La génétique brûle les planches

par Élizabeth Gouslan |  publié le 11/09/2026

C’est la grande vogue du moment : élaborer son arbre généalogique. Au théâtre de la Pépinière, la comédie de Rudy Milstein, J’espère que les enfants iront mieux que nous, met en scène les ravages de cette pulsion. Test réussi…

« J'espère que nos enfants iront mieux que nous » Comédie au Théâtre de La Pépinière - de Rudy MILSTEIN avec ANNE MARIVIN - ARIANE MOURIER - NICOLAS LUMBRERAS - ERWAN TÉRÉNÉ

L’épreuve de l’accouchement les a épuisées. Mais dans cet espace aseptisé, les deux patientes en blouse bleu délavé sont soulagées de partager la même chambre. La brune, c’est Marie (Ariane Mourier, sombre et vibrante). De FIV infructueuses en fausses couches, elle désespérait de devenir mère jusqu’au jour miraculeux où le divin enfant apparaît enfin. La blonde (Anne Marivin, espiègle et tonique, connue du grand public), c’est Agnès. Elle a déjà deux jumeaux de cinq ans et ne possède pas un instinct maternel très développé. Elles sont copines depuis 25 ans et se connaissent par cœur. Hasard du calendrier, les voici réunies le même jour dans la même clinique.

Deux mères réunies à la maternité

Le rideau se lève donc sur un décor blanc-néon où trônent deux « Moïse » en plexiglas logeant les nouveau-nés emmaillotés. Tout semble normal : les mères papotent et les nourrissons vont bien. Mais ce chromo ordinaire va se transformer en un étrange braquage ! La très anxieuse Marie a commandé, dans le plus grand secret, un test génétique néonatal dessinant – croit-elle – l’avenir glorieux du petit Gaspard. On peut la comprendre : cet événement qu’elle attend depuis dix ans ne doit être entaché d’aucune déception.

Un test génétique bouleverse la situation

Tout contrôler : la science le lui permet. Pourquoi s’en priver ? Tandis que l’insouciante Agnès s’éclipse pour fumer une cigarette dehors, une infirmière vient apporter la grande enveloppe contenant les précieux résultats du test. Marie espère de douces révélations : une carrière de savant, des dons inouïs, un profil HPI et des gènes de robuste reproducteur. Las ! Le texte ne révèle que des atrocités dont il faut surtout retenir cette perspective funeste : « Le sujet, explique gravement l’infirmière-Pythie, n’a que 17 % de chances d’atteindre l’âge adulte… mais, ajoute-t-elle en souriant, il devrait être doué pour la clarinette. »

Que fait Marie, effondrée par ce pronostic ? Sur un coup de folie, une fois l’employée partie, elle échange les deux bébés avant que son amie ne revienne dans la chambre. Ni vu ni connu. Aucun être humain âgé de deux heures et demie ne ressemble plus à son voisin du même âge ! Ce bébé-là, tonique et vif, sera le sien.

Une tragi-comédie sur la parentalité

En partant de ce coup de théâtre, l’auteur Rudy Milstein orchestre une tragi-comédie sur le désir de parentalité, les amitiés toxiques et une satire des progrès de la science, qui, comme chacun sait, est aujourd’hui incapable de prédire l’avenir d’un nouveau-né dans une boule de cristal ou dans un tube à essai. On rit, on s’indigne, les quatre acteurs rivalisent d’énergie. À l’heure du succès triomphal des tests ADN sur la recherche des origines, cette petite uchronie devrait plaire à tous !

J’espère que nos enfants iront mieux que nous, Théâtre de la Pépinière, Rudy Milstein, Anne Marivin, Ariane Mourier.

Élizabeth Gouslan

Journaliste, auteure