La France peut sombrer

par Valérie Lecasble |  publié le 18/09/2026

Quelque 54 milliards d’économies, promet Sébastien Lecornu dans le prochain budget : la potion est amère mais nécessaire. Tandis que la France est au bord du gouffre financier, les partis politiques, les syndicats et les Français sont-ils prêts à l’accepter ?

Des CRS ont évacué plusieurs dizaines de pêcheurs qui bloquaient un dépôt pétrolier dans le port de Fos-sur-Mer pour protester contre la hausse des prix du carburant, le 15 septembre 2026. (Photo CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

54 milliards ! Sébastien Lecornu, qui promet de faire adopter ce budget sans avoir recours au 49.3 ni aux ordonnances, a-t-il une chance de survivre ? Avec son projet à 44 milliards d’économies, soit 10 milliards de moins, son prédécesseur François Bayrou avait été exécuté sur la place publique. À l’instar de l’orchestre du Titanic, nos responsables politiques avaient alors multiplié à loisir les revendications. Feront-ils de même cette fois-ci ? Le gel en 2027 du point d’indice des fonctionnaires est scandaleux, a déjà réagi la leader de la CGT Sophie Binet, qui ouvre le bal des mécontentements, en appelant à une journée « noire » de grève le 29 septembre.

Une dette publique sous pression

La réalité est que le Premier ministre n’avait guère d’autre choix que de charger la barque des économies. Réduire le train de vie de l’État alors que sa dette caracole à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, est devenu une impérieuse nécessité. Car les vautours des marchés financiers rôdent. Déjà, les prêteurs institutionnels français se font moins enthousiastes et laissent la place à des fonds de pension étrangers spéculatifs plus volatils. L’argent emprunté coûte de plus en plus cher : 4,5 % pour la France, le record d’Europe, devant la Grèce, l’Italie et l’Espagne. L’écart avec l’Allemagne s’accroît à 100 points de base, un « spread » inégalé. Résultat : en 2026, les seuls intérêts de la dette coûteront à l’État 65 milliards d’euros, soit davantage que l’Éducation nationale.

Comment continuer comme ça ? « La grande crise de la dette que nous redoutons tous pourrait intervenir avant même l’élection présidentielle », alerte Alain Minc. Ce que Sébastien Lecornu veut à tout prix éviter. Le contexte est périlleux. En raison d’un déficit qui dépassera les 5 % en 2026, les caisses de l’État sont vides. Pour les avoir cramées pendant dix ans, quand tout allait mieux et que l’argent coûtait moins cher, le gouvernement se trouve désormais contraint d’aller faire les poches des citoyens.

Pouvoir d’achat et colère sociale

Or les Français n’en peuvent plus de payer pour les erreurs de leurs responsables politiques. Leur colère est le meilleur terreau du vote en faveur du Rassemblement national. En témoigne le carton du livre de Sarah Knafo, Le casse du siècle, dans la foulée de la viralité de « c’est Nicolas qui paye ». Certes, Sébastien Lecornu leur a promis que leurs impôts n’augmenteraient pas, mais ils s’indignent que leur pouvoir d’achat soit gelé, si leurs revenus devaient croître moins vite que l’inflation. Fonctionnaires, retraités, mais aussi jeunes actifs, toutes les catégories pourraient être touchées.

Ceci au moment où le blocage du détroit d’Ormuz consécutif à la guerre entre les États-Unis et l’Iran a des répercussions dans le monde entier. En France, chacun redoute que le prix de l’essence et surtout du diesel dépasse la barre symbolique des 3 euros. Déjà, les pêcheurs, les agriculteurs, les grands rouleurs sont pris à la gorge. Et 17 millions de personnes sont réputées en « précarité mobilité », dans la difficulté de se déplacer pour des raisons financières. Quelle tournure prendra la révolte sociale si les prix du carburant persistent à s’envoler ?

Une rentrée politique sous tension

Ajoutez à cela qu’à sept mois de la présidentielle, les Français ne semblent plus croire en rien ni en personne. La campagne de la présidentielle les intéresse mais ne les enthousiasme pas. Pour les attirer à eux, certains candidats en sont réduits à brandir la menace du match annoncé au second tour entre les extrêmes du Rassemblement national et de La France insoumise. Certains proches d’Édouard Philippe vont jusqu’à reconnaître qu’il n’y a rien dans son programme pour faire rêver les Français.

Après un été de tous les dangers où ils ont – enfin – pris conscience de la réalité du réchauffement climatique, voici qu’ils abordent la rentrée, inquiets de la situation à la fois économique, politique et internationale. Emmanuel Macron a même convoqué une réunion de crise pour sensibiliser les chefs des partis politiques aux guerres qui nous menacent…

Alors, comparé à la perspective de voir la France sombrer, que représente un effort de 54 milliards ?

Valérie Lecasble

Editorialiste politique