La course pour la deuxième place

par Sylvie Pierre-Brossolette |  publié le 02/10/2026

Pendant que les socialistes cherchent toujours leur champion, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe avancent leurs pions. Avec des tactiques radicalement opposées.

Édouard Philippe), ondateur du parti Horizons, et Jean-Luc Mélenchon, fondateur du parti La France insoumise (LFI), le 27 août 2026, lors de la rencontre (La REF) des entrepreneurs organisée par le MEDEF. (Photo Thomas SAMSON / AFP)

Pendant que les lycées flambent, la présidentielle continue. Espérant conforter un électorat déjà largement acquis (40 % des moins de 24 ans votent LFI), Jean-Luc Mélenchon a fait le pari de souffler sur les braises en jouant les pompiers pyromanes. Après avoir contribué à mettre le feu chez les élèves, le Líder Máximo a fait mine d’appeler à la non-violence, tandis que le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, réitérait ses propos sur la « violence légitime » tout en prônant la « désescalade ». Cela s’appelle jouer sur tous les tableaux…

Deux stratégies pour la présidentielle

De l’autre côté de l’échiquier, Édouard Philippe choisit de livrer un des éléments phares de son « programme massif » – ses propositions sur les retraites – ce mardi via une vidéo de vingt minutes, calme et technique pour un sujet brûlant. Effet de contraste avec l’actualité environnante fournie, qui voit les images de violences urbaines devant les établissements scolaires occuper les écrans et le Rassemblement national contre-attaquer vivement – c’est une litote – en défense de son président Jordan Bardella, accusé par Mediapart d’être l’auteur de propos gravement antisémites dans sa jeunesse. Erreur de communication ou timing habile pour noyer le poisson ?

Pour les patrons de LFI et d’Horizons, une course est engagée pour obtenir la qualification au second tour de la présidentielle. Le premier fait le pari d’un positionnement radical, à la limite de l’acceptable quand il flirte avec l’antisémitisme ou incite les jeunes à se révolter en se transformant en casseurs. Le second s’en tient à son positionnement convenable du « cercle de la raison », jusqu’à risquer l’ennui, ou même le rejet en dévoilant sa recette pour sauver les retraites (45 ans d’annuités et âge pivot à 65 ans).

Selon les sondages, les deux leaders sont à touche-à-touche, avec un avantage pour l’ancien Premier ministre quand celui-ci n’est pas concurrencé par Gabriel Attal. Pour l’un comme pour l’autre, il s’agit de creuser l’écart à la fois pour assurer sa place au second tour de la présidentielle et pour empêcher qu’un troisième larron – social-démocrate – les empêche de tourner en rond. À chacun sa méthode, qui comporte des risques.

Mélenchon mise sur la radicalité

Celle de Jean-Luc Mélenchon est dangereuse mais semble jusqu’ici lui profiter. Incarner l’« affreux jojo » de la course, celui qui ose tout, jusqu’à vouloir « brûler » la dette et faire flamber la rue, lui permet de rassembler l’électorat de gauche le plus en colère, celui de cette « Nouvelle France » qui peuple notamment les banlieues en difficulté et que les sociaux-démocrates ont du mal à motiver par leurs positions plus modérées.

Philippe joue la carte du sérieux

La méthode d’Édouard Philippe est, elle aussi, risquée, car elle mise sur la raison, alors que l’émotion joue toujours sa part dans une élection. En s’efforçant d’apporter des réponses crédibles aux grands problèmes du moment, il n’emballe pas. Sa solution pour les retraites est la plus sévère de toute l’offre actuelle (même Bruno Retailleau est plus soft). Et encore le maire du Havre n’a-t-il pas repris une de ses propositions initiales de départ à 67 ans.

Le candidat LFI risque d’apeurer les citoyens en en faisant trop, alors que la France danse déjà sur un volcan, financier, social et international. Si un rival social-démocrate parvient à faire passer un message plus rassurant tout en ouvrant des perspectives de progrès, il peut être concurrencé. Mais son socle est solide. Et même si son positionnement lui interdit de gagner le second tour, il se présente (fallacieusement) en meilleur rempart contre les « fachos », toujours un bon argument pour le vote utile.

Pour le maire du Havre, le risque est d’être débordé par les partis dégagistes. « Celui qui dit la vérité sera exécuté », dit la chanson… Pour l’instant, le héraut du parler vrai est toujours en vie, et le moins mal placé à droite. Mais il est sur une corde raide. Tâclé dans son propre camp par Gabriel Attal, gêné par le chef de l’État qui lui casse ses coups (en le forçant, par exemple, à déplacer son « Heure de vérité » pour cause d’émission présidentielle), handicapé malgré tout par son passé macroniste, Édouard Philippe est sur un chemin de crête. Il peut trébucher à tout moment, même s’il semble, lui aussi, avoir un socle solide de fidèles modérés.

Une surprise peut-elle troubler ce match pour la deuxième place, alors que Marine Le Pen, quel que soit le sulfureux passé de son ex-plan B, semble assurée d’être encore en lice le 2 mai ? Il faut attendre la fin de l’année pour voir si émerge de la primaire socialiste un social-démocrate convaincant ou si la « souris » Hollande a l’occasion de sortir de son trou et rafler la mise. L’actualité vient de montrer que seul l’inattendu arrive à coup sûr. Et sept mois, comme disaient les Guignols, « Pu…., c’est long » !

Sylvie Pierre-Brossolette

Sylvie Pierre-Brossolette

Chroniqueuse