Katie Kitamura, maîtresse du vertige
Le quotidien le plus banal peut soudain basculer dans l’inquiétante étrangeté. Katie Kitamura explore ce basculement en faisant du doute le véritable héros de son nouveau roman.
Katie Kitamura est née à Sacramento dans une famille d’origine japonaise. Quadragénaire, élancée, fine, brune et jolie, cette thésarde de Princeton, journaliste pour The Guardian à ses heures, est devenue en quatre romans la coqueluche de la critique littéraire américaine. Pourquoi ? Pas pour son style minimaliste, mais parce que sa marque de fabrique consiste à brouiller les pistes. Chez elle, il y a toujours le réel et une couche de « presque vrai » ou de « probable » qui double la narration. Reine de la superposition quantique, elle excelle aussi dans le registre du suspense.
L’Audition, son nouvel opus, est une histoire aussi banale que terrorisante qui aurait plu à Stanley Kubrick pour Eyes Wide Shut. L’héroïne (qui n’a pas de nom) est une comédienne de théâtre reconnue. Elle vit avec un intellectuel dans un bel appartement new-yorkais. Ils ont cinquante ans et s’aiment encore, même si la routine s’installe.
Surgit alors un bel inconnu de 25 ans qui aborde celle qu’il croit être sa mère. Xavier s’incruste dans sa vie, réussissant même à se faire engager comme assistant metteur en scène sur la pièce dont elle tient le premier rôle. À partir de là, les personnages et le lecteur sont pris de vertige. Le vrai, le faux, le fantasme et la manipulation : tout s’entremêle dans un discret sfumato que Katie Kitamura distille habilement à jet continu.
L’Audition, de Katie Kitamura, en librairie le 20 août (Éditions Stock, 202 p., 21 euros).



