La Coupe du monde des nouvelles frontières

par Sébastien Lévi |  publié le 12/06/2026

La Coupe du monde est censée célébrer l’ouverture, la rencontre des peuples et l’universalité du sport. Avant même son coup d’envoi, l’édition organisée par les États-Unis offre au contraire un condensé saisissant de l’Amérique de Trump : méfiance envers l’étranger, culte de l’argent et mépris des règles communes.

L'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, drapé dans le drapeau somalien, reçoit des fleurs lors d'une cérémonie de bienvenue à son arrivée à Mogadiscio, en Somalie, le 9 juin 2026. Artan est rentré en Somalie après s'être vu refuser l'entrée aux États-Unis. (Photo Abuukar Mohamed Muhidin / Anadolu via AFP)

Lorsque le projet de candidature pour organiser cette Coupe du monde a été lancé, Barack Obama était à la Maison-Blanche. L’ambition était alors de célébrer les 250 ans des États-Unis tout en mettant en avant le partenariat avec le Mexique et le Canada. Aujourd’hui, les relations demeurent correctes mais distantes avec le Mexique, sur fond de tensions migratoires, après avoir été exécrables lors du premier mandat de Trump. Elles sont particulièrement tendues avec le Canada, à la suite des multiples attaques et tentatives d’intimidation du président américain contre son voisin du nord.

Avant même le début de la compétition, l’arrestation puis l’expulsion vers son pays de l’arbitre somalien Omar Artan, considéré comme le meilleur arbitre du continent africain, sont devenues le triste symbole de cette évolution, bien loin de la célébration du sport et de l’universalisme qu’une Coupe du monde est censée incarner.

Cet épisode illustre d’abord la xénophobie de Trump et son hostilité particulière envers la Somalie. Une hostilité dont la députée du Minnesota, Ilhan Omar, l’une de ses adversaires les plus constantes, est devenue l’incarnation politique. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la plus importante opération menée par l’ICE, qui avait provoqué la mort de deux manifestants, ait eu lieu dans cet État qui abrite une importante communauté somalienne.

La FIFA dans l’ombre de Trump

Le silence de la FIFA face à ce scandale souligne sa soumission croissante à Donald Trump. Celle-ci s’était déjà manifestée lors du tirage au sort de la compétition, en décembre dernier, lorsque l’organisation lui avait décerné un improbable « prix de la paix ». Au-delà de cette distinction aussi ridicule que flatteuse, la FIFA a également décidé de louer des bureaux — restés vides — dans la Trump Tower, contribuant ainsi à enrichir encore le président américain afin de s’attirer ses bonnes grâces.

Il ne faut donc guère attendre de la FIFA qu’elle dénonce les abus de l’administration américaine, déjà nombreux au-delà du seul cas de cet arbitre. D’autres incidents se multiplient, qu’il s’agisse du traitement réservé à l’équipe d’Iran ou des difficultés rencontrées par certains supporters marocains et ivoiriens pour obtenir un visa.

Le Mondial du repli américain

Ces épisodes illustrent le mépris des règles et des engagements par le gouvernement américain, alors même que l’accueil des délégations et des supporters figure au cahier des charges de la FIFA. Ils servent également les intérêts politiques de Trump, qui peut ainsi afficher la fermeté à l’égard des étrangers qui constitue l’un des marqueurs de son personnage politique. Malgré quelques promesses de modération, il est probable que l’ICE mène des opérations aux abords des stades, ce qui inquiète déjà une partie du public hispanique et pourrait dissuader certains spectateurs de se déplacer.

Alors qu’elle devrait être une fête ouverte sur le monde, cette Coupe du monde met en lumière le repli américain et l’érosion de son image internationale. Seuls 10 % des Européens considèrent désormais les États-Unis comme un véritable allié. Trump s’en félicite pourtant, présentant cette défiance croissante comme une marque de « respect » retrouvée après une époque où l’Amérique aurait été, selon lui, la « risée du monde ».

Là où le Qatar avait fait de la Coupe du monde 2022 un instrument d’influence diplomatique et de « soft power », Trump en fait le symbole de la fin des normes, de la loi du plus fort et du plus riche. Les prix des billets atteignent par ailleurs des niveaux délirants, achevant d’écarter nombre de supporters potentiels, y compris parmi ceux qui auraient été autorisés à entrer sur le territoire américain.

Xénophobie, racisme, argent roi, complaisance institutionnelle et mépris des règles : cette Coupe du monde porte incontestablement l’empreinte de Donald Trump.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis