La guerre dont l’Amérique ne veut pas
La guerre en Iran ouvre un front politique délicat pour Donald Trump, désavoué par une opinion publique largement sceptique outre-Atlantique. Dans ce contexte, chaque évolution militaire pourrait avoir des conséquences directes sur sa position intérieure.
La faible popularité de la guerre déclenchée par l’Iran traduit l’équation politique très périlleuse à laquelle Trump est confronté, et qui pourrait influencer grandement la conduite de cette guerre.
Pour rappel, 75 % des Américains se déclaraient en faveur de la première guerre d’Irak à son déclenchement et le chiffre était de 70 % avant la seconde. La situation est totalement différente aujourd’hui, avec un soutien aux alentours de 25 %, alors que 43 % s’y opposent et que 32 % sont indécis.
Un soutien américain historiquement faible
Le soutien à cette guerre est donc beaucoup plus faible que pour les deux guerres du Golfe. Cela représente un problème politique majeur pour Trump, déjà impopulaire avec une cote de popularité de 36-37 % (ce qui est très bas aux États-Unis), malgré le soutien continu de sa base.
Chez les démocrates, seulement 7 % soutiennent cette guerre, alors que 74 % s’y opposent. Ils sont échaudés par la dernière guerre d’Irak, les mensonges l’ayant précédée et l’instabilité qu’elle avait provoquée. Cette guerre avait d’ailleurs partiellement coûté la nomination à Hillary Clinton en 2016, qui avait fait partie des nombreux élus à la soutenir.
Leur autre réticence vient de leur opposition farouche à Trump, et notamment du traitement cavalier infligé au Congrès, dont il n’a pas demandé l’autorisation pourtant nécessaire, fidèle au mépris des règles élémentaires de la démocratie dont il est coutumier. Enfin, l’influence supposée ou réelle de Netanyahou, dont les Américains se méfient, renforce encore le rejet de l’opération, dont ils rappellent que la responsabilité incombe en tout état de cause à Trump.
Des divisions jusque chez les républicains
Cette opposition quasi unanime des démocrates, plus encore sur la forme que sur le fond, n’est pas surprenante mais elle pose un problème majeur à Trump, dans la mesure où il ne bénéficie pas non plus du soutien unanime des républicains. Seuls 55 % des républicains la soutiennent et, de manière plus problématique pour Trump, ce chiffre est sans doute plus bas dans la base MAGA, séduite par son slogan America First, qui incluait notamment un refus des guerres et des changements de régime.
Dans ce tableau préoccupant, un chiffre peut donner à la fois une lueur d’espoir pour le président et une indication sur la suite des événements : 30 % des Américains au total ne se prononcent pas sur cette guerre, et pourraient donc être amenés à la soutenir demain.
La crédibilité de Trump en question
Or Trump et ses équipes ont un problème majeur de crédibilité en raison de leurs mensonges incessants et de la brutalité de leurs méthodes sur le plan intérieur. Cette crédibilité est d’autant plus écornée que les équipes de Trump n’ont pas de message cohérent et discipliné pour justifier la guerre.
Entre armes nucléaires, anticipation de riposte à une frappe israélienne, changement de régime ou programme balistique, les explications varient d’un jour à l’autre et donnent un sentiment d’amateurisme, avec l’absence de stratégie et de plan de sortie. Quand Trump admet benoîtement qu’il avait des successeurs en tête mais qu’ils ont été tués dans des frappes, on oscille entre le burlesque et le tragique.
Il faut souhaiter que cette guerre soit victorieuse, décisive et rapide avec l’avènement d’un nouveau régime. Si elle devait s’éterniser avec de nombreuses victimes, une hausse du prix de l’essence et une stagnation économique, il est probable que les indécis passeraient dans le camp de l’opposition, affectant par extension la popularité de Trump.
Ce dernier pourrait alors vite et mal conclure une guerre démarrée sans l’aval du Congrès, sans justification claire et cohérente, et aggraver ainsi encore l’instabilité de la région. Le pire n’est pas toujours sûr, mais avec l’équipe aux commandes à la Maison-Blanche il est hélas plausible.



