La « nouvelle gauche » de François Hollande
L’ex-président de la République réunissait hier soir 160 de ses soutiens à la questure du Sénat. « Rien n’est perdu », leur a-t-il dit. Dans un monde qui a changé, les socialistes doivent « unir le pays ». Tournant le dos à la primaire sociale-démocrate, il appelle ses amis à « gagner la bataille des idées ».
C’est un discours mobilisateur qu’a tenu François Hollande au lendemain du 14 Juillet, qui a vu la défaite de la France à la Coupe du monde de football. Mercredi soir, il a incité 160 de ses amis réunis à la questure du Sénat à se préparer à une nouvelle forme de campagne présidentielle où la force des idées sera capable d’attirer un électorat aujourd’hui dépolitisé.
« Rien n’est perdu », leur a-t-il lancé, à condition de comprendre que le monde a changé. Tandis que la bipolarisation des extrêmes s’est installée, il tend la main à ceux qui n’en veulent pas. « Nous sommes la gauche », leur a-t-il assuré, écartant, sans la nommer, la primaire socialiste qui ne peut rassembler, tout comme la macronie divise, alors que la mission qu’il assigne aujourd’hui aux socialistes est, au contraire, d’« unir le pays ».
Une stratégie tournée vers 2027
Pour cela, il leur faudra élargir leur électorat, sachant que le président de la République qui sera élu en 2027, à un moment historique, ne disposera pas de majorité à l’Assemblée nationale. Pour y parvenir, il évoque « le lien social » qui restaure les relations humaines. Il veut « réenchanter le progrès », partager une idée commune de la France, mais aussi répondre aux défis du climat et de l’IA. Il appelle ainsi à créer une force qui rassemble les énergies et relie les générations.
Protéger les Français, l’Europe et la souveraineté, tout en proposant un projet d’avenir pour la France dans les cinq à dix prochaines années : le livre qu’il publiera à la rentrée décrira sa vision de l’avenir. Chaque personne présente ce soir-là est appelée à envoyer des propositions concrètes pour le compléter.
Face au Parti socialiste, qui souhaite installer sa méthode avant les congés d’été pour imposer une primaire en octobre, François Hollande confirme son calendrier, qui s’étend jusqu’à la fin de l’année, voire au début de l’année prochaine. Un temps plus long qui le distingue de ceux qui sont partis en campagne dès le mois de juin, alors, assure-t-il, que, dans la tête des Français, celle-ci n’a pas encore commencé.
La réalité, c’est que François Hollande est en campagne chaque jour de sa vie depuis des mois, voire des années. Mais à bas bruit, sans le clamer. En cela, si, depuis quinze ans, comme il le dit, le monde a changé, lui n’a pas varié, tant les similitudes sont frappantes entre sa campagne de 2011-2012 et celle qu’il mène aujourd’hui.
Une campagne de long terme
Fort de son expérience, il croit en son étoile, convaincu d’être le meilleur pour occuper la fonction suprême de la République. La menace d’une bascule vers l’extrême droite oblige la France, dit-il, car elle arrêterait le processus européen. Fort de ces convictions, il se déplace chaque jour à la rencontre des Français qu’il connaît si bien. À un journaliste qui lui posait la question de savoir s’il n’était pas lassé de serrer des mains à longueur de journée, il a répondu, surpris : « C’est toute ma vie, que voulez-vous que je fasse d’autre ? »
Et puis, il est là, présent, dans les temps forts de l’actualité : il fait des pronostics sur les matches de la Coupe du monde de football, assiste au Tour de France et publie chaque jour sur les réseaux sociaux des reels où il raconte l’anecdote qui l’a touché durant sa journée. D’humeur joviale, il affiche son large sourire sur un visage aminci, signe qu’il contraint sa gourmandise en vue de prendre des responsabilités politiques.
Il continue de réunir ses soutiens à la questure du Sénat. En 2011, sous la houlette de Jean-Marc Todeschini ; aujourd’hui, sous celle de Marie-Arlette Carlotti, une fidèle parmi les fidèles qui avait électrisé les foules lors de son meeting de campagne en 2012 à Marseille. Ce mercredi 15 juillet, il y avait là Patrick Kanner, Hélène Geoffroy, les députés Marie Récalde, Marc Pena. Mais aussi quelques sénateurs (Rachid Temal), de nombreux élus locaux sur lesquels il s’appuie lors de ses déplacements (Michel Ménard), d’anciens membres de cabinet, des jeunes rassemblés sous la houlette de Maxime Cohen, de la section PS du 18ᵉ à Paris. Sans oublier sa garde rapprochée : Jean-Christophe Cambadélis, Wilfried Pailhès, Bernard Rullier…
Il rassure ses soutiens qui peuvent douter de lui, comme en 2011, lorsqu’il tardait à décoller dans les sondages. Le livre Il est minuit moins le quart, les cartes postales sur les réseaux sociaux, infusent ses idées dans la société. Tandis que les chefs à plume du Parti socialiste s’échinent à préparer une primaire, François Hollande avance, travaille et prend le large. Il accroît le cercle, poursuit sa stratégie et fait cavalier seul, comme s’il était sûr que sa candidature s’imposera comme une évidence, quand les autres se seront mutuellement neutralisés.
Sa stratégie commence-t-elle à payer ? Un indice, encore fragile, mais réel : sa popularité vient de connaître un bond inédit de 5 points qui le place en tête des hommes politiques préférés des Français dans le dernier baromètre de l’IFOP-Fiducial. Seul Michel-Édouard Leclerc – qui ne se présentera pas – le devance, tandis que Raphaël Glucksmann perd six places et figure au 31ᵉ rang du classement.
Que vaut la popularité en politique ? Elle n’influe pas, pour l’instant, sur les intentions de vote, où François Hollande ne dépasse pas les 8 à 9 %, derrière Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann. Mais elle crée l’espoir d’une dynamique. Comme un frémissement, dans l’attente de sa candidature.



