La rentrée compliquée des présidentiables
Université d’été de La France insoumise avec un discours « carré » de Jean-Luc Mélenchon, annonce de la candidature de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche, débat entre François Hollande et Édouard Philippe : les stratégies s’installent.
Comme chaque année, LFI ouvre le bal des universités d’été. Avec ses Amfis qui se tiennent jusqu’au 23 août et son discours de dimanche – « carré » –, Jean-Luc Mélenchon entend prouver qu’il est prêt, qu’il dispose d’une équipe et qu’il sait où il va. Il a aussi ordonné à ses troupes d’arrondir les angles pour tenter de faire croire qu’après ses dérapages antisémites, LFI aurait trouvé le chemin d’un gouvernement raisonnable.
Mélenchon et Glucksmann lancent leur rentrée
C’est aussi dimanche que Raphaël Glucksmann, selon la rumeur, annoncerait au 20 h de TF1 sa candidature à la primaire de la gauche. Comment pourrait-il y échapper ? Le patron de Place publique a réfléchi tout l’été. Il a exigé que cette primaire s’accompagne d’une charte de valeurs qui exclue toute accointance avec LFI, même lors des élections législatives. Comme à chaque fois, Olivier Faure a noyé le poisson et s’est abstenu de la signer. Mais en dépit de ces incertitudes socialistes, Glucksmann a-t-il une autre option que de se faire adouber par le PS sans lequel il ne peut mener une campagne digne de ce nom ?
Olivier Faure devrait annoncer sa candidature à la primaire la semaine suivante, aux universités d’été du Parti socialiste à Blois. Jérôme Guedj, qui publie à la même date, le 27 août, son livre La République, c’est nous !, est déjà sur les rangs. Tout comme Philippe Brun qui adopte un positionnement populaire où il promet de reconquérir les brebis de gauche égarées au Rassemblement national.
La primaire agite la gauche
Ségolène Royal devrait aussi être de la partie et jouer comme à son habitude les trouble-fêtes. Jusqu’à exclure toute possibilité pour son ex-compagnon, François Hollande, de se présenter à une primaire qui prendrait l’allure d’une scène de ménage ? L’ex-président de la République a invoqué la date des 11 et 18 octobre, trop proche selon lui, pour refuser d’y participer. Afin de le récupérer, Olivier Faure envisagerait de repousser le scrutin au mois de novembre, ce qui correspondrait mieux à son agenda personnel. Mais ne suffirait pas à convaincre Hollande.
Que le meilleur gagne ! disent les militants qui sortent leur calculette. Avec les 10 000 adhérents revendiqués par Place publique, auxquels il faut ajouter les opposants à Olivier Faure, Raphaël Glucksmann devrait l’emporter, avec un score qu’on estime en interne à 11 000 voix contre 10 000. Même si l’écart est réel, le suspense demeure. Quoi qu’il en soit, le temps presse : il reste seulement trois semaines avant le 15 septembre pour déposer les candidatures.
Pendant que ses camarades s’affrontent, François Hollande tient sa position d’embuscade. Avec la parution dès le 3 septembre de son livre Unir – Nouveau monde, nouvelle gauche, il tentera de redonner l’espoir aux Français qui ont basculé en faveur du Rassemblement national tant ils sont en colère devant le déclin de leur pays. Il attendra son heure, vers la fin de l’année, si, comme il le croit, la dynamique de la primaire ne suffit pas à propulser dans les sondages le candidat social-démocrate devant Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle. D’autant que le bazar qui s’installe chez les Verts ne facilite pas les choses, entre Yannick Jadot qui rêve d’une recomposition sociale-démocrate et Marine Tondelier qui laisse la porte ouverte à LFI pour assurer le trait d’union à gauche.
À droite, la compétition s’installe
Glucksmann s’imposera-t-il ou bien reculera-t-il pour laisser le passage à l’ancien président ? C’est aussi la question que se pose à droite Gabriel Attal qui, dans une stratégie de présence à tout crin dans les médias tout au long de l’été, rêve de détrôner Édouard Philippe. Celui-ci peut se féliciter du ralliement de Gérald Darmanin qui le conforte politiquement. Gagnera-t-il assez de voix pour autant, alors qu’il n’a pas encore dévoilé son programme dont on s’attend qu’il soit fait de sang et de larmes ?
Bruno Retailleau, enfin, s’est déjà lancé. Il « bloque » chez LR les quelque 10 % des électeurs qui seraient tentés, sans sa candidature, de voter pour le Rassemblement national. Tiendra-t-il jusqu’au bout ? C’est aussi l’une des clés de cette élection.
Mais au fond, seules comptent les réponses à deux questions : qui peut devancer Jean-Luc Mélenchon au premier tour, puis battre Marine Le Pen au second ? Vers ce scrutin décisif pour le pays, la course est lancée…



