La jeunesse mérite mieux que Mélenchon
Le dernier épisode des turpitudes insoumises, sur fond de censure, d’attaques contre la création et d’antisémitisme visant Barbara Butch, rappelle les heures les plus sombres du stalinisme. La jeunesse doit enfin prendre sa place pour démystifier l’idole d’un caudillisme d’un autre âge.
Ils sont nombreux à faire preuve d’une certaine indulgence envers le Génialissime insoumis et ses épigones. Souvent étudiants, fils ou filles d’amis, leur conscience des inégalités, des difficultés du quotidien et leur colère face à l’inaction climatique les conduisent à considérer Mélenchon comme un pis-aller, voire, pour certains, comme un sauveur. Sans les codes des générations précédentes engagées en politique, ils évoluent en marge des vecteurs traditionnels de la radicalisation, sans pour autant se résoudre au chacun-pour-soi. Avec le temps, les repères qui avaient disqualifié certaines gauches à la fin du XXᵉ siècle se sont effacés au profit d’un relativisme périlleux, dans lequel l’hydre antisémite redevient un simple « point de détail de l’histoire ».
On invoque parfois, pour leur défense, des circonstances atténuantes : la perte d’attractivité d’une social-démocratie en manque d’inventivité, l’exercice du pouvoir contraint par les réalités économiques et, surtout, l’abjecte politique de la coalition gouvernementale d’extrême droite israélienne. Un cocktail qui nourrit un désir de radicalité propre à la jeunesse, sans jamais tout excuser. Pourtant, ils épousent, souvent sans en avoir conscience, un conformisme conservateur dont on espérait la gauche — et la jeune génération avec elle — définitivement vaccinées.
La radicalité face aux enjeux contemporains
La véritable radicalité, au siècle dernier comme aujourd’hui, a consisté à construire l’Europe, à approfondir ses politiques de solidarité et de cohésion, à renforcer les droits humains universels et à combattre la guerre au nom de l’État de droit, plutôt que de céder aux fables souverainistes de Mélenchon ou de Le Pen.
La radicalité, face aux forêts qui brûlent, consiste à mutualiser les moyens européens de sécurité civile, à l’image des pompiers roumains venus prêter main-forte dans les Pyrénées-Orientales et dans l’Aude, plutôt qu’à réclamer chaque été une flotte de bombardiers d’eau strictement « nationale », comme le répète doctement le chef irresponsable des Insoumis.
La radicalité consistait, en 2018, à soutenir les frappes contre le quartier général de Bachar el-Assad, protégé de Poutine, après l’utilisation d’armes chimiques contre les populations syriennes, plutôt que de présenter ce criminel de guerre et criminel contre l’humanité comme un interlocuteur fréquentable.
Elle résidait également dans le soutien ferme et sans ambiguïté à l’Ukraine, agressée dès 2014 puis, plus encore, depuis 2022, quand Mélenchon et Le Pen annonçaient de concert la chute imminente de Kyiv et la division des Européens. Tache indélébile que cette phrase du chef insoumis : « Qui veut mourir pour Kyiv ? », reprenant, au comble de la lâcheté, la formule munichoise de Marcel Déat à propos de Dantzig en 1939.
Vous voulez être radicaux ? Alors choisissez l’Europe contre les vieilles résurgences nationalistes, contre ces Bonaparte d’opérette enclins à la collaboration, avec Trump pour l’une, avec Poutine pour les deux.
En matière internationale, la vision insoumise renvoie à un monde disparu. La résurrection d’un prétendu camp anti-impérialiste allant de Moscou au Belarus, de La Havane à Managua jusqu’à Pékin relève de la farce.
Jeunes gens, voudriez-vous vivre dans ces dictatures, vous qui vous dites épris de liberté ? Jusqu’à applaudir, comme la députée insoumise Gabrielle Cathala, « la voix des droits de l’homme » en parlant du Cuba de Díaz-Canel, du Nicaragua d’Ortega ou de l’Algérie de Tebboune ?
Ignorez-vous les millions de victimes sacrifiées sur l’autel de révolutions confisquées ?
En vous rangeant derrière ces mystifications, vous prenez votre part de responsabilité dans la résurgence de monstruosités qui ne sont que le triste retour des totalitarismes étudiés dans vos manuels d’histoire.
Vous affirmez combattre la réaction internationale et le trumpisme ? Alors bâtissez des contre-feux en défendant la démocratie et l’État de droit, ces idées toujours neuves, plutôt qu’en ravivant les braises de régimes autoritaires qui ont broyé les générations de vos aïeux.
Vous méritez mieux !
Si c’est en partie grâce à votre soutien que le quadruple perdant de l’élection présidentielle continue de faire illusion, d’autres générations avant vous ont elles aussi emprunté de fausses routes, séduites par les slogans simplistes, le déterminisme historique, la justification de la violence politique ou les mystifications idéologiques. Le stalinisme comme le maoïsme furent d’abord portés par une partie de la jeunesse avant d’être rejetés à mesure que leurs crimes apparaissaient au grand jour.
Un appel à la responsabilité de la jeunesse
Il vous appartient aujourd’hui de ne plus couvrir les diatribes antisémites, quels que soient les prétextes invoqués. Retrouvez ce qui fait la dignité des gauches, radicales comme réformistes, une fois débarrassées des raccourcis nauséabonds de certains discours anticapitalistes du début du XXᵉ siècle lorsqu’ils désignaient les Juifs.
Vous qui dénoncez toutes les discriminations, ouvrez les yeux lorsque les prestidigitateurs insoumis prétendent concilier l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles avec les assassins islamistes qui ont dirigé Gaza et organisé le pogrom du 7 octobre.
Vous avez le devoir d’abréger le temps des mascarades afin que puissent éclore les aspirations nouvelles de votre génération.
Rejetez l’essentialisation qui enferme chacun dans une identité supposée ; laissez ces méthodes aux conservateurs insoumis, qui recyclent les ficelles les plus anciennes de la politique.
On peut être juif et combattre avec force la politique de Netanyahou. On peut être arabe et dénoncer le carcan religieux dans les sociétés soumises à la loi coranique. On peut être de gauche et éprouver de la honte à voir Mélenchon s’en réclamer encore.
On peut être des adversaires irréconciliables ; on n’a jamais le droit de laisser un homme pour mort sur un trottoir, fût-il fasciste, ni de participer à une agression en meute contre une artiste. C’est la force et l’honneur d’une gauche de transformation sociale, environnementale et démocratique que de s’y refuser toujours, par principe.
La véritable radicalité consiste parfois à défendre ce que les nouveaux staliniens qualifient de valeurs dépassées. Il faut savoir tenir bon.
Il n’est pas facile d’avoir vingt ans ; cela ne l’a jamais été. Les générations qui vous ont précédés ont manifestement échoué à transmettre des principes qu’elles croyaient acquis. C’est leur responsabilité. La nôtre. La mienne.
Mais cela ne vous dispense pas d’assumer désormais la vôtre, en renvoyant Mélenchon et les siens à leurs affiches nauséabondes et à leurs justifications honteuses, comme nous avions su, hier, tenir Le Pen et les siens à distance. On ne choisit jamais entre le racisme et l’antisémitisme.



