Julie Depardieu : Beethoven, mon amour
Mélomane depuis toujours, la comédienne participe ce mois-ci au festival PianoPolis et met en scène un spectacle consacré à Mozart au Collège des Bernardins.
Sous la puissance et l’énergie, la consolation. Beethoven – on a beau le dire, il faut l’écrire jusqu’à ce que cette vérité émerge au grand jour – est l’ami du genre humain, celui qui tend la main lorsque le ciel vire au tellurique, un homme qui, malgré ses propres souffrances, prend la peine de regarder les autres, de les écouter – mais oui, lui, là, le sourd – et qui pose en musique un voile d’affection sur le monde en déroute. Une enfant ne s’y est pas trompée. Julie Depardieu, toute petite, a découvert la neuvième symphonie. Elle n’en est pas revenue. Beethoven est son maître absolu. Mais elle en parle en riant, comme de beaucoup de choses : un voile de pudeur, dans la vie, peut vous tenir chaud. Ludwig comprend tout ça.
Une passion née avec la Neuvième
« Je ne pratique pas de religion, mais je nourris pour Beethoven une passion qui ne s’éteint pas, nous dit la comédienne. La première fois que je l’ai entendu, je m’en souviens très bien, c’est par la bande originale du film de Kubrick Orange mécanique dont mes parents ne cessaient d’écouter l’enregistrement. Cela m’a littéralement obsédée. Beethoven est un artiste de la démesure, mais qui reste profondément, infiniment bienveillant. Dans son œuvre, tout est épopée, tout nous invite à grandir, à voir la vie en large. Mais, parce qu’il a conscience de ses failles et de ses manques, ce compositeur ne se prend jamais pour un surhomme. En cela, il est terriblement humain. Je voulais prénommer mon fils Ludwig. »
N’allez pas demander à Julie Depardieu de quelle manière elle aborde les partitions. La technique, très peu pour elle. Enfin, presque : elle a tout de même obtenu la moyenne à l’option musique du baccalauréat. Mais le souvenir lui demeure d’une certaine incomplétude, sa professeure de piano lui ayant reproché, le jour de l’examen, de jouer la valse de Chopin avec mauvais goût. Multipliait-elle les nuances au point d’accentuer les contretemps ? Marquait-elle des silences de manière excessive ? « Peut-être que je la massacrais, cette valse, murmure-t-elle. Aujourd’hui, lorsque je vois un clavier, je tapote un peu. Cependant, je sais bien que je n’ai pas de son. C’est comme ça. Mais je ne suis pas dans la frustration, comme on dit. »
Sur scène, Mozart et Schumann
Pour vivre sa passion, l’artiste accompagne des musiciens. Non seulement par la mise en scène – dans quelques jours, elle présentera, au Collège des Bernardins, « Mozart et cætera », portrait lyrique du compositeur en dix opéras – mais aussi sur la scène. Le 16 mai, Julie Depardieu partagera l’affiche avec la mezzo-soprano Delphine Haidan et la pianiste Dana Ciocarlie pour « Une soirée chez les Schumann », dans le cadre du festival PianoPolis à Angers. « J’adore Dana depuis longtemps, nous dit la comédienne. Avec elle et Delphine, nous avons décidé de construire un programme Schumann comme un dialogue intérieur. Ce compositeur, avec toutes ses fragilités, toutes ses douleurs, me touche. Et s’il est vrai que j’adore projeter ma voix dans une salle, quand je lis des textes auprès des musiciens, je veille à m’accorder, à murmurer, baisser d’un ton, pour ne pas brusquer la musique. Quand on parle bas, les gens tendent l’oreille, écoutent avec plus d’attention. »
Une curiosité musicale sans fin
Mélomane véritable, Julie Depardieu ne se contente pas de creuser le sillon de ses inclinations premières. Ainsi Fauré, qui lui fut longtemps comme étranger, qui paraissait lui résister, l’a-t-il conduite à la recherche, à l’exploration. « La lecture de Jankélévitch m’a permis de le comprendre, nous dit-elle. Actuellement, Bruckner demeure un mystère. Mais je ne me décourage pas. Mon oreille est encore fermée à plein de choses, mais j’adore l’idée qu’elle s’ouvre un jour aux compositeurs qui ne me touchent guère aujourd’hui. Lorsque je perce le secret d’une œuvre, ou, pour mieux dire, lorsque je trouve le chemin qui me permet de la comprendre, je l’aime davantage encore. » Viennent alors Haydn et sa fantaisie, Leonard Bernstein, Erich Kleiber et son fils Carlos, Nicholas Angelich – pianiste si talentueux, mort beaucoup trop jeune – un bal de musiciens formidables.
« Quand je serai vieille, je ne m’ennuierai jamais, parce que je pourrai toujours écouter les œuvres que j’aime, jouées par un interprète que je ne connais pas, ou bien chercher à comprendre une sonate ou une symphonie dont la beauté m’avait échappée. » Soyons-en sûrs : alors, dans un coin de la chambre où Julie Depardieu se reposera d’une vie professionnelle intense, un vieux compositeur à la figure taciturne, complètement sourd, échevelé, lui glissera : « Te rappelles-tu l’opus 111 ? » Beethoven, un ami pour la vie.
Le 16 mai au festival PianoPolis à Angers www.angers.fr et « Mozart et cætera », Collège des Bernardins, les 19, 20 et 21 mai. www.collegdesbernardins.fr



