La soirée de la honte à la Maison-Blanche

par Sébastien Lévi |  publié le 16/06/2026

Certains événements concentrent à eux seuls les dérives d’un système. La soirée organisée par Donald Trump à la Maison-Blanche le 14 juin pour son anniversaire révèle une conception du pouvoir où la vulgarité, la confusion des intérêts et le culte du chef tendent à devenir la norme.

Le président Donald Trump organise une série de combats de l'Ultimate Fighting Championship à l'occasion de son 80e anniversaire, un événement que la Maison Blanche qualifie de « célébration unique de l'esprit combatif américain ». (Photo POOL / Getty Images via AFP)

Le spectacle obscène et désolant de la compétition de MMA organisée à la Maison-Blanche marque une nouvelle étape dans la descente aux enfers des États-Unis sous Trump. Il devrait réveiller le peuple américain, et vite.

Trump a donc eu sa fête d’anniversaire grandiose le 14 juin, avec un spectacle de MMA organisé dans un ring géant installé dans les jardins de la Maison-Blanche. Au-delà du caractère baroque de l’événement, celui-ci a illustré la dépravation sans limite de cet homme, l’incapacité des institutions à l’arrêter, ainsi que l’effacement des normes les plus élémentaires de décence et de respect attachées à la fonction présidentielle et au pays lui-même.

Une concentration de dérives

Des militaires américains saluant des catcheurs avant leur entrée en scène. Un combattant hurlant que « Michelle Obama est un homme » sous les acclamations de la foule. Des récompenses versées en Trump bitcoins. Un spectacle accessible en paiement à la séance sur Paramount+, désormais contrôlé par l’ami de Trump, Larry Ellison, qui vient par ailleurs de racheter CNN après avoir mis la main sur CBS et commencé à se débarrasser des journalistes les plus indépendants. Enfin, Eric Trump pris en flagrant délit de triche sur les paris liés aux combats de la soirée.

Tels sont quelques-uns des épisodes marquants de cette soirée de la honte à la Maison-Blanche, dans une orgie d’indécence, d’obscénité, de corruption et de népotisme. En ce sens, cette soirée constitue un condensé chimiquement pur de la déchéance des États-Unis sous Trump, alors même que le pays vient d’entériner sa défaite face à l’Iran. Celle-ci sanctionne une guerre mal pensée, mal préparée et mal conduite, sans objectifs clairs, sous la direction d’un ministre de la Défense davantage occupé à exhiber ses abdominaux en public et à purger l’armée des « gros », des personnes transgenres et des femmes, qu’à exercer correctement ses fonctions.

Les midterms comme horizon politique

La soirée de MMA organisée à la Maison-Blanche constitue une honte nationale pour tous les patriotes américains et pour tous les amis de l’Amérique à travers le monde, effarés devant cette décadence exhibée en mondovision et à un rythme accéléré. Elle devrait être le point de départ d’un réveil civique et politique d’une Amérique qui ne saurait tolérer d’être ainsi méprisée et salie pour le seul plaisir d’un autocrate à la tête d’une république bananière.

Dans ce contexte, les élections de mi-mandat prennent une dimension presque existentielle.

Elles doivent signifier au monde que les images du 14 juin à la Maison-Blanche ne reflètent pas ce qu’est l’Amérique, dont une majorité demeure attachée à son héritage démocratique ainsi qu’au respect des règles élémentaires de décence et de ses alliés.

SEBASTIEN LEVI

Sébastien Lévi

Correspondant aux États-Unis