La stratégie Tondelier est cousue de fil rouge
Le pensum d’été concocté par Marine Tondelier et les Verts ne trompe personne : faisant mine de s’adresser à toute la gauche, il prépare surtout le rapprochement avec Mélenchon, lequel mène toujours le bal.
En adressant un courrier aux formations de gauche, mais aussi au grand frère insoumis, EELV annonce la couleur. À dix jours de la rentrée des socialistes à Blois, il s’agit d’accentuer la pression « unitaire » et de donner un petit coup de main à un Premier secrétaire en fâcheuse posture. Pour Tondelier, la charte des valeurs qui écarte LFI de la primaire des socialistes est sans objet. Son courrier ignore soigneusement le vote des socialistes, qui ont rejeté à 55 % toute candidature commune avec un pôle de « radicalité » plus national-populiste que radical.
En trois pages poussives, la candidate officielle à la présidentielle et les trois chefs de groupe parlementaire — Assemblée nationale, Sénat, Parlement européen — décrivent une situation complexe avant d’en tirer des conclusions simples qui annoncent leur ralliement. La direction des écologistes s’alarme d’un été marqué par les vagues caniculaires et les mégafeux, soulignant – découverte décisive – que les plus pauvres souffrent plus que les plus riches. Déplorant avec raison le climato-scepticisme ambiant et l’incapacité à accélérer la transition écologique, elle appelle à une rupture environnementale, politique et sociale pour enclencher un indispensable changement de paradigme. Petite musique de circonstance pour embarquer l’auditoire.
Un ralliement à peine voilé
Autant de détours pour masquer une conclusion stratégique maintes fois confirmée depuis quatre ans : on invoque la « gauche émiettée », le « Front populaire » et un « nécessaire espace politique autour de fondamentaux solides », autrement dit toujours les mêmes refrains usés destinés à rabattre les électeurs de gauche vers Mélenchon. Les convictions de Marine Tondelier sont immuables : la gauche, oui ; la droite, non, et, pour gagner, les prolétaires végans face à l’extrême droite. Et que l’on ne l’importune pas avec les détails qui divisent, comme la guerre en Ukraine, la dette, la réforme de l’État, l’indépendance des médias, la défense de l’UE et ses élargissements à l’Ukraine et à d’autres pays, ou bien encore la proximité de LFI avec la République populaire de Chine dans son « juste combat » contre Taïwan. Inutile de perdre son temps… On imagine sans peine la cohésion de la future coalition à l’Assemblée dès qu’il s’agira de passer aux travaux pratiques. À moins que l’essentiel soit d’en être, quel que soit le prix des reniements.
Deux réalités s’imposent pourtant avec force : la primaire, quand bien même elle aurait lieu et irait jusqu’au bout, est vouée à un échec piteux, discréditant ceux qui l’auront initiée. Il existe bien deux espaces distincts et difficilement conciliables de ce côté de l’échiquier politique, selon que l’on coopère avec Mélenchon ou qu’on le combat. Quoique usé jusqu’à la corde, le raccourci de l’unité à tout prix opère parfois encore. Mais la question des valeurs et de la clarté à l’égard de l’antisémitisme et des dictatures est, elle, incontournable. Au point qu’un nouveau « mur de Berlin » s’est dressé entre les deux pôles issus de la gauche. Il ne tombera probablement qu’avec la chute de ceux qui l’ont érigé à force de souverainisme et de populisme.
Le prix de la soumission
Dans ce moment crucial, le petit appareil des Verts, emmené par sa secrétaire nationale, est devenu un vulgaire appendice de la formation national-populiste. Faisant sienne la fable de la défaite des candidats du RN en 2024 grâce à la coalition du NFP, Tondelier oublie que le rejet des candidats lepénistes fut surtout le résultat d’un sursaut démocratique mêlant gauche, centre et droite au second tour. Tout le prouve, mais Marine Tondelier feint de l’ignorer pour mieux défendre sa propre trajectoire face à ses opposants internes et à une partie de l’électorat écologiste. Reste à savoir combien de temps elle pourra tenir cette ligne.
À huit mois de l’échéance principale de la vie politique, elle prépare surtout le sauvetage de son groupe parlementaire lors des législatives qui suivront, prête à toutes les contorsions pour dissimuler l’injustifiable. Les petits tacticiens d’arrière-cour y verront un coup habile, le temps de passer l’automne. Sans imaginer que la réalité les rattrapera. Ce jour-là, demain comme aujourd’hui, il ne restera que deux offres audibles et difficilement conciliables issues de la gauche. Tondelier a déjà choisi la sienne : celle de Mélenchon.



