Kennedy Center : Trump sort le bulldozer

par Sébastien Lévi |  publié le 25/09/2026

La menace de Trump de détruire le Kennedy Center si son nom n’y est pas accolé est une métaphore presque parfaite de sa présidence : des institutions mises au service de la volonté personnelle d’un homme et la difficulté de celles-ci à l’arrêter.

Des manifestants, devant le John F. Kennedy Center, le 18 septembre 2026 à Washington, se sont réunis pour former une chaîne humaine autour du bâtiment après que le président Trump a annoncé la fermeture potentielle de l'établissement. (Photo Tom Brenner / Getty Images via AFP)

Le Kennedy Center est une institution culturelle publique majeure de Washington, établie en 1971. Géré depuis sa création par un conseil d’administration bipartisan, il a été remodelé par Trump peu après son retour à la Maison-Blanche, en février 2025. Le président a limogé plusieurs membres du conseil d’administration, les a remplacés par des fidèles, puis s’est fait élire à sa tête.

Dès lors, il a souhaité modifier en profondeur la programmation, transformant une institution connue pour la qualité et l’éclectisme de son offre en réceptacle d’une culture « populaire », opposée à celle des « élites woke déconnectées », dans une reprise en main populiste et démagogique digne des régimes autoritaires.

La culture sous contrôle

Au-delà de la programmation, il a aussi obtenu de son conseil fantoche que le centre soit rebaptisé en ajoutant son nom à celui de John F. Kennedy, avant qu’un juge n’en ordonne le retrait. Alors que des badauds étaient venus assister au retrait de son nom, il a fait installer une bâche pour les priver de ce spectacle. Celle-ci reste aujourd’hui en place, ultime manifestation d’une volonté de ne rien céder, même sur le terrain symbolique.

Cette affaire pathétique, si révélatrice de la personnalisation du pouvoir sous Trump, aurait pu en rester là. Mais le président a annoncé qu’il refuserait la réouverture du centre si celui-ci ne portait pas son nom et semble même décidé, dans ce cas, à procéder à sa destruction. Il habille cette décision de raisons peu convaincantes, mais, dans les faits, l’affaire témoigne surtout d’une conception du pouvoir dans laquelle l’institution finit par se confondre avec celui qui prétend l’incarner.

Une affaire personnelle

Depuis que cette menace de destruction a été formulée, des centaines d’Américains se sont rassemblés devant le centre, formant une barrière humaine préventive et symbolique face à un autocrate que les institutions américaines, du Congrès à la justice, ne semblent pas parvenir à arrêter. En ce sens, cette affaire est tristement symbolique de la présidence Trump, qui aura révélé les failles béantes de contre-pouvoirs incapables d’arrêter un président décidé à imposer sa loi sans s’encombrer des règles et des normes.

John F. Kennedy avait prononcé, dans son discours d’investiture, ces mots qui allaient rester dans l’histoire et incarner l’ethos américain : « Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country » (« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays »).

Deux visions de l’Amérique

Trump est l’antithèse presque parfaite de cette proposition. Pour lui, la présidence est un moyen de servir ses intérêts personnels, de s’enrichir et d’enrichir les siens, dans ce que ses détracteurs décrivent comme un niveau de conflits d’intérêts et de corruption sans précédent dans l’histoire récente de la démocratie américaine. Le peuple qui se dresse symboliquement autour du Kennedy Center devra utiliser le pouvoir qui est le sien pour arrêter un homme dont aucune institution ne semble en mesure de freiner l’entreprise de destruction de la démocratie américaine et de ses institutions, y compris culturelles.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis