant les années soixante-dix, qui n’était pas seulement « un pédagogue », comme on le dit des musiciens dont on ne sait pas reconnaître à sa juste mesure le talent d’artiste.

La relève et l’esprit de Pentecôte

Mais assez de défunts ! Parce que le jazz est une musique classique, parce que de jeunes artistes inventent l’avenir, achevons ce billet d’humeur et d’amour avec deux interprètes bien vivants. Grâce à Bach, souffle là aussi l’esprit de la Pentecôte – qu’il soit saint pour les uns, joyeux pour les autres.

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Frédérick Casadesus