La culture au pilori
Les enjeux culturels ont été dramatiquement absents des débats municipaux, alors que droite et extrême droite poursuivent leur entreprise de démolition, d’assèchement financier et de mise au pas. Alerte !
La campagne des municipales s’achève, la culture en est absente. Certes, dans le fracas des armes, il est bien difficile de provoquer un débat qui s’éloigne du détroit d’Ormuz. La guerre emporte tout. Et si, malgré tout, on suppute, ici et là, les chances des candidats, des partis, des alliances, les grands enjeux de société n’apparaissent pas. Aucun débat de fond n’a vraiment émergé, même l’écologie qui n’est presque plus de mode. La campagne est locale et la culture n’y trouve pas sa place.
Une campagne municipale sans débat culturel
À un moment où les collectivités locales, surtout les départements, et une partie des régions, ont fortement réduit leurs dépenses culturelles, suivies par la moitié des communes de plus de 50 000 habitants, c’est pourtant un sujet majeur, autant que les enjeux d’environnement, ou ceux liés à la santé ou au logement. Comme si le sort des équipements culturels, musées, bibliothèques, théâtres, cinémas, festivals, salles de concert et une grande part des associations, n’intéressaient pas les candidats et n’avaient pas droit de cité dans les programmes.
On voit se dessiner les fractures qui brisent le consensus établi en France depuis Malraux et Lang, et que personne, ni à droite, ni à gauche, n’avait osé toucher. À Paris, Emmanuel Grégoire a proposé d’augmenter de 10 % le budget de la culture et de créer un musée des arts et des cultures féministes. Bournazel veut 30 % de plus pour le patrimoine et des logements pour les artistes. De l’autre côté, Knafo veut réduire de moitié la masse salariale des fonctionnaires de la culture et Rachida Dati, sans doute fière de son bilan rue de Valois, elle entend chasser du musée Carnavalet les thématiques sociales ou politiques pour imposer une exposition permanente « dédiée à l’élégance parisienne et au luxe ».
Au moins les choses sont claires : partout, on entend déblatérer contre les structures « militantes », censées avoir été mises en place par la gauche, le wokisme, les spectacles LGBT, et ces restes de mai 68 qui ont détruit la France de nos ancêtres. Pour ces procureurs de la culture, le comble a été atteint par le spectacle offert par Thomas Jolly lors de l’ouverture des JO en 2025. Aya Nakamura devant l’Institut, Lady Gaga chantant sur les quais et Philippe Katerine en Dionysos, nu au milieu d’un plateau de fruits : insupportable ! D’où la volonté de contrôle politique de la création pour effacer toutes ces horreurs, comme la grenouille de la place Vendôme, cible préférée de Knafo qui prétend définir le beau !
La culture, nouveau champ de bataille idéologique
Ailleurs, à Arles et Avignon par exemple, la question se pose de savoir comment faire participer les habitants des agglomérations à des événements d’envergure internationale qui se déroulent dans le centre, loin des populations locales qui se sentent dépossédées de leur territoire et de leur histoire. Débat légitime et plus général que l’on aurait aimé entendre davantage, qui pose la question de l’élitisme et de la coupure entre deux Frances, question dont s’est emparée la droite et surtout l’extrême droite et qui lui permet de balayer ces cultures venues d’ailleurs. Retour aux coutumes et à la tradition, comme l’a proclamé Retailleau.
Nous sommes à un moment où Bolloré, avec ses nombreux journaux, plus CNews, Europe 1 et Hachette d’un côté, flanqué d’Édouard Stérin et ses soutiens aux spectacles identitaires, mène un combat idéologique en faveur de l’extrême droite, relayé par certains élus qui coupent allègrement les subventions à la culture parce qu’elles ne sont pas rentables, et veulent mettre fin à la supposée hégémonie culturelle de la gauche.
La culture est un champ de bataille idéologique privilégié. C’est un choix de société entre l’ouverture au monde et le progressisme d’une part, la fermeture des frontières et la remise en cause de la liberté de création de l’autre. Entre le soutien aux artistes, une volonté démocratique réaffirmée par un financement public et une offre culturelle ouverte à tous, d’un côté et l’étranglement financier et la mise aux pas de ces artistes de l’autre. Un choix de société, oui. Entre la liberté et la soumission.



