La semaine noire de Netanyahou

par Sébastien Lévi |  publié le 21/04/2026

Les revers s’accumulent pour Benyamin Netanyahou, sur fond de recomposition des rapports de force internationaux et de fragilités internes grandissantes. Cette séquence met en lumière un affaiblissement progressif qui pèsera sur la suite de son mandat.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou assiste à la cérémonie annuelle organisée à la veille de Yom HaZikaron, Journée du souvenir des soldats tombés au combat en Israël, au mémorial de Yad LaBanim à Jérusalem, le 20 avril 2026. (Photo Marc Israel SELLEM / POOL / AFP)

La semaine dernière a été particulièrement difficile à encaisser pour Benyamin Netanyahou, commençant par la défaite du Premier ministre hongrois Viktor Orban aux élections et s’achevant par un cessez-le-feu imposé au Liban par Donald Trump, contre sa volonté. Elle illustre à la fois l’isolement croissant de Netanyahou sur la scène internationale et ses difficultés internes à l’approche des élections.

Aux côtés de Trump, de J.D. Vance ou encore de Marine Le Pen, Netanyahou n’a pas caché son soutien à Orban durant la campagne. Sa défaite écrasante dimanche dernier n’en est que plus douloureuse, notamment en raison des nombreuses similitudes entre les deux hommes en matière d’attaques contre la presse libre, le pouvoir judiciaire ou encore sur les questions de corruption.

Isolement accru en Europe

L’annonce du successeur d’Orban selon laquelle la Hongrie réintégrerait la Cour pénale internationale sonne comme un rappel difficile de l’isolement de Netanyahou en Europe. Cet isolement est devenu encore plus visible lorsque la Première ministre italienne Giorgia Meloni, pourtant alliée solide d’Israël, a décidé mardi de suspendre l’accord de défense avec ce pays. Le ministre israélien d’extrême-droite Bezalel Smotrich a ensuite contribué à tendre les relations avec le chancelier allemand Friedrich Merz, lui aussi fervent soutien d’Israël, à la suite d’un tweet affirmant que l’Allemagne ne pouvait exprimer la moindre critique envers Israël en raison de la Shoah.

Si Netanyahou a longtemps trouvé aux États-Unis un certain réconfort face à son isolement croissant en Europe, cette semaine montre que cette période est révolue. Mercredi, le Sénat américain n’a pas réussi à bloquer une résolution portée par Bernie Sanders visant à s’opposer à certaines ventes d’armes à Israël, mais près de 80 % des sénateurs démocrates ont voté en sa faveur, marquant un tournant majeur. Les propos de l’un d’entre eux, Mark Warner, affirmant que « beaucoup de soutien à Israël reviendrait » avec un autre gouvernement, rappellent durement la défiance personnelle que suscite Netanyahou auprès des démocrates.

Un cessez-le-feu imposé par Trump

Vendredi a sans doute été le jour le plus marquant de cette semaine éprouvante, avec l’annonce d’un cessez-le-feu entre Israël et le Liban par Trump, qui a écrit sur son compte Truth Social qu’Israël était « interdit » de frapper le Liban. Cette séquence rappelle l’humiliation subie par Netanyahou en septembre dernier, lorsqu’il avait dû appeler le Premier ministre qatari pour s’excuser d’une frappe sur son pays, sous les caméras.

« Bibi » est souvent décrit comme un stratège redoutable, voire un marionnettiste. Il apparaît plutôt comme un opportuniste habile, capable de saisir les moments au service de ses intérêts politiques immédiats. Le fil conducteur de cette semaine réside d’ailleurs dans ses choix d’alliances et dans sa capacité à s’aliéner des partenaires historiques d’Israël, en Europe comme aux États-Unis, perdant sur le plan stratégique ce qu’il parvient à gagner à court terme.

Netanyahou dénonce l’Iran depuis des années, désignant — à juste titre — ce pays comme une menace existentielle. C’est ainsi qu’il avait justifié son intervention devant le Congrès en 2015, dans le dos d’Obama, pour s’opposer à l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), puis soutenir Trump et l’encourager à s’en retirer en 2018, au prix d’une perte importante de soutien chez les démocrates. Cette focalisation sur l’Iran le place aujourd’hui dans une position politique délicate, alors que la guerre pourrait se terminer avec le régime iranien et son allié Hezbollah toujours en place, l’affaiblissant auprès de l’opinion publique israélienne à l’approche des élections.

Il est même possible que l’issue du conflit conduise à la réouverture du détroit d’Ormuz — qui était ouvert avant la guerre — ainsi qu’à une nouvelle version du JCPOA, potentiellement moins favorable que l’original. L’ironie serait alors que, si un tel accord se concrétise, Netanyahou aura aliéné le Parti démocrate (ainsi qu’une grande partie des Juifs américains) et dégradé l’image d’Israël aux États-Unis, où elle n’a jamais été aussi basse, pour un gain finalement très limité sur sa priorité principale : l’Iran. Même sans un tel accord, l’isolement d’Israël s’est accentué ces derniers mois. Netanyahou a évoqué son intention de faire d’Israël une Sparte autosuffisante. Cette semaine pourrait bien avoir offert un aperçu de ce que cette vision impliquerait pour l’État hébreu, plus isolé que jamais, si Netanyahou venait à être réélu lors des prochaines élections.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis