La stratégie suicidaire des mollahs

par Laurent Joffrin |  publié le 07/03/2026

On critique légitimement la politique menée au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis. Mais que dire de celle de l’Iran, qui n’a fait, en cinquante ans, qu’ajouter du malheur au malheur sans jamais atteindre ses objectifs proclamés ?

portrait de Laurent JOFFRIN (Photo Philippe-Matsas, 2020)

Les fanatiques sont rarement de bons stratèges. On dissèque, on critique ou on réfute à bon droit la stratégie américano-israélienne, confuse, brutale, étrangère au droit international, dont les objectifs changeants font douter de la pertinence. Mais on parle plus rarement de celle de l’Iran, comme si elle n’était qu’une donnée constante et naturelle sur l’échiquier régional.

Cinquante ans de stratégie iranienne contestée

Pourtant, quel désastre ! Un désastre pour l’Iran, pour son peuple, pour la région et même pour les mollahs, au regard des buts proclamés par la République islamique. Depuis des décennies, Téhéran tient un discours fanatique, promet la destruction d’Israël et celle du « Grand Satan » américain, dénonce les démocraties « décadentes et corrompues » et soutient avec acharnement une ribambelle de « proxys » agressifs usant du terrorisme, également obsédés par la destruction de l’État juif.

L’« axe de la résistance » et ses conséquences régionales

La stratégie des mollahs a consisté à organiser au Moyen-Orient un « axe de la résistance » principalement chiite, constitué par la dictature cruelle des Assad, du Hezbollah au Liban, du Hamas à Gaza et des Houthis au Yémen, le tout sous la direction de la milice surpuissante des pasdarans. Le peuple syrien a ainsi vécu sous la férule d’un pouvoir implacable et tortionnaire avant de sombrer dans la guerre civile, le Liban a été ravagé par les conflits intercommunautaires, Gaza a été militarisée, truffée de tunnels et de lance-missiles, et les Houthis ont entretenu une guerre civile qui ruine leur pays. Jusqu’au moment où l’un de ces pseudopodes virulents, le Hamas, s’est lancé, le 7 octobre 2023, dans un vaste pogrom aux limites de Gaza qui a tué quelque 1 200 personnes dans des conditions atroces et conforté du même coup Benyamin Netanyahou dans sa posture belliciste.

Le résultat est aujourd’hui manifeste. Le régime de Bachar el-Assad s’est effondré, le Hezbollah a subi des coups terribles et le Liban tout entier en paie le prix, le Hamas a vu le territoire qu’il contrôlait écrasé sous les bombes, avec quelque 60 000 morts à la clé, la Cisjordanie est menacée d’annexion pure et simple, les Houthis sont régulièrement bombardés par Israël ou les États-Unis. Isolé, affaibli, abandonné par ses alliés, l’Iran ploie sous l’offensive aérienne en cours, ses dirigeants sont décimés et son peuple, révolté par l’obscurantisme des mollahs, est victime d’une terreur de masse. En cinquante ans d’existence, la République islamique n’a fait qu’ajouter du malheur au malheur.

Une République islamique confrontée à l’isolement

Pendant ce temps, les « deux Satans », Israël et les États-Unis, font la démonstration de leur supériorité militaire écrasante et sont en passe de bouleverser les équilibres instables de la région au détriment de la République islamique, acculée à la poursuite d’une guerre destructrice pour elle ou bien à une humiliante reddition. La stratégie des Américains, disions-nous, est floue, confuse, incertaine. Mais celle de l’Iran, on le constate chaque jour, s’apparente de plus en plus à un suicide historique.

Laurent Joffrin