La présidence Trump en eaux stagnantes

par Sébastien Lévi |  publié le 19/06/2026

Le ridicule n’est pas sans conséquences. Un bassin repeint, un bâtiment rebaptisé, une guerre mal préparée : ces épisodes n’ont pas la même gravité, mais ils procèdent d’une même logique, celle d’un président convaincu que sa volonté suffit à tordre la réalité.

Des ouvriers retirent l'enseigne portant le nom du président américain Donald Trump du mur extérieur du Kennedy Center à Washington, le 13 juin 2026. Un tribunal fédéral a ordonné le retrait, jugeant illégal le fait de le renommer « Trump-Kennedy Center ». (Photo Keiichi Nakane / The Yomiuri Shimbun via AFP)

Donald Trump n’oublie jamais son passé de promoteur immobilier, comme en témoigne son obsession pour l’empreinte qu’il laissera à la ville de Washington. Sa fascination pour la salle de bal qu’il souhaite construire, son projet d’arc de triomphe « plus grand que celui de Paris » ou, à une échelle plus modeste, sa frénésie de dorures à la Maison-Blanche en attestent. C’est dans ce contexte qu’il faut envisager sa dernière lubie : changer la couleur du bassin reliant le Washington Monument au Lincoln Memorial pour le peindre en « bleu drapeau américain », une teinte inventée pour l’occasion.

Un bassin devenu symbole d’amateurisme

L’initiative illustre la mégalomanie infantile du président américain, mais aussi sa difficulté à écouter les experts et son mépris des deniers publics. Trump souhaitait que cette nouvelle couleur soit prête pour le 4 juillet, à l’occasion des 250 ans des États-Unis. Aujourd’hui, la peinture utilisée se décolle, des algues prolifèrent et le bassin ressemble davantage à un marécage saumâtre qu’à un monument national. Pour tenter de corriger le désastre, des litres de produits chimiques y sont déversés, sans étude préalable des conséquences environnementales.

Cette affaire, certes dérisoire, constitue un nouvel exemple de l’amateurisme confondant du président, entouré d’une administration qui lui passe tout et ne le met jamais en garde contre les conséquences de ses décisions. L’épisode du bassin rappelle un autre fiasco récent : l’ajout de son nom au Kennedy Center, jugé illégal par la justice, qui a ordonné son retrait. Celui-ci a été effectué discrètement afin de ne pas froisser le président milliardaire. Son ego semble d’ailleurs si meurtri qu’une immense bâche recouvre désormais le bâtiment pour dissimuler l’effacement de son nom.

De Washington à l’Iran, une même logique

Dans un cas, il s’agit d’une incurie technique ; dans l’autre, d’un revers juridique. Dans les deux situations, on retrouve la même incompétence mise au service d’un ego démesuré, incapable d’admettre que des limites puissent s’imposer à la volonté d’un président qui se rêve en roi, enfant roi et monarque capricieux tout à la fois.

Les déboires du bassin et du Kennedy Center prêtent à sourire tant ces deux épisodes semblent grotesques. Il en va autrement lorsque cette même incompétence débouche sur un désastre géopolitique comme la guerre en Iran, mal pensée, mal préparée et mal conduite.

Trump a voulu cette guerre notamment pour faire mieux qu’Obama et que tous ses « prédécesseurs qui n’avaient rien fait pour contrer l’Iran », sans mesurer les obstacles potentiels ni préparer une véritable stratégie de sortie. Il imaginait une opération rapide, comparable au succès éclair qu’il croyait avoir obtenu au Venezuela. L’amateurisme de ses équipes, davantage composées de courtisans que de conseillers, conduit aujourd’hui à une reddition en rase campagne qui renforce le régime iranien, affaiblit la crédibilité des États-Unis et accroît l’instabilité internationale.

Les algues du bassin comme la bâche recouvrant le Kennedy Center sont les conséquences, dérisoires mais révélatrices, d’un narcissisme nourri d’amateurisme. La capitulation américaine en Iran procède des mêmes travers, avec des conséquences infiniment plus graves, que ni des produits chimiques ni le retrait d’une bâche ne pourront effacer.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis